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Le cancer, maladie du métabolisme ?

Article paru dans le journal nº 108 Acheter ce numéro
  • Les cellules cancéreuses sont également constituées de mitochondries mais celles-ci fonctionnent peu et mal.Les cellules cancéreuses sont également constituées de mitochondries mais celles-ci fonctionnent peu et mal.

Cancérologue à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP), Laurent Schwartz est porteur d’espoir à travers une lecture du cancer qui ouvrirait la voie à d’autres traitements, simples et non toxiques. Dans son dernier livre, il propose une nouvelle compréhension de cette maladie, basée sur une vision métabolique de la pathologie et donc de la guérison.

"Le cancer et les maladies connexes sont en voie d’être compris et vont donc être guéris. Des médicaments efficaces existent et sont déjà disponibles. Ce sont des molécules d’usage courant et donc de faible coût et sans danger. Ces traitements doivent évidemment être validés et améliorés. Mais il est aujourd’hui très probable que ces fléaux vont disparaître ", affirme le Dr Schwartz dans son ouvrage1, construit sur les bases de la précédente édition, mais dont le fond se veut neuf et bénéficiant de quelques années de recul sur les effets du traitement.

Le fait que le cancer ne soit au fond qu’une mauvaise métabolisation du sucre est admis par une partie du monde institutionnel et des laboratoires de recherche. La vraie question, selon le Dr Schwartz, est de savoir comment sortir du paradigme actuel, reposant sur le postulat qu’il faut soutenir les bonnes cellules contre les mauvaises : " Il s’agit d’une façon très imagée de voir la vie. Les cellules ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles fonctionnent d’une certaine façon ou d’une autre. Au fond, le fonctionnement du cancer est infiniment plus simple que ce que l’on croit et c’est compris. Viscéralement, il est très difficile d’admettre que des gens en aient largement entamé la compréhension il y a une centaine d’années, puis que cela ait été oublié. C’est contre-intuitif. Mais ce n’en est pas moins vrai. "

Le médecin et biochimiste allemand Otto Warburg a ainsi, au début du siècle dernier, mis en évidence le rôle de la respiration cellulaire. Il s’est plus particulièrement penché sur la respiration des cellules cancéreuses. En 1931, il s’est vu décerner le prix Nobel de médecine pour sa découverte de la nature et du mode opératoire de l’enzyme respiratoire. On lui doit surtout l’"effet Warburg " sur lequel se fonde le Dr Schwartz.

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L’effet Warburg, du sucre mal brûlé

Il est connu de la plupart des personnes atteintes de cancer que pour détecter l’étendue de la maladie tumorale, on se base sur une technique d’imagerie appelée PET-scan (ou Tep en français, pour "tomographie par émission de positons"). Elle consiste à injecter du glucose radioactif au patient afin d’étudier l’activité métabolique.

Cette méthode est faite en routine dès que l’on soupçonne des métastases. "Cela montre bien que la tumeur est avide de sucre. Ce qui est plus compliqué à comprendre est que les tumeurs captent mal le sucre et fermentent. C’est la raison première du cancer, qui explique tout ce que l’on voit, avance le Dr Schwartz. Lorsque vous brûlez mal le sucre, ce que l’on appelle dans notre jargon l’effet Warburg, vous produisez de la masse. Il y a une inflammation. Et quand vous faites de la masse, la cellule peut se diviser en deux et mettre les tissus sous pression. Raison pour laquelle les cancers sont durs. Les métastases se développent et migrent pour des raisons purement mécaniques."

À l’échelle de la cellule, l’effet Warburg témoigne du fait que les mitochondries ne fonctionnent pas comme elles le devraient. Organites fournissant de l’énergie, les mitochondries sont indispensables à la survie de la cellule. Les cellules cancéreuses sont également constituées de mitochondries mais celles-ci fonctionnent peu et mal. En cas de cancer, la mitochondrie ne peut pas brûler le sucre, ou plus précisément son dérivé, le pyruvate, qui n’arrive pas jusqu’à elle. Elle se nourrit alors indirectement de graisses. En bref, en cas de cancer, les mitochondries fonctionnent mais les flux métaboliques sont fortement perturbés.

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Fond inflammatoire commun

Le phénomène de fermentation qui se produit en cas de cancer était quelque chose de connu. En revanche, ce qui, selon le Dr Schwartz, est accepté aujourd’hui, c’est que la fermentation est également au cœur du fonctionnement des autres maladies. Le cancer, la maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson, ou même tout simplement la vieillesse, ont une cause commune : l’excès d’électrons et l’incapacité de la cellule à exporter l’entropie (comprenez ici le produit de son énergie) à l’extérieur du corps sous la forme inoffensive de chaleur.

"Il est évident que ces maladies n’ont pas beaucoup à voir les unes avec les autres cliniquement. Mais d’un point de vue biochimique, il y a beaucoup de liens, affirme Laurent Schwartz. Ainsi, à la base d’un rhume banal, ce phénomène inflammatoire a lieu de façon très transitoire et sans aucune malignité. Dans le cas du cancer, l’effet Warburg est plus puissant. La captation de sucre et le phénomène inflammatoire sont plus puissants."

Pour le Dr Schwartz, il est possible qu’un jour, le traitement de ces maladies cliniquement si différentes soit le même. Un traitement visant à relancer la mitochondrie, capter les électrons et rejeter l’entropie sous forme de chaleur aura probablement un effet bénéfique dans toutes ces indications.

