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Le forçage génétique est-il la solution au paludisme ?

Véhiculé par le moustique, le paludisme est encore une maladie qui fait des ravages dans certains pays du Sud, et compterait près de 228 millions de cas en 2018 selon l'OMS. Or les insecticides ne fonctionnent plus… D'autres solutions sont alors avancées dont le forçage génétique.

Christophe Noisette (Inf'OGM)

Les biotechnologies se proposent de palier cette obsolescence en créant, par modification génétique, des moustiques mâles stériles, dans l'optique d'empêcher les femelles de se reproduire avec des mâles fertiles et d'ainsi réduire le volume global de moustiques. Des milliards de moustiques transgéniques ont ainsi été disséminés dans plusieurs pays, avec des résultats relativement décevants. Nouvelle étape donc : des insectes modifiés par forçage génétique. Le forçage génétique est une biotechnologie extrême et hégémonique : 100 % des descendants des moustiques forcés génétiquement sont porteurs de la modification génétique souhaitée. Du moins, en théorie.

Un des vecteurs du paludisme est le moustique anopheles gambiae. Le Burkina Faso est impliqué dans le projet « Target Malaria », en partie financé par la Bill & Melinda Gates Foundation. Dans ce cadre, ils espèrent pouvoir lâcher ces moustiques issus du forçage génétique, en 2024. Le but est d’éradiquer cette population de moustiques et donc de réduire drastiquement le paludisme.

Une méthode potentiellement dangereuse et inefficace

Admettons que ces moustiques anophèles, ainsi modifiés, soient tous éradiqués. Le paludisme sera-t-il éliminé ? On ne connaît pas tous les moustiques anophèles qui sont vecteurs du paludisme. Au-delà des anophèles d’autres vecteurs pourraient émerger étant donné que la nature a horreur du vide. (voir, par exemple, comment des politiques d’éradication des tiques ont pu faire émerger des hybrides vecteurs de la maladie de Lyme. Il est à prévoir que, dans de nombreuses situations, le fait de retirer une espèce de la transmission ne changera pas ou très peu la situation épidémiologique, ou bien le fera avec des effets imprévisibles.

Se pose aussi la question de la stabilité de la modification génétique. Des mécanismes issus de millions d’années d’évolution existent au sein des génomes qui visent notamment à adapter les espèces aux évolutions de l’environnement, dont les espèces associées. Parmi les dizaines de millions de moustiques issus du forçage génétique produits et triés pour être libérés dans la nature, certains, plus ou moins nombreux, pourront s’être débarrassés de cette modification génétique forcée ou ne pas la transmettre à toute leur descendance. Il est aussi largement probable que cette construction soit tronquée, qu’elle mute à mesure qu’elle se transmet de génération en génération avec, à chaque étape, une capacité de mutation non négligeable. En effet, disséminé dans l’environnement, l’organisme issu du forçage génétique sera soumis à des pressions mutationnelles et évolutives, tout comme les espèces sauvages en tentant de « résister » au forçage génétique.

L’OMS rappelle aussi que « un diagnostic précoce et un traitement rapide sont les moyens les plus efficaces de prévenir l’aggravation des cas de paludisme et les décès associés ». Lutter contre le paludisme ne passera pas par une technologie coûteuse et brevetée mais par une amélioration substantielle des politiques sanitaires et alimentaires. Ces dernières auront, par ailleurs, des bénéfices sur d’autres maladies.

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