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Orthokératologie VS chirurgie

Article paru dans le journal nº 39 Acheter ce numéro
Vue

En France, pour libérer les bigleux de leurs lunettes et corriger la myopie, on a le choix entre la chirurgie en bloc ou au laser. Et basta. Ah oui ? Et c’est quoi cette technique non invasive et sans effets secondaires, presque soixantenaire, qui nous promet de vous libérer de vos lunettes sans coup de bistouri ? Ça s’appelle l’orthokératologie. On vous la passe au microscope.

Depuis les années 1960, les spécialistes anglo-saxons de la vision utilisent une méthode de correction de la myopie dont on commence à peine à entendre parler en France : l’orthokératologie. Quasi inconnue, elle suscite tout de même l’engouement des ophtalmologues hexagonaux qui voient en elle une parfaite alternative à toute autre méthode invasive, notamment les chirurgies. Son principe a de quoi dérouter : corriger la myopie en portant des lentilles spéciales durant la nuit pour que les myopes (et ­astigmates) n’aient plus besoin de porter de lunettes ou de lentilles correctrices le jour. Ben voyons. Rien que ce pitch valait qu’on se penche sur le phénomène.

La méthode

Les premières études autour de l’orthokératologie remontent aux années 1950, quand l’américain Robert Morrison, ­docteur en optométrie, a démontré que la myopie pouvait être stabilisée par le port de lentilles spéciales. Dix ans plus tard, dans les années 1960 donc, et sous l’impulsion de George Jessen, la théorie fait place à la pratique avec l’utilisation de lentilles rigides pour modifier la courbure de la cornée.

Nous vous épargnons le détail lent et minutieux du perfectionnement de cette méthode qui, outre-Atlantique, n’a jamais été démentie, bien au contraire. Car elle a bénéficié des progrès spectaculaires de la topographie cornéenne et a connu un vrai coup de turbo lorsqu’en 2002, la FDA (l’ANSM américaine) lui a accordé un blanc-seing. C’est en atteignant sa pleine maturité, bénéficiant d’une troisième génération de lentilles dites de « géométries inverses à quatre zones », que l’orthokératologie traverse l’Atlantique, faisant de plus en plus d’émules au sein des ophtalmos français souhaitant proposer à leurs patients une réelle alternative à la chirurgie réfractaire.

Mécanisme

Suscitant l’intérêt de nombreux chercheurs, le mécanisme de l’orthokératologie peut être à présent expliqué, après avoir fait l’objet de nombreuses controverses. Il s’agit de modifier la courbure de la cornée pour corriger la vue. Comment ? En faisant migrer les cellules de l’épithélium du centre vers la périphérie de la cornée, ce qui a pour conséquence d’amincir le centre et d’épaissir la périphérie. Du coup, sur 5,5 mm de diamètre environ, la surface de la cornée est moins courbée. Cette modification de la répartition épithéliale n’est pas définitive. Il n’est pas question d’écraser la cornée, le port des lentilles ne modifie pas la courbure de l’endothélium (dernière couche de la cornée). Il suffit de ne plus porter les lentilles pour que lesdites cellules épithéliales retrouvent leur répartition régulière. Pas d’incision sous anesthésie générale, pas de laser, pas d’intervention définitive. Et sept heures en moyenne de port nocturne permettent de retrouver et conserver une acuité visuelle de 10/10e le lendemain.

C’est pour qui ?

Déjà, c’est pour quoi ? Pour quels types de corrections s’adresse l’orthokératologie ? Question simple, réponse complexe visiblement. Des ophtalmologues français parlent de correction pour -4 D (dioptries) pour la myopie, et -2,5 D pour l’astigmatisme. Les opticiens sont plus généreux en affirmant que ces lentilles peuvent corriger la myopie jusqu’à -6,5 D et l’astigmatisme jusqu’à -3,5 D. Ce qui est certain, c’est que dans le cas de cette méthode, la correction s’adresse à la myopie faible à moyenne.

Pour qui ? Réponse simple, elle s’adresse à tous ceux qui ne veulent plus porter de lunettes, point final. Et comme elle est réversible, inutile pour les professionnels de sonder l’âme du patient. Précisons toutefois qu’elle s’adresse à tous ceux qui veulent se passer de lunettes sans passer par la case chirurgie. Et la technique est d’autant plus séduisante que ces lentilles sont évolutives, s’adaptant à la vue et à son évolution au fil du temps. Pas besoin ici d’attendre que la myopie soit stabilisée pour intervenir.

En outre, il n’y a aucune limite d’âge et même les enfants peuvent bénéficier de cette technique. Toutefois, il est essentiel que les enfants respectent l’hygiène.

L'orthokératologie en pratique ?

La technique requiert un certain nombre de séances. La première séance permet l’examen topographique de la cornée pour façonner des lentilles adaptées. Il faut une semaine pour que ­l’opticien les remette au patient qui retournera voir l’ophtalmo pour qu’il lui explique comment les manipuler. Ensuite, rebelote, rendez-vous de contrôle après la première nuit. Puis ces rendez-vous seront de plus en plus espacés : après une semaine de port nocturne, un mois, trois mois, six mois, puis tous les ans.

C’est combien ?

À titre indicatif, le protocole (comprenant l’examen, la topographie et l’adaptation) coûte entre 200 et 400 euros. La paire de lentilles coûte entre 400 et 450 euros pour les adultes. Leur renouvellement coûte 250 euros. Sachant qu’elles se renouvellent tous les dix-huit mois maximum, ça fait lourd dans le budget. D’autant que si certaines mutuelles peuvent prendre en charge ce type de lentilles, elles ne courent pas les rues. Notons tout de même l’effort qu’elles consentent à rembourser une partie des coûts d’une technique si peut connue en France.

Pourquoi un tel anonymat ?

Les arguments avancés accusent souvent le conservatisme, pour ne pas dire ­l’immobilisme des praticiens… Dont acte. On peut également avancer l’idée qu’un chirurgien ophtalmo est… chirurgien. Quoi qu’on en dise, outre l’aspect ­financier que représente un acte chirurgical, un chirurgien adore opérer. Et il préférera cet acte qui appelle et mobilise tout son art plutôt qu’une prescription de lentilles. Amusez-vous à questionner des chirurgiens, quel que soit leur domaine, sur leurs opérations passées. Vous verrez leur visage s’animer et ils seront intarissables (question à éviter à table…).

Pour conclure sur la question de l’anonymat, aucun problème, aucune plainte, aucun témoignage accablant ne sont à verser dans le dossier de l’accusation contre l’orthokératologie. Et encore une fois, réversible qu’elle l’est, si on lui préfère le port de lunettes, il suffira tout simplement de cesser de porter les lentilles nocturnes.

Des contre-indications rares

Elles sont les mêmes que pour le port de lentilles correctrices diurnes. Les contre-indications formelles sont extrêmement rares. La bonne nouvelle, c’est que les personnes qui étaient exclues du port de lentilles faute de larmes peuvent bénéficier de cette technique. Le risque, là encore comme pour toutes lentilles, reste l’infection. D’où l’attention à porter à l’hygiène, comme toujours indispensable, dont les règles sont les mêmes que pour n’importe quelles autres lentilles.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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