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Quand la musique aide à soigner…

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  • Les mystrieux pouvoirs de la musicothérapieLes mystrieux pouvoirs de la musicothérapie

« La musique adoucit les mœurs », dit un proverbe populaire. Elle peut aussi accompagner des soins médicaux, permettant de réduire l’usage de certains médicaments, peut-on ajouter désormais avec certitude. Reconnue par l’OMS, la musique fait aussi l’objet de nombreux essais cliniques. Plongée dans les promesses thérapeutiques du son. 


La musique accompagne l’humanité depuis son origine, berçant les enfants, animant les fêtes de village, faisant marcher d’un même pas les soldats, rassemblant des fans à des concerts… et soutient aussi depuis toujours nombre de rituels de guérison. Dans la Grèce antique, on soignait les douleurs de la goutte ou de la sciatique au son de la flûte ; l’Ancien Testament raconte comment le roi Saül fut guéri de sa dépression grâce à la lyre de David ; les premières institutions psychiatriques l'utilisaient pour calmer les aliénés, de même que les dentistes qui, dès la fin du 19 e siècle, ont eu l’idée d'y recourir pour atténuer l’anxiété de leurs patients… (et couvrir sans doute aussi par la même occasion leurs éventuels cris de souffrance !).

Comment ça marche ?

Tout au long du 20e siècle, des études scientifiques ont montré les effets neurophysiologiques de la musique. Les premières études ont objectivé une action sur le rythme cardiaque, respiratoire, et sur la pression artérielle, selon le style de musique utilisé. Grâce à l’imagerie fonctionnelle, on a pu aussi mieux comprendre comment la musique agissait sur le cerveau. On a visualisé le réseau neuronal impliqué et les modifications qu’elle entraîne : le corps calleux, zone de jonction entre les deux hémisphères du cerveau, est particulièrement développé chez les musiciens ! « On a également observé pour certaines musiques spécifiques une action directe sur les composantes multidimensionnelles de la douleur, à la fois cognitivo-comportementale, sensorielle et émotionnelle », poursuit le Dr Stéphane Guétin, musicothérapeute et fondateur de l’Amarc (Association de musicothérapie applications et recherches cliniques) et de la société de recherche et développement Music Care qui développent plus spécifiquement l’usage de la musique par les professionnels de santé en support aux soins en partenariat avec l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).

Les effets « neurochimiques » de la musique sont aussi bien connus : en 2013, des psychologues canadiens de l’Université McGill (Québec) ont analysé quelque 400 publications scientifiques parues sur le sujet (1). La musique entraîne une production accrue de dopamine, molécule de la récompense, une diminution du cortisol, hormone du stress, une augmentation de la sérotonine, d’autres hormones apparentées et d’ opioïdes naturels, essentiels à notre bien-être ; le battement d'un tambour synchronise à son tempo l’ activité des neurones, freinant le déclin cognitif ; et le chant en groupe « booste » la production d'ocytocine, hormone de l’attachement, favorisant le sentiment d'appartenance sociale…

Quels impacts sur la santé ?

« La musique douce dans les cabinets dentaires peut réduire les niveaux d'anxiété, de peur, de tension artérielle et d'hormones de stress signalés par les patients », confirme pour sa part l’OMS (organisation mondiale de la santé), dans un rapport paru fin 2019 sur « les preuves du rôle des arts dans l'amélioration de la santé et du bien-être » (2). S’appuyant sur les résultats de quelque 900 études scientifiques menées de par le monde, ce rapport souligne les effets bénéfiques de la musique chez les femmes enceintes et chez les nouveau-nés : moins d’anxiété, de stress, de douleurs, de complications, de médicaments et de dépression postnatale pour les premières, moins de pleurs, de coliques et de réveils nocturnes pour les seconds. Pour les deux : un accouchement plus rapide et plus facile, et un lien mère-enfant plus fort, en particulier si la mère chante. Le rapport note aussi que « chez les personnes souffrant de troubles du sommeil aigus et chroniques, la musique agit plus efficacement que l’acupuncture ou les médicaments ». Il préconise enfin que les soignants l’utilisent pour réduire l'hostilité, les hallucinations ou la méfiance des personnes souffrant de schizophrénie légère, apaiser les enfants autistes ou encore réduire les symptômes de stress post-traumatique… mais aussi pour faciliter l’anesthésie et le réveil des patients devant se faire opérer, ou les soins des personnes dépendantes. La musique est d’ailleurs entrée à l’hôpital, où elle est désormais de plus en plus utilisée dans de nombreux services : des patients plus sereins sont plus faciles à soigner, ont moins besoin de médicaments et récupèrent plus vite !