La voie métabolique : une partie de la solution

Pour Frédéric Denis, docteur en cancérologie à Paris-Saclay et ancien chercheur à l’Inserm, l’origine du cancer n’est pas aussi simple. « Je pense que le cancer est lié à un ensemble de facteurs d’ordre métabolique certes, mais également génétique, environnemental ou en rapport avec le stress, etc. En travaillant sur les moyens d’inhiber certaines voies métaboliques de l’énergie de la cellule, il est sans doute possible de freiner le développement du cancer. La mitochondrie peut être une partie de la solution mais pas l’unique solution. » Les études randomisées souhaitées par le Dr Schwartz seraient en tout cas pour lui un bon moyen de confirmer ou non l’hypothèse de la voie métabolique, par des études cliniques.

Le vivant est une machinerie intelligente et complexe qui le plus souvent essaie de trouver des voies parallèles pour se développer. Le cancer en est un bon exemple. « Il est possible de gagner en espérance de vie en comptant sur un nouveau traitement en mesure de régler une partie du problème. Malheureusement, nous sommes loin d’en avoir fini», poursuit Frédéric Denis. «On entend généralement parler du cancer. En réalité, il serait plus juste de dire les cancers. Chaque cancer et chaque individu est différent, c’est pour cela qu’émergent actuellement les traitements médicaux personnalisés, définis en fonction du génome de chaque individu et de celui de leur tumeur.»

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Le traitement métabolique

Le monde de la cancérologie n’est, pour lui, pas fait d’un bloc. Les avis divergent quant à la nature même du cancer. Certains pensent qu’il s’agit d’une maladie complexe dont l’origine se trouve dans le génome. Donc, seuls des traitements complexes, mais adaptés au patient, pourront en venir à bout. D’autres pensent que la maladie est plus simple et tire son origine de la mauvaise synthèse de l’eau métabolique, en raison d’un dysfonctionnement des mitochondries. Il est donc logique que l’approche thérapeutique varie selon les médecins.

"Ma position est la suivante, s’avance-t-il. Je suis partisan de surtout ne rien changer si le traitement conventionnel est curatif. La chimiothérapie est un traitement efficace dont on ne saurait se passer. Dire le contraire est une insanité. Les données des études animales montrent que le traitement métabolique sensibilise la tumeur à la chimiothérapie. Sur les souris, l’effet est transitoire. Les tumeurs cessent de pousser mais, dès que l’on arrête ce traitement, la croissance tumorale reprend. C’est dire que ce traitement s’inscrit sur la durée, comme celui de l’hypertension artérielle ou du diabète. Cependant, vu l’absence d’essai thérapeutique, le malade se trouve seul juge."

Concrètement, le traitement métabolique qu’il conseille repose, en résumé, sur une activité physique si cela est possible ; une alimentation hypocalorique et hypoglucidique ; un traitement relançant l’activité mitochondriale tel que l’acide alpha- lipoïque, associé à de l’hydroxycitrate issu de la Garcinia cambogia et du bleu de méthylène combiné éventuellement à du dioxyde de chlore. Tout cela ayant un objectif unique : baisser ce que Schwartz nomme la pression électronique, lever l’effet Warburg et bloquer la croissance tumorale.

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Des cas de guérison

"Des dizaines de milliers de personnes prennent ce traitement. Nous n’avons pas les moyens de suivre tous les patients mais, combinés aux protocoles conventionnels, les résultats sont très positifs", se réjouit Laurent Schwartz. À tel titre que des patients ont décidé de leur propre chef de créer l’association Cancer et métabolisme2. Le Dr Schwartz de son côté reconnaît aujourd’hui préférer la recherche : " Je travaille avec d’autres scientifiques, essentiellement sur l’axe recherche. C’est moins douloureux que d’interagir avec les malades qui arrivent avec une forme de violence qui découle de la maladie. "

Ses travaux sont soutenus notamment par la Fondation de France, en particulier pour valider l’efficacité des traitements d’un point de vue scientifique. Même s’il existe des dizaines de milliers de publications autour du cancer et de l’effet Warburg, le médecin souhaiterait que des essais randomisés aient lieu pour que le traitement soit validé par la communauté médicale dite conventionnelle.

"Mes travaux sont repris et mes traitements sont appliqués par beaucoup de médecins de ville. J’écris des livres pour contacter à la fois des malades et des médecins et qu’ils se rendent bien compte qu’il se passe quelque chose. " Il dit toutefois regretter que la quête du traitement novateur ait été remplacée par celle du profit. Résultat : des molécules simples et anciennes sont délaissées au profit de molécules de synthèse au coût exorbitant. Cancérologues et malades font les frais de ce système.

Même si le traitement n’est pour l’heure pas validé par des études cliniques sur l’humain, le Dr Schwartz continue à le porter à bout de bras, avec ses moyens. Car, malgré les critiques, le traitement semble porter ses fruits, si l’on en croit les témoignages de malades guéris ou en voie de guérison, que publie sur son site l’association Cancer et métabolisme. La structure, qui indique avoir été, depuis sa création en 2014, en contact avec plus de 5 000 malades du cancer, apporte également conseils et retours d’expérience et propose une liste de médecins et thérapeutes sensibilisés à l’approche métabolique.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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