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Soja et cancer, des liens complexes

Article paru dans le journal nº 39 Acheter ce numéro

On peut tout lire et tout entendre sur les liens entre le soja et le cancer. Il est vrai que rien n’est simple quand on évoque ce légume sec à la composition bien particulière. Est-il néfaste ou bon pour la santé ? Dans quel cas peut-on en consommer, en fonction de son terrain et de son âge, et dans quel cas le bannir ?

Le soja, utilisé depuis plus de 10 000 ans en Chine, n’a été réellement cultivé en Occident qu’au XXe siècle. Ses utilisations potentielles nombreuses ont dès lors ­entraîné un développement industriel de sa production. Les États-Unis sont ainsi devenus le premier producteur mondial (sans doute plus de 100 millions de tonnes en 2016), et le Japon en est l’un des ­principaux importateurs.

Protéines et minéraux

Le soja est un légume sec au même titre que les lentilles. Il se présente sous la forme de gros pois jaunes qui ressemble un peu aux pois chiches. On parle ­d’ailleurs de « soja jaune » pour le qualifier. Il ne faut pas le confondre avec les germes de soja, issus du haricot mungo et plus proches des haricots verts.

Il s’agit d’un des végétaux les plus riches en protéines. Si on le compare aux lentilles, le soja cuit en contient deux fois, un taux équivalent à celui de la viande. Le tofu est même deux fois plus riche en protéines que le boeuf et bien équilibré en acides aminés essentiels. C’est pourquoi il est très ­apprécié par les végétariens, qui peuvent équilibrer plus facilement leur ration alimentaire en acides aminés.

Le soja ne contient ni cholestérol ni gluten. Sa farine ne pourra donc pas lever, mais il a l’avantage de convenir aux intolérants au gluten. Il contient aussi peu de glucides, qui sont essentiellement des sucres lents. Riche en minéraux (magnésium, calcium, fer, zinc, cuivre), il donne un « lait »  qui ne contient cependant qu’une faible teneur en calcium (bien plus faible que le lait de vache) et un taux de fer inférieur à celui de la viande.

Les aliments dérivés

De nombreux produits sont issus du soja jaune :

– L’huile de soja, intéressante pour sa teneur en oméga 3, mais un peu trop riche en ­oméga 6.

– Le tourteau (résidu de la production de l’huile) pour nourrir le bétail.

– Une farine assez peu utilisée par les ménages, sauf par les personnes intolérantes au gluten (pain sans gluten ou différentes préparations culinaires).

– Le miso et le tempeh, principalement utilisés en Asie.

– Le lait de soja, qui permet de nombreuses déclinaisons culinaires : tofu, crème ­dessert, yaourt…

Les yaourts qui en découlent restent des produits industriels. On en trouve facilement en Occident, mais ils sont très peu utilisés en Asie. Ils sont plutôt acceptables en termes de santé, mais attention aux yaourts sucrés, dont il ne faudra pas ­abuser.

L’intérêt principal des desserts au soja réside dans l’absence de lactose et de protéines du lait de vache, car ils seront mieux tolérés sur le plan digestif, bien qu’il existe aussi des intolérances au soja.

Le tofu est une forme de fromage préparé à partir du lait de soja. Il peut remplacer avantageusement la protéine du repas.

Le soja est donc un aliment intéressant par son apport en :

– protéines en quantité et en qualité ­exceptionnelles pour un végétal ;

– acides gras polyinsaturés ;

– vitamines et sels minéraux ;

– fibres.

Il est particulièrement intéressant grâce à tout ce qu’il ne contient pas ou peu :

– absence de cholestérol,

– très peu de graisses saturées,

– pas de lactose,

– pas de protéines présentes dans le lait de vache, source d’intolérances alimentaires.

Le soja et ses dérivés sont donc une bonne alternative, surtout pour ceux qui veulent réduire ou arrêter la viande. Mais il présente des caractéristiques qui font qu’on ne doit pas en abuser.

