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Le jeûne régulier pourrait protéger des complications du Covid-19

Les travaux accordant au jeûne régulier des bénéfices manifestes pour la santé, spécialement vis-à-vis des maladies cardiovasculaires et du diabète, s’accumulent. Ses effets anti-inflammatoires pourraient bien, aussi, réduire le risque de développer un Covid-19 sévère.

Jean-Pierre Giess

Une nouvelle étude observationnelle américaine (1) suggère que la pratique régulière du jeûne intermittent aiderait, en tant que facteur déterminant dans la réduction de l’inflammation, à diminuer les risques d’évolution du Covid-19 vers une forme sévère, d’hospitalisation et de décès.

La condition impérative : pratiquer assidûment

L’étude relayée ici ne s’est pas faite en Utah par hasard : la population de cet État de l’ouest des États-Unis présente en effet la particularité d’être constituée à plus de 60 % de membres de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (en anglais : The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints). La majorité des individus de cette communauté, très pratiquante, s’adonne au jeûne intermittent de façon assidue et régulière tout au long de leur vie, pour des motivations religieuses.

Les participants à l’étude ont été recrutés au sein du registre INSPIRE de l’Intermountain Healthcare, un groupe hospitalier de l’Utah. Ce registre collecte de nombreuses variables de santé et sert de base de données pour les études conduites au sein de l’institution. Parmi 205 patients testés positifs au Covid entre mars 2020 et février 2021 (donc avant l’arrivée des vaccins), 73 répondaient aux critères du jeûne régulier tels que retenus par cette étude sur la base de la pratique la plus courante au sein de la communauté, à savoir jeûner pendant 24 heures une fois par mois, et ce depuis vingt à soixante ans selon les individus (la moyenne s’établit à 40,4 ans).

L’analyse des données révèle que le jeûne régulier n’influence pas le taux d’infection au Covid-19, qui est sensiblement le même que l’on jeûne ou non. En revanche, le jeûne régulier est associé à une sévérité moindre de la maladie due au SARS-CoV-2 et à une réduction considérable des risques d’hospitalisation et de décès.

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Jeûner freine les processus inflammatoires

La pratique régulière du jeûne, prônée depuis des lustres par la naturopathie, est aujourd’hui de mieux en mieux documentée scientifiquement. Ainsi, on sait désormais que le jeûne périodique permet de contrôler l’inflammation en freinant les processus qui mènent à l’orage cytokinique et en stimulant l’autophagie. De surcroît, après douze à quatorze heures de restriction alimentaire, les acides gras se substituent au glucose en tant que source d’énergie. Cette bascule entraîne une augmentation des taux circulants d’acide linoléique, lequel interfère avec la protéine spike du coronavirus, réduisant sa capacité à se fixer sur le récepteur ACE2 de ses cellules cibles (épithélium des voies respiratoires notamment).

Les auteurs rappellent que des travaux antérieurs (2,3) ont constaté que l’habitude de jeûner régulièrement tout au long de la vie (durant quarante ans et plus) était associée à

  • des paramètres anti-inflammatoires et métaboliques optimisés ;

  • une meilleure résistance aux infections ;

  • une moindre prise au phénomène de résistance à l’insuline souvent assortie d’une légère perte de poids ;

  • une diminution du risque cardiovasculaire.

Cela dit, il n’est pas indispensable d’avoir quarante ans de pratique derrière soi pour profiter des bienfaits du jeûne séquentiel. Ceux-ci se manifestent assez rapidement, notamment au point de vue métabolique, comme le démontrent des travaux sur des périodes courtes de quelques semaines.

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D’autres particularités liées au jeûne en Utah ?

La proportion élevée de « jeûneurs » en Utah (environ un tiers de la population totale) n’est pas la seule particularité de cet État. L’étude fait mention de plusieurs autres spécificités. Avant l’arrivée des vaccins au début de l’année 2021, l’Utah a été le seul État (avec l’Alaska) présentant une létalité du Covid-19 inférieure à 1 %, en dépit d’une forte concentration de sa population dans la seule zone urbaine de Salt Lake City (80 %). L’Utah est aussi l’État américain dont la population présente la plus jeune moyenne d’âge, l’Alaska arrivant en deuxième place. Les deux États figurent également parmi les dix États les moins touchés par les maladies coronariennes. Enfin, l’Utah présente le taux de fumeurs et le taux de consommation d’alcool par habitant les plus bas des États-Unis. Les institutions médicales locales disposent là d’un « vivier » particulièrement attrayant pour la recherche qui devrait logiquement les inciter à poursuivre leurs investigations quant aux effets bénéfiques du jeûne périodique sur la santé, spécialement vis-à-vis des infections virales, puisqu’il semble que nous n’en ayons pas fini…

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Sources :

1 « Association of periodic fasting with lower severity of COVID-19 outcomes in the SARS-CoV-2 prevaccine era: an observational cohort from the INSPIRE registry », BMJ Nutrition, Prevention & Health, mai 2022. – doi : 10.1136/bmjnph-2022-000462

2 « Randomized cross-over trial of short-term water-only fasting : metabolic and cardiovascular consequences », Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases, Novembre 2013 – doi : 10.1016/j.numecd.2012.09.007

3 «Fasting increases microbiome-based colonization resistance and reduces host inflammatory responses during an enteric bacterial infection », Plos Pathogens, Aout 2021 – doi : 10.1371/journal.ppat.1009719

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