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Une herboristerie accompagne les patients sous chimio

Article paru dans le journal nº 85 Acheter ce numéro
  • Les herboristeries peuvent trouver une place de choix même dans certaines ­pathologies lourdes.Les herboristeries peuvent trouver une place de choix même dans certaines ­pathologies lourdes.

Alors que dans de nombreuses herboristeries en France, le mot cancer est quasiment tabou, celle du Père Blaize, à Marseille, fondée par Toussaint Blaize en 1815, a pris le parti d’accompagner les patients sous chimiothérapie pour améliorer leur qualité de vie en accord avec les oncologues. Témoignage de son responsable, le pharmacien Cyril Coulard.

L’herboristerie du Père Blaize à ­Marseille, fondée il y a 200 ans, est dirigée depuis 2013 par un pharmacien passionné, Cyril Coulard. Comme dans les autres herboristeries, on y trouve des mélanges de plantes originaux, notamment la fameuse tisane du Centenaire, ­élaborée il y a 200 ans par le fondateur de l’enseigne Toussaint Blaize. Elle est toujours très recherchée notamment pour ses vertus hépatiques. « Depuis des ­décennies, notre tisane du Centenaire est recommandée pour lutter contre le cholestérol et les triglycérides, en association avec du Chrysantellum americanum », s’enorgueillit Cyril Coulard.

Aujourd’hui, alors que la plupart des herboristeries en France se refusent de conseiller les malades du cancer, le pharmacien herboriste propose un accompagnement aux patients sous chimiothérapie pour qu’ils supportent mieux leur traitement. Il explique sa démarche : « Pour aider les malades à faire face aux effets secondaires des médicaments comme la fatigue, les vomissements, les problèmes oculaires ou les troubles cutanés, nous étudions attentivement le protocole qu’ils suivent, nous analysons leurs antécédents en termes de prises de médicaments et nous pouvons être amenés à réaliser une concertation pluridisciplinaire. » Cyril Coulard travaille en effet en accord avec les oncologues : « C’est un enjeu important d’autant plus que cela rassure le patient. »

Expertise scientifique

Le docteur Cyril Coulard montre que les herboristeries peuvent trouver une place de choix même dans certaines ­pathologies lourdes, à condition de bien poser les ­limites : « Nous ne proposons pas de soigner les cancers, nous sommes complémentaires. Nous faisons en sorte que le patient soit plus en forme pendant son traitement qui met à mal et le foie et le système immunitaire ». Il conseille par exemple la prise de Desmodium, plante africaine bien connue pour ses propriétés hépato-protectrices ; l’enjeu étant de bien ajuster la dose au patient et à son traitement. Pour stimuler l’immunocompétence, Cyril Coulard recommande la prise de shiitake tout en précisant que ce champignon doit être d’extrêmement bonne qualité.

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« Dès mon arrivée dans cette ­célèbre herboristerie, j’ai voulu ­développer une ­expertise ­s’appuyant sur mes ­connaissances à la fois en pharmacie et en ­phytothérapie », ­justifie Cyril Coulard qui, en plus de sa formation et de sa pratique, réalise une veille des études scientifiques sur les plantes médicinales et le cancer. De nombreuses informations sur les interactions entre la phytothérapie et la chimiothérapie sont disponibles, à condition de prendre le temps de les analyser : Cyril Coulard consulte par exemple les fiches très complètes de la Société française de pharmacie oncologique sur les médicaments anticancéreux, ainsi que le site Thériaque, une banque de données sur tous les ­médicaments disponibles en France.

Cette démarche vient contrebalancer la méconnaissance du corps médical concernant la phytothérapie. « Longtemps, de nombreux médecins se ­positionnaient contre le recours aux plantes, par pur principe, tandis que leurs patients étaient demandeurs et n’osaient même pas leur en parler », rappelle-t-il. Son travail de veille lui a permis de ­dresser une liste positive de plantes pouvant être prises pendant une chimiothérapie ainsi qu’une liste négative. Désormais, certains oncologues orientent leurs patients vers l’herboristerie, au même titre que certains autres soins de support telle que la sophrologie. « Nous avons beaucoup de demandes, ce qui est assez lourd à gérer puisque nous étudions en détail chaque situation ainsi que les périodes, pendant le traitement anticancéreux, où la prise de plantes ou de compléments alimentaires sera possible », témoigne Cyril Coulard. Ce dernier ajoute que l’accompagnement proposé par l’herboristerie du Père Blaize est global, incluant notamment des conseils alimentaires. « Et surtout, nous sommes à l’écoute des patients, ce qui est très important dans la prise en charge de cette maladie », précise pour finir le ­pharmacien herboriste.

Des herboristeries bientôt un peu plus libres ?

Les herboristes en France ont le droit de vendre 148 plantes médicinales en tisane : on dit que ces dernières ont été « libérées » du monopole pharmaceutique par un décret, paru en 2008. Or dans les 148 plantes, les herboristes déplorent de ne pouvoir y trouver de nombreuses espèces dont l’usage est à la fois ancien et sans risque comme la fleur de bleuet ou la feuille de plantain. Cela sera-t-il le cas dans un avenir proche ? C’est très possible car l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) étudie actuellement la possibilité d’allonger la liste des 148 plantes. Par ailleurs, le sénateur vert Joël Labbé œuvre, depuis 2018, à ce que les différents métiers liés à l’herboristerie soient reconnus légalement en France, comme c’est déjà le cas en Allemagne ou en Belgique.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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