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Réalité virtuelle versus phobies

Article paru dans le journal nº 103 Acheter ce numéro
  • Cette thérapie non médicamenteuse et non invasive s’adapte aux besoins et objectifs de chaque patient.Cette thérapie non médicamenteuse et non invasive s’adapte aux besoins et objectifs de chaque patient.

Qui aurait un jour imaginé que la réalité virtuelle tiendrait une place de choix pour soigner les phobies ? Si rien ne remplace l’humain, reconnaissons que certaines technologies ont des utilisations tout à fait intéressantes, y compris en santé mentale. Exemple avec la thérapie par exposition à la réalité virtuelle (Terv).

Les casques de réalité virtuelle en 3D se sont démocratisés dans de nombreux secteurs : jeux, armée, industrie, immobilier, formation, etc., mais aussi dans le domaine des psychothérapies (phobies, addictions, troubles anxieux ou de la conduite alimentaire…). Dépassés depuis longtemps, les casques VR (Virtual Reality) sortis des Centres de recherche de la Nasa dans les années 1990 ! C’est l’Américain Palmer Luckey, avec son casque nouvelle génération, qui sonne en 2009 le début d’une aventure technologique et commerciale juteuse où de grandes marques s’engouffrent pour proposer le top du casque VR.

La réalité virtuelle, aussi appelée réalité simulée par ordinateur, renvoie à une technologie informatique qui simule la présence physique d’un utilisateur dans un environnement virtuel généré par des logiciels. L’utilisateur interagit en temps réel dans cet univers virtuel en trois dimensions où ses sens sont sollicités (vue, ouïe, odorat, toucher)1. Les activités sensori-motrice et cognitive sont vécues dans un monde imaginaire ou un environnement qui simule des aspects du monde réel.

Le thérapeute aux manettes

Les phobies spécifiques toucheraient entre 5 et 15 % de la population selon les études2. Les traiter n’est pas chose facile car le principe selon lequel il faut progressivement confronter la personne phobique à l’objet de son angoisse n’est pas toujours simple à mettre en place. Comment accompagner un patient phobique de l’avion ? L’accompagner en avion ? Irréalisable ! La thérapie par exposition à la réalité virtuelle (Terv) a ouvert le champ des possibles dans le traitement de ces phobies parfois très handicapantes : araignées, transports, vide ou hauteur, tomber, conduire, se trouver dans la foule, etc. La réalité virtuelle provoque des émotions proches de la situation véritable, et le thérapeute va aider le patient à les contrôler grâce à des techniques utilisées par les TCC (thérapies comportementales et cognitives) : gestion des émotions, du stress, de l’anxiété, relaxation. Le thérapeute maîtrise les paramètres de l’environnement, contrôle les imprévus et peut à tout instant arrêter le casque, un avantage certain en comparaison d’une situation réelle susceptible d’un instant à l’autre de déclencher une crise de panique.

Au secours des addicts

Le Dr Éric Malbos, dans son livre Psychothérapie et réalité virtuelle*, explique que 72 % des patients fumeurs ayant suivi une Terv (thérapie par exposition à la réalité virtuelle) n’ont pas rechuté. « Ça fonctionne aussi très bien pour l’addiction à l’alcool, à l’héroïne, à la cocaïne… » « On expose les patients à des environnements de tentations (boîte de nuit, pause-café…) », et dans le cas d’un fumeur, « on fait monter l’envie pour qu’il sache quoi faire quand elle arrive ». Si cette dernière est trop forte, le patient peut même interagir et prendre une cigarette virtuelle grâce à des manettes…

Comment ça marche ?

Casque VR sur la tête, le patient est plongé dans un environnement virtuel très proche des situations anxiogènes réelles. Il est progressivement désensibilisé par une exposition virtuelle répétée, prolongée et complète, et peut évoluer à son rythme. Selon les sujets et les protocoles, 10 à 12 séances sont nécessaires. Cette thérapie non médicamenteuse et non invasive s’adapte aux besoins et objectifs de chaque patient. La réalité virtuelle permet de vivre une situation dans un milieu exempt de dangers réels. De nouvelles expériences s’inscrivent dans la mémoire et servent de nouveaux modèles qui, peu à peu, permettent de lever les blocages psychologiques. Le patient expérimente des situations qu’il était dans l’impossibilité de vivre en raison d’un stress extrême qui neutralisait les outils de sa pensée, voire paralysait son corps. Le patient phobique des avions, par exemple, est placé dans un environnement virtuel où il peut s’asseoir dans un avion vide et immobile puis vivre un décollage et un vol, tout ça à son rythme et accompagné par un thérapeute.

Établissements de santé, psychiatres et psychologues sont de plus en plus nombreux à utiliser la Terv, dont l’efficacité thérapeutique est reconnue par la littérature scientifique. Le service psychiatrique de l’hôpital universitaire à Marseille3, le médipôle de Gentilly à Nancy, le CHU de Toulouse ne sont que quelques exemples de centres de santé où la réalité virtuelle est intégrée aux techniques de soin. L’Institut du cerveau et de la mœlle épinière (ICM) de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, utilise la réalité virtuelle dans l’étude de la cognition et des comportements humains4.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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