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Vapoter, c'est dangereux. Même sans nicotine.

Article paru dans le journal nº 59 Acheter ce numéro
  • Les produits chimiques ne sont pas répertoriés, mais ces substances pénètrent le corps.Les produits chimiques ne sont pas répertoriés, mais ces substances pénètrent le corps.

Vapoter n’est pas anodin, il est même désormais établi que cela accroît les risques cardiovasculaires. Mais qu’en est-il des produits de vapotage sans nicotine qui arrivent sur le marché, aux parfums aussi exotiques que la cannelle ou la vanille ?

À l’issue de tests, il apparaît déjà que les nouveaux liquides présents dans les dispositifs de vapotage attaquent les tissus, accroissent les risques de cancer et représentent un facteur de dégénérescence cellulaire (stress oxydatif). Plus encore si l’on mélange les arômes. Et la liste des risques liés au vapotage de ces substances ne cesse de s’allonger.

Des substances cancérogènes dans les cigarettes électroniques

En septembre 2013, déjà, la revue 60 millions de consommateurs avait publié un article accusant les vapoteuses d’ « émettre des composés potentiellement cancérogènes en quantités significatives » . Depuis, une étude des chercheurs de l’université de Californie (1) montre que la vapeur produite par les e-cigarettes, avec ou sans nicotine, contient certains des mêmes produits chimiques toxiques que la fumée des cigarettes traditionnelles :

· de l’acrylonitrile, un composé hautement toxique largement utilisé dans la fabrication de plastiques, d’adhésifs et de caoutchouc synthétique ;

· de l’oxyde de propylène et du crotonaldéhyde, des cancérogènes probables ;

· de l’acroléine, une substance toxique irritante, mais encore inclassable à ce jour quant à son pouvoir cancérogène ;

· de l’acrylamide, un agent cancérogène avéré pour l’animal et probablement pour l’homme.

Vapotage aux saveurs fruitées : risques démultipliés

Beaucoup de fumeurs ont adopté la cigarette électronique pensant qu’elle aurait beaucoup moins d’effet sur leur santé que le tabac combustible classique, voire qu’elle n’en aurait pas. Un choix lié, au départ, au manque de preuves suffisantes pour prouver les effets nocifs du vapotage, mais aussi au plaisir de consommer des produits aux saveurs fruitées. Or, si ce sont les plus populaires, ces parfums sont aussi ceux qui contiennent le plus de substances nocives.

Les produits chimiques entrant dans la composition des liquides de vapotage ne sont pas mentionnés précisément dans la liste des ingrédients, où ils sont rangés sous l’appellation fourre-tout d’« arômes ». Pour autant, ces substances pénètrent bel et bien le corps : une fois inhalés, glycérine et arômes peuvent interagir (« effet cocktail ») ou se décomposer en produits chimiques potentiellement dangereux. Ainsi, en analysant les urines et le sang de 67 adolescents, les chercheurs de l’université de Californie (1) ont démontré que les vapoteurs présentaient des niveaux de produits chimiques dangereux à peine moins élevés que les jeunes du même âge fumant des cigarettes classiques… Bien sûr, ces taux sont significativement plus élevés chez les fumeurs d’e-cigarettes que chez les non-fumeurs.

Iqos : un nouveau danger sur le marché ?

Pour faire face à la baisse de consommation de cigarettes traditionnelles, due à une très forte hausse des prix et au nombre exponentiel d’études démontrant leur toxicité, le fabricant Philip Morris a imaginé l’Iqos. D'une technologie différente du vapotage, ce produit se présente sous la forme d’un stylo dans lequel on introduit une cigarette filtre « raccourcie » qui, en chauffant, va produire de la vapeur mais pas de combustion. On pourrait parler d’une cigarette sans fumée.

Respirer de la vapeur de tabac : une fausse bonne idée ? Pour Philip Morris, cette solution est moins toxique qu’une cigarette normale puisque la chaleur produit une vapeur plutôt que de la fumée, et donc « le produit libère des niveaux beaucoup plus faibles de substances chimiques nocives généralement présentes dans la fumée de tabac » (au premier rang desquels le goudron, produit de la combustion). L’entreprise présente donc son produit comme une alternative moins toxique.

Si la Food and Drug Administration (FDA), l’office de contrôle des produits pharmaceutiques et alimentaires américain, a confirmé que le l’Iqos libère des quantités plus faibles de produits chimiques toxiques que les cigarettes traditionnelles, elle regrette que Philip Morris n’ait pas démontré qu’une réduction de l’exposition à ces produits chimiques pouvait se traduire par une réduction équivalente et mesurable aux maladies et décès liés au tabac. L’autorité a donc rejeté la demande du cigarettier de commercialiser Iqos comme une « alternative moins nocive » que les cigarettes, car cette allégation nécessiterait des preuves d’études indépendantes.

Nitrosamines cancérigènes

L’équipe de chercheurs qui s’est penchée sur la question pour la revue Tobacco Control (2), conclut, quant à elle, que « le système iQOS pourrait ne pas être aussi inoffensif que revendiqué » . De son côté, le Pr Dautzenberg, président de l’Office français du tabagisme (OFT), pense que « ces produits conservent un certain niveau de risque, notamment parce que le tabac chauffé dégage des nitrosamines cancérogènes ». Une étude indépendante récente (3) semble lui donner raison : des chercheurs lausannois ont ainsi trouvé dans l’aérosol de l’Iqos des taux de substances toxiques (hydrocarbures aromatiques polycycliques et monoxyde de carbone, entre autres) plus élevés que ceux annoncés par le groupe Philip Morris. D’autres études (4) soulignent, elles, un risque potentiel de toxicité dû à la présence de furfural, un composé chimique.

L’appareil fait partie d’un programme de plus de 3 milliards de dollars réalisé par Philip Morris pour des fumeurs nouvelle génération. S’il ne réjouit pas les professionnels de santé, les usagers, eux, semblent conquis : l’Iqos représentait 14 % du marché du tabac au Japon et dans le monde fin 2017, et 3,7 millions de fumeurs auraient arrêté de fumer des cigarettes traditionnelles en passant complètement à ce système (chiffre d’août 2017, Philip Morris). La raison d’un tel succès tient sans doute au fait qu’avec l’Iqos, la nicotine atteint très rapidement le cerveau, ce qui rend cette cigarette particulièrement addictive.

 

Sources

(1) M. L. Rubinstein, K. Delucchi, N. L. Benowitz, D. E. Ramo, “Adolescent Exposure to Toxic Volatile Organic Chemicals From E-Cigarettes”, Pediatrics (mars 2018).

(2) B. Davis, M. Williams, P. Talbot, “iQOS: evidence of pyrolysis and release of a toxicant from plastic”, Tobacco Control (mars 2018).

(3) R. Auer, N. Concha-Lozano, I. Jacot-Sadowski, J. Cornuz, A. Berthet, “Heat-Not-Burn Tobacco Cigarettes: Smoke by Any Other Name”, JAMA Intern Med. (juillet 2017).

(4) I. V. Mosaic, D. O. Podkopaev, V. M. Savin, V. V. Lozny, R. P. Prikhodko, T. P. Simdyanova, M. B. Moyseyak, I. A. Filatova, F. A. Shishkonakov, P. A. Bulgakov, “Comparative studies of the component composition of cigarettes and sticks ‘Parliament’ with tobacco heating system iQOS”, Pogarskaya Factory (mai 2017).

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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