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Les malades de Lyme peuvent connaître des années d’errance

Article paru dans le journal nº 51 Acheter ce numéro
  • Dr Michel Lenois se consacre depuis plusieurs années à la rédaction d'ouvrages médicaux destinés au grand public. Il s'est intéressé notamment à l'autisme, à l'ostéoporose et au cancer de la prostate.Dr Michel Lenois se consacre depuis plusieurs années à la rédaction d'ouvrages médicaux destinés au grand public. Il s'est intéressé notamment à l'autisme, à l'ostéoporose et au cancer de la prostate.

De plus en plus fréquente, la maladie de Lyme entraîne parfois des conséquences dramatiques sur la santé. Elle reste pourtant méconnue, difficile à diagnostiquer et à traiter. Le Dr Michel Lenois, généraliste dans le pays havrais depuis trente-deux ans, fait le point sur cette affection, sa prise en charge, les bons réflexes à adopter et les pistes pour en venir à bout : traitements naturels, vaccin, phagothérapie…

Alternative Santé Vous venez de publier un livre sur la maladie de Lyme dans lequel vous faites le point sur cette affection complexe, potentiellement invalidante et qui progresse de manière constante… Le climat de peur qui entoure Lyme est-il selon vous justifié ?

Dr Michel Lenois L’inquiétude vient des nombreuses zones d’ombre autour de la maladie, à commencer par les chiffres. Ceux des instances gouvernementales s’écartent considérablement des estimations officieuses. Les premiers recensent entre 25 000 et 30 000 nouveaux cas par an, les secondes en évoquent 100 000. Une chose est sûre, certaines régions, comme le Limousin et l’Alsace, sont très exposées, avec un habitant sur 400 touché chaque année. Dans ces régions, le nombre de tiques est très important et a fortement progressé. Ce phénomène, d’ailleurs observé sur l’ensemble du territoire, pourrait être dû à la raréfaction de certains prédateurs de la tique, comme les lézards, les musaraignes et les hérissons. Mais pour préoccupants que soient ces chiffres, il faut les replacer dans leur contexte. À l’échelle nationale, l’étendue de Lyme est très relative, ne serait-ce qu’en comparaison de la grippe ! Le climat anxiogène est aussi entretenu par toutes sortes de théories qui circulent sur Internet et présentent la maladie comme une arme bactériologique mise au point par les autorités américaines dans un laboratoire de l’île de Plum Island, proche de la ville de Lyme (États-Unis). Selon ces rumeurs, il y aurait eu une fuite accidentelle, voire une propagation volontaire, des microbes responsables de la maladie, en vue de les tester sur le terrain… Tout cela relève du fantasme.

A. S. La peur ne vient-elle pas aussi du fait que la maladie est souvent difficile à diagnostiquer et qu’elle peut avoir des conséquences dramatiques sur la santé si elle n’est pas traitée à temps ?

Dr M. L. La maladie de Lyme est complexe et pas encore bien connue de tous les médecins. Son évolution passe par trois stades. Le stade primaire, qui suit la morsure de tique, dure quelques semaines. Il se manifeste par un érythème migrant (EM). Dans ce cas, le diagnostic clinique est évident. Le problème survient lorsqu’il n’y a pas d’EM ou qu’il passe inaperçu car situé sur une zone du corps non visible, comme le cuir chevelu. Les autres manifestations possibles sont plus diffuses : fièvre, douleurs musculaires et articulaires, gonflement éventuel des ganglions… Des symptômes que l’on peut tout aussi bien mettre sur le compte d’un banal état grippal. Le risque est alors que la maladie, non détectée, évolue vers les stades secondaire et tertiaire, en se chronicisant. Le système nerveux peut être atteint, et la maladie devient de plus en plus invalidante. Les symptômes, variables en fonction des individus, s’accumulent : fatigue intense, douleurs rhumatismales, maux de tête, troubles de la mémoire, de la concentration, du comportement, manifestations cutanées, anomalies du rythme cardiaque, paralysie faciale… De nouveau, on peut alors passer à côté du diagnostic en mettant ces troubles sur le compte d’autres affections comme la sclérose en plaques, la fibromyalgie ou le syndrome de Guillain-Barré. Tout ceci fait que les malades peuvent connaître des années d’errance médicale, ce qui entraîne des souffrances importantes.

A. S. À ces difficultés s’ajoute l’incapacité des tests sérologiques actuels à fournir aux patients un diagnostic sûr…

Dr M. L. Les deux tests officiels existants remboursés par la sécurité sociale, Elisa et Western Blot, manquent de fiabilité, en particulier au tout début de la maladie et à son stade chronique. Rappelons qu’ils ont été conçus à l’origine aux États-Unis pour détecter la présence d’anticorps en réaction à la bactérie Borrelia burgdorferi, présente là-bas. Or, sous nos latitudes, il existe aussi deux autres variétés très répandues, Borrelia garinii et ­Borrelia afzelii, susceptibles elles aussi de transmettre la maladie de Lyme. Même si les tests ont été améliorés, le grand nombre des anticorps à rechercher complique l’examen en ce qui concerne Elisa. Et pour Western Blot, qui est certes plus sensible, les résultats doivent cependant être interprétés par un biologiste, et tout le monde n’est pas d’accord sur la méthode à suivre… En conclusion, ces tests peuvent donner des faux positifs et des faux négatifs plus nombreux encore.

