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Deux collectifs indépendants de médecins dénoncent les potentielles dérives et censures d’un futur « CSA de la santé »

Les collectