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Rééduquer l’œil avec la méthode Bates

Article paru dans le journal nº 61 Acheter ce numéro
  • Rééduquer l’œil avec la méthode Bates
Vue

Au confluent de la psychanalyse et de la psychologie du comportement, la méthode de rééducation visuelle créée par le Dr William Horacio Bates s’adresse au corps et à l’esprit pour corriger naturellement les troubles de la vision. Un regard sur la santé des yeux trop souvent ignoré, malgré un siècle d’existence.

L’utilisation excessive des écrans, qui génère de trop longs moments de fixité du regard et de vision de près, est aussi souvent accompagnée d’un manque de conscience du besoin de repos des yeux. Le tout aboutit à un stress visuel qui se répercute dans tout le corps. Parmi ses premières manifestations, on note la dilatation des pupilles, l’immobilité du regard et un rétrécissement du champ visuel.

Outre ces troubles liés aux nouveaux comportements et environnements de travail, les pathologies connues (hypermétropie, strabisme, glaucome…) semblent concerner de plus en plus de monde. Et les lunettes, aujourd’hui parfois utilisées comme accessoires de mode, restent avant tout des prothèses qui ne guérissent pas ni n’améliorent nos capacités, mais compensent des problèmes de vue. Dans un tel contexte, serait-il possible que l’on nous cache, depuis plus d’un siècle, une méthode naturelle capable de corriger des troubles de la vision sans opération ?

Ophtalmologue et chirurgien à New York au début du XXe siècle, le Dr William Horacio Bates est mécontent des traitements de la vue classiques. Il cherche des moyens de rééduquer l’œil défectueux, car il s’est rendu compte que la majorité des défauts de vision sont d’ordre fonctionnel, dus à de mauvaises habitudes. Or la tension oculaire, affectant à la fois le corps et l’esprit, peut être soulagée par des techniques appropriées. Si les patients font travailler leurs yeux et leur cerveau dans un bon état de relâchement, la vision s’améliore et les vices de réfraction se corrigent.

Le Dr Bates a exposé sa méthode en 1920 dans son livre Perfect Sight Without Glasses (« une vue parfaite sans lunettes »). Elle semble bénéfique sur l’hypermétropie, la myopie, le strabisme et la presbytie, ainsi que sur le phénomène des « mouches volantes » (taches floues qui apparaissent dans le champ de vision). Elle montre enfin de surprenants résultats sur la cataracte et le glaucome. Eva Lothar (cf. l’interview p. 16-17), docteur en médecine, enseignante en méthode Bates depuis 1988, le confirme : « Cette approche a un impact sur toutes les dysfonctions de l’œil, à condition que le pratiquant soit discipliné, motivé et patient. C’est une méthode globale qui demande une bonne hygiène de vie. On peut apprendre à utiliser ses yeux de façon naturelle, dans la compréhension et le respect de leur physiologie et de leur cohérence, avec l’organisme tout entier. »

Une autre façon de voir

D’après le Dr Bates, les yeux contribuent à la fonction visuelle à hauteur de 20 %, et le cerveau, à 80 %. Les techniques qu’il a développées permettent de stimuler le mouvement saccadé naturel des yeux, de retrouver une binocularité optimale, de détendre des yeux et un esprit fatigués, d’élargir le champ visuel et la conscience de la vision périphérique, de doper le mouvement de contraction et de dilatation des pupilles. La méthode tient compte du lien entre le système visuel et le système nerveux central, entre le mental et le corps tout entier.

Il suffit à chacun d’intégrer quelques outils à sa vie quotidienne, à pratiquer dix à quinze minutes par jour. Ils mettent en application trois grands principes : la détente oculaire et mentale, la conscience et la discrimination des visions fovéale (due à la partie centrale de la rétine) et périphérique, la nécessité de mouvements qui induisent la détente. Pour cela, la méthode vise à nous faire reconsidérer notre façon de regarder et à prendre conscience de ce que nous regardons. Être guidé par un professionnel est indispensable, car la manière dont sont exécutés les exercices est primordiale pour obtenir des résultats probants. La démarche demande temps, motivation, patience et persévérance : quinze jours de pratique en moyenne sont nécessaires pour en apprécier les bienfaits. L’un des exercices de la méthode, le palming, est à réaliser dès que vous ressentez une fatigue oculaire. Placez vos coudes sur une table, frottez les deux paumes de vos mains l’une contre l’autre et formez deux coques que vous mettrez sur vos yeux fermés sans les toucher. Vous ne devez percevoir aucune lumière. Imaginez alors que vous regardez la ligne d’horizon. Respirez calmement et essayez de relâcher tous vos muscles. Après quelques minutes, ouvrez les yeux et observez la détente. Cet exercice permet notamment le repos de la rétine et des nerfs optiques et la reconstitution des pigments des cellules photo-réceptrices, dont le rôle est d’absorber la lumière et de la transformer en signaux nerveux.

Est-ce bien sérieux ?

Le Dr Bates n’est pas sorti de nulle part. De 1886 à 1888, il est assistant au Manhattan Eye, Ear and Throat Hospital (clinique new-yorkaise spécialisée dans les pathologies des yeux et de la sphère ORL). Il enseigne également l’ophtalmologie à l’hôpital universitaire et à la New York Postgraduate Medical School (école supérieure de médecine) jusqu’en 1891. À partir de 1896, il se consacre majoritairement à la recherche sur la fonction visuelle, à la théorie de l’accommodation et aux modifications physiologiques liées aux états de stress et aux émotions négatives. Malgré ses résultats, une majorité d’ophtalmologues ne reconnaissent pas son travail. Il est pourtant physiologiquement établi que l’optimisation de la fonction tend au final à améliorer les conditions organiques des tissus en question – et l’œil ne fait pas exception à cette règle !

Vers qui se tourner

Si, parmi les professionnels, les réfractaires restent majoritaires, un nombre croissant d’opticiens, d’optométristes, d’orthoptistes ont rejoint les enseignants formés à la méthode Bates. Des professeurs de yoga proposent également un « yoga des yeux » issu de la méthode Bates. L’association l’Art de voir, fondée en 2002, organise des conférences et crée un lien entre praticiens européens et internationaux. Le site www.artdevoir-asso.fr a établi une liste de professionnels en France. l

Le scepticisme des spécialistes 
de la prise en charge de la vue

Aldous Huxley, auteur de l’incontournable Meilleur des mondes, rend hommage au Dr Bates dans son livre L’art de voir, paru en 1942. Victime d’une attaque de kératite à l’âge de 16 ans, le romancier a vécu une grande partie de sa vie avec une vision très déficiente… jusqu’à ce qu’il découvre la méthode Bates. Il explique qu’à l’époque, de faux enseignants l’avaient largement saboté, et que les professionnels de la correction visuelle pensaient qu’elle porterait préjudice à leur juteux commerce. Une crainte exagérée, d’autant que la rééducation de l’œil imaginée par le Dr Bates demande des efforts tels que bien peu de personnes y consentent. Et, pour couronner le tout, ce dernier avait réfuté l’hypothèse officielle attribuant à l’action du muscle ciliaire sur le cristallin le pouvoir d’accommodation de l’œil. Ces dernières années, les techniques du Dr Bates ont été réévaluées à la lumière des avancées en neurosciences : la plasticité du cerveau et sa capacité à changer ses connexions neuronales et à se reprogrammer semblent conforter leur bienfondé.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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