Ses principaux défauts

Les principaux aliments à base de soja consommés en France sont des aliments transformés industriellement. En Asie, on consomme surtout le miso et le tempeh, peu utilisés par les Occidentaux. Or dès qu’un aliment est industriel, il peut être riche en sucre, en additifs et autres ingrédients ajoutés qui altèrent les propriétés de l’aliment. Il faut savoir que le soja contient un facteur antinutritionnel qui inhibe l’absorption de certains acides aminés. Mais la chaleur annihile ce facteur.

On suspecte également le soja de gêner le fonctionnement thyroïdien quand il est consommé en forte quantité. Mais surtout, il est très riche en phytœstrogènes, des hormones très semblables à l’oestrogène humain. Or ces hormones jouent un rôle dans la ­croissance des ­tissus, donc des tumeurs. Ces phytoestrogènes, aussi appelés isoflavones, sont donc montrés du doigt en cas de cancer hormonodépendant (surtout sein et utérus). D’où sa contre-indication en présence d’un terrain favorable. Mais dans la pratique, les choses sont plus complexes, car suivant les circonstances, le soja pourrait être ­protecteur. Une étude récente vient ­d’ailleurs de ­confirmer cette singularité.

Une action hormonale complexe

Pour comprendre ce paradoxe, il faut mieux cerner une caractéristique complexe des isoflavones. Nous l’avons dit, l’action des phytoestrogènes sur l’organisme est du même type que les oestrogènes humains : ils vont donc se fixer sur les récepteurs aux oestrogènes des ­cellules qui en possèdent (sein et utérus) et stimuler ces tissus.

Les isoflavones ont malgré tout une différence de taille avec les œstrogènes sécrétés par les ovaires : ils sont 10 000 fois moins puissants ! La consommation de soja aura ainsi moins de conséquences que la prise d’une pilule, par exemple.

Mais le plus important, c’est que lorsqu’on consomme des isoflavones, ceux-ci, en se fixant sur les récepteurs hormonaux, vont prendre la place des oestrogènes humains. De fait, on remplace une molécule très puissante par une autre beaucoup moins puissante.

Finalement, ces isoflavones n’auront pas un effet de stimulation, mais au contraire un effet d’inhibition compétitrice. Certains scientifiques pensent ­d’ailleurs que si les femmes asiatiques ont statistiquement des seins plus petits, c’est, entre autres, du fait de la consommation de soja régulière qui réduirait l’effet des œstrogènes sécrétés par les ovaires en les empêchant de se fixer sur les récepteurs occupés par ces isoflavones. Conséquence : par une stimulation des organes amoindrie, la consommation de soja entre la puberté et la ménopause peut réduire le risque de cancer du sein.

En revanche, ce que ne montre pas cette étude, c’est qu’une consommation excessive de soja peut réduire la ­fécondité. Et cela est aussi vrai aussi chez l’homme ! Pour les mêmes raisons, quand une femme ne sécrète pas d’hormones (avant la puberté et après la ménopause), la consommation d’isoflavones de soja va représenter un apport supplémentaire en hormones et donc augmenter la stimulation des ­organes hormonodépendants. Même si cette stimulation est faible, elle pourrait poser un problème.

Mais vous devez savoir qu’après la ménopause, si une femme présente un ­surpoids, elle va fabriquer une quantité d’hormones à partir de ses cellules graisseuses qui n’est pas négligeable (c’est la raison pour laquelle les femmes ménopausées et en en surpoids font moins d’ostéoporose !). Dans ce cas, les isoflavones de soja redeviennent protectrices puisqu’elles vont prendre la place de ces hormones sécrétées par les adipocytes.

Une consommation à adapter

Vous l’aurez compris, difficile d’affirmer que le soja est bon ou mauvais pour la santé. La vérité est bien plus complexe à établir ! Quoi qu’il en soit, il est ­conseillé pour la santé de faire au moins deux fois par semaine des repas végétariens. ­Celui-ci sera composé le plus souvent d’un dérivé du soja, d’une céréale complète, de légumes verts et/ou de crudités.