A. S. Quels sont les traitements disponibles aujourd’hui ? Sont-ils efficaces ?

Dr M. L. Les traitements curatifs sont principalement à base d’antibiotiques. Les molécules utilisées, le mode d’administration et la durée du traitement, qui peut durer plusieurs semaines, varient en fonction de l’avancée supposée de la maladie et des signes cliniques. Au stade primaire, avec un EM clairement identifié, par exemple, plus le traitement est donné rapidement, plus il sera efficace. Hélas, dans les formes avancées, les antibiotiques ne suffisent pas toujours. Outre de nombreux effets secondaires, des rechutes peuvent survenir. Capables de changer de forme, les bactéries Borrelia responsables de la maladie de Lyme peuvent ainsi échapper au système de défense immunitaire et aux traitements ou devenir résistantes. C’est le cas en particulier lorsqu’elles se regroupent en biofilm et infiltrent les cavités articulaires ou les gaines nerveuses. Aux stades secondaire et tertiaire, les remèdes naturels, en complément des antibiotiques, sont intéressants. L’échinacée pourpre et les huiles essentielles de cannelle, de tea tree et de thym vulgaire, en particulier, peuvent aider à traiter la maladie. Malheureusement, peu de praticiens de santé ont une expérience suffisante dans ce domaine.

A. S. Faut-il systématiquement s’inquiéter lorsque l’on découvre une tique sur soi en revenant d’une promenade ? Quels sont alors les bons réflexes ?

Dr M. L. D’abord, il faut savoir que toutes les tiques ne sont pas infectées par la bactérie Borrelia. Le taux est variable selon les études : il se situerait en moyenne à 20 %. Ensuite, le risque de transmission de la maladie ne devient important que 48 heures après la morsure. C’est en effet le temps qu’il faut à la tique pour s’installer sur son hôte, planter son rostre, aspirer le sang, et rejeter dans l’organisme, après digestion, des déchets contenant éventuellement des bactéries Borrelia. Dans tous les cas, il est important de s’inspecter minutieusement après chaque promenade en pleine nature, en particulier sur le cuir chevelu, les aisselles et les plis de l’aine. Si les tiques ne sautent pas, elles sont en revanche capables, en se laissant tomber depuis une herbe haute à laquelle elles sont accrochées, de se glisser dans une échancrure de chemise pour atteindre leur cible… Il faut ensuite bien sûr la retirer avec une pince à épiler très effilée ou un tire-tique, en l’extrayant au niveau de la tête afin de bien enlever le rostre. Surtout, ne pas utiliser d’éther, ne pas chercher à brûler la tique et ne pas la presser entre le pouce et l’index.

A. S. Vous évoquez deux pistes pour venir à bout de Lyme : un vaccin et la phagothérapie. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Dr M. L. La phagothérapie a été mise au point en France dans les années 1920 pour venir à bout d’infections avant d’être supplantée par les antibiotiques. Elle repose sur l’utilisation de phages, des virus capables de détruire des bactéries. La technique est encore employée avec succès en Géorgie et en Pologne pour traiter un grand nombre d’infections ORL, cutanées, osseuses… En France, quelques essais ont été menés récemment, mais uniquement dans un cadre expérimental. Les phages capables de détruire Borrelia burgdorferi sont connus et ont été identifiés dès 1983 par une équipe américaine. Il faudrait creuser cette piste, et mener des études cliniques. Cependant, les coûts d’une telle recherche sont énormes et n’intéressent pas les laboratoires. Les phages étant des organismes vivants, ils ne pourraient pas être brevetés. L’autre piste, déjà bien avancée, mais moins naturelle, est celle du vaccin. Il existe déjà pour le chien, et son fonctionnement est original, car il agit en amont, au niveau de la tique elle-même. La tique, en aspirant le sang de son hôte, va également aspirer des anticorps qui vont neutraliser la bactérie Borrelia directement dans son tube digestif, et la piqûre ne sera donc pas contaminante. Un tel vaccin pour les humains a déjà été mis au point aux États-Unis, mais il a été retiré du commerce car il provoquait de nombreux effets secondaires graves. La firme française Valneva, connue pour développer des vaccins innovants, vient de mettre au point le VLA15, efficace contre la plupart des Borrelia sévissant en Europe. Les études cliniques préalables à la mise sur le marché sont en cours. Certaines études suggèrent par exemple que la maladie de Lyme pourrait être transmissible par des moustiques et par voie sexuelle… Il ne faut certes pas céder à la panique, mais il est urgent d’agir afin d’éviter un nouveau scandale sanitaire !

 

En savoir plus.

La maladie de Lyme, comprendre, diagnostiquer, traiter, du Dr Michel Lenois, éd. Grancher, 2017, 18€

Association d'information et groupes de soutien sur la maladie de Lyme : Lyme sans frontière

Fédération française contre les maladies vectorielles à tique (FFMVT)

France Lyme

 

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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