Lire aussi Les bains sonores : plus qu’une simple plongée dans la détente

Des applications déjà nombreuses

« Nous avons conçu, avec des musiciens-compositeurs renommés, des séquences originales, conçues selon les règles de la séquence en U et dans tous les styles musicaux, afin de cibler les préférences du patient », explique Stéphane Guétin qui consacre désormais tout son temps à développer l’usage de Music Care, une application pour smartphone strictement réservée à un cadre médical.

L’écoute se fait au casque, yeux fermés et éclairage réglé au minimum, en position allongée. Les séances durent 20 à 45 minutes. Un peu comme dans l’hypnose, où la voix du thérapeute guide le patient vers un état modifié de conscience, les paramètres musicaux (tempo, fréquence…) des différents morceaux agissent sur ses paramètres physiologiques (rythme cardiaque, respiration, etc.) et l’amènent progressivement à la détente.

Lancé en 2008, plusieurs milliers de patients utilisent déjà Music Care pour traiter douleur, anxiété ou troubles du sommeil. Des dizaines d’essais cliniques en ont d’ailleurs validé l’efficacité et les recherches se poursuivent. Dernières en date, une étude menée à l’hôpital Cochin par le Dr Gilles Guerrier auprès de 310 patients qui devaient être opérés de la cataracte. Ils ont été répartis en deux groupes : analgésiques pour les uns, musique pour les autres. Dans le premier groupe, 81 patients (53 %) ont présenté des complications, contre seulement 20 (13 %) parmi ceux qui avaient eu une séance de Music Care au préalable. Ces derniers avaient, en outre, besoin de doses de sédatifs 92 % moindres ! (3) Une autre étude menée en milieu ouvert par des dermatologues auprès de 50 patients souffrant de démangeaisons (prurit) a montré que ceux qui écoutaient des séquences de Music Care présentaient moins de douleurs et avaient moins besoin de crèmes émollientes que les autres. (4) « Et prochainement devraient être publiés les résultats d’un essai clinique mené sur des personnes souffrant de migraines au CHU de La Réunion, dans le service du Dr Guilhem Parlongue : l’utilisation de Music Care sur un protocole de trois mois a permis d’y réduire de 52 % la fréquence des crises chez 50 % des patients ! » (5), annonce encore Stéphane Guétin.

L’application, enregistrée depuis peu comme dispositif médical de classe I auprès de l’ANSM (agence national de sécurité du médicament) ne fonctionne qu’avec un système de prescription par un professionnel de santé. « C'est un protocole de soins clairement médical pour le moment », rappelle le musicothérapeute. Près de 400 hôpitaux en France ont déjà acquis la licence ainsi que tous les Ehpad gérés par la Croix-Rouge française. « En région Normandie, tous les services d’oncologie en sont équipés et très prochainement tous les services de soins palliatifs le seront aussi ! », se réjouit-il, évoquant encore d’autres développements à venir, comme des démarches pour un remboursement par la Sécurité sociale dans certaines indications médicales précises, voire un accès via les généralistes ou les pharmaciens, en complément d’une prescription de médicaments.

Et la musicothérapie dans tout ça ?