Le soja est utile pour limiter ­l’apport en mauvaises graisses, en lactose et en protéines du lait qui peuvent avoir des conséquences néfastes sur la santé, comme nous l’avons déjà mentionné. Mais attention, trop de soja peut aussi freiner la thyroïde et nuire au système ­digestif. C’est pourquoi je dis souvent à mes patients qu’il faut en consommer avec parcimonie. En moyenne, un aliment dérivé du soja par jour paraît être une bonne ­solution équilibrée. Il est par ailleurs toujours utile de rappeler qu’une alimentation saine et équilibrée se doit d’être diversifiée.

Notez toutefois que la consommation de soja devra être mûrement réfléchie et adaptée en fonction de son terrain, notamment de ses éventuelles prédispositions à un cancer hormonodépendant (consultez votre médecin).

À noter que chez l’enfant, le soja n’est pas forcément un bon aliment. Il est même à limiter chez le garçon. On l’utilisera surtout en cas d’intolérance au lait de vache tout en essayant d’avoir une alimentation très diversifiée par l’utilisation des autres laits végétaux (amande, riz, châtaigne et bien d’autres encore). Pour les ­enfants avant 1 an, il faut ­impérativement ­demander conseil à votre pédiatre.

Mais si une personne est confrontée à un cancer hormonodépendant comme celui du sein, les choses sont un peu différentes bien que, là encore, peu d’études claires aient été publiées.

En cas de cancer du sein

S’il existe un risque familial important de cancer du sein, le soja peut être consommé sans risque avant la ménopause. Après la ménopause, surtout s’il n’y a pas de surpoids, il faudra probablement limiter sa consommation, mais sans la supprimer obligatoirement. N’oublions pas que le lait de vache est aussi, du fait de ses facteurs de croissance, un aliment qui peut augmenter le risque de cancer du sein.

Si une personne a eu (ou a) un cancer du sein hormonodépendant, elle devra éviter de consommer du soja, quel que soit son âge. Il s’agit d’un principe de précaution, même si aucune étude n’a ­réellement établi le lien entre consommation de soja et cancer du sein.

En revanche, en cas de cancer du sein non hormonodépendant, une consommation de soja modérée est probablement sans risque. Et quel que soit le cancer concerné, le fait de manger une fois par semaine du tofu ou un plat contenant de la crème de soja est absolument sans risque ! Cela est vrai pour tous les dérivés du soja (tofu, lait, yaourt, farine, miso), exception faite pour l’huile de soja qui ne contient pas d’isoflavones.

En conclusion, et parce qu’on ne le répète jamais assez, rappelons une fois encore que le plus important est de se construire une alimentation diversifiée au quotidien : consommer en excès un aliment, quel qu’il soit, finit toujours par avoir des conséquences néfastes sur la santé.

Avec modération !

Pour les femmes qui n’ont jamais eu de cancer, entre la puberté et la ménopause, le soja n’est jamais contre-indiqué. Au contraire ! Mais cela ne veut pas pour autant dire qu’on peut en abuser. Après la ménopause, bien qu’aucune étude ne soit réellement claire à ce sujet, il est probable qu’en cas de surpoids, on puisse continuer à consommer un produit dérivé du soja par jour. Mais pas plus.

Du jus plutôt que du lait

Le terme « lait de soja » est un peu abusif, car, littéralement, ce n’est pas un lait, mais un jus. On dilue ce jus avec de l’eau pour obtenir une boisson proche du lait dans sa teneur en protéines. En revanche, il contient moins de calcium que le lait, ce qui oblige les fabricants à en ajouter. Il ne contient pas du tout de cholestérol ni de lactose, et ses protéines sont très différentes de celle du lait de vache. Les personnes intolérantes au lait de vache peuvent donc en consommer. Globalement, il est aussi mieux toléré sur le plan digestif.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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