Il ne faut cependant pas oublier que, si la musique est utilisée depuis longtemps par des professionnels de santé, c’est avant tout comme support d’une relation thérapeutique ! Et qu’il va sans dire qu’ «un musicothérapeute ne soigne pas les escarres avec du Mozart, ni les lumbagos avec du Nougaro ! », comme le rappelle Patrick Berthelon, président de la société française de musicothérapie. Développée en France depuis les années 1960, cette discipline désigne initialement une forme particulière de psychothérapie : le musicothérapeute, en séances individuelles, et après avoir identifié la symptomatologie du patient, a pour objectif de raccorder celui-ci à son identité et à ses capacités créatives, et à l’aider à se resocialiser. « On améliore l’état anxiogène du sujet, synthétise Patrick Berthelon. Dans toutes les pathologies on a tendance à s’isoler : le musicothérapeute travaille sur ces angoisses et sur le système cognitif et va, par la musique, essayer d’apaiser la personne et de la remettre en communication », explique-t-il. Ce faisant, il peut même commencer un travail analytique… La musicothérapie s’adresse ainsi plus particulièrement aux personnes atteintes de troubles du spectre autistique, aux schizophrènes, aux personnes en rééducation à la suite d’un accident vasculaire cérébral ou à celles atteintes de maladies neurodégénératives. Illustration : l’an passé, en Espagne, une patiente atteinte de la maladie d'Alzheimer a retrouvé une chorégraphie du Lac des cygnes qu’elle avait interprétée dans sa jeunesse lorsqu’elle était ballerine… simplement en écoutant la musique ! La séquence où on la voit se mettre ainsi à danser a largement été diffusée sur les réseaux sociaux, montrant de manière tangible comment la musique peut permettre de reconnecter la mémoire à des souvenirs anciens. (6)

« De nombreuses études ont d’ores et déjà montré l’effet, ou plutôt les effets, de la musique sur le cerveau, de même que le fait qu’elle constitue un reflet de la nature psychosociale de l’Humain. Pour autant, ces travaux ne dévoilent encore aujourd’hui que la partie émergée de l’iceberg », précise Patrick Berthelon qui rappelle, s’il était besoin, qu’il n’y a pas de musicothérapie sans musicothérapeute ! Encore immergées, les parties préconscientes et inconscientes des fonctions psycho et physio-sonores humaines restent à explorer : anthropologie, langage, communication, pulsation, rythme, rythmicité, vibration, son, mouvement… sont autant d’éléments s’articulant dans une équation complexe, propre à chaque être humain.

À qui s’adresser ? La profession de musicothérapeute n’étant toujours pas réglementée en France, n’importe qui peut pour l’instant revendiquer ce titre… Même si la Fédération française de musicothérapie œuvre à la reconnaissance d’un statut, en ayant établi une fiche-métier bien précise. Elle regroupe d’ailleurs les principales associations de musicothérapeutes, telles que l’Amarc ou encore la société française de musicothérapie, et propose sur son site l’annuaire des thérapeutes qui lui sont affiliés. Une garantie de travailler avec un musicien également formé au moins trois ans durant à la psychologie et à la psychopathologie. Il existe d’ailleurs des cursus universitaires délivrant des diplômes en musicothérapie.

 

Pour en savoir plus

Amarc (Music Care) 8, rue de la Vacquerie 75 011 PARIS. Tél : 09 52 03 03 34

http://www.music-care.com

Société française de musicothérapie 12 rue Georges Duhamel 21 600 Longvic. Tél : 06 89 28 82 21

https://francemusicotherapie.fr

Fédération française de musicothérapie

https://www.musicotherapie-federationfrancaise.com

Annuaire des musicothérapeutes

Livre

La musicothérapie, Édith Lecourt, éd. Eyrolles, 2019.

 

Références


  1. Chanda ML, Levitin D « The neurochemistry of music », Trends in Cognitive Sciences, 17(4) : 179-193 (avril 2013)

    Fancourt D, Finn S « What is the evidence on the role of the arts in improving health and well-being? A scoping review» Ed. Organisation mondiale de la Santé (novembre 2019)


    Guerrier, G. et al « Musical intervention reduces anxiety-related hypertensive events during cataract surgery: A randomized controlled trial » Perioperative Care and Operating Room Management, 20 :100126 (août 2020)


    Demirtas S, et al « Efficacité de l’intervention musicale sur le prurit : étude prospective randomisée en ouvert » , Annales de Dermatologie et de Vénéréologie, 147 (12) ( Supplement) : A332 (décembre 2020)


    Les résultats sont disponibles sur la base mondiale des essais cliniques développée par les autorités sanitaires américaines

    Música para Despertar « Primera Bailarina - Ballet en Nueva York - Años 60 » video Youtube (novembre 2020)

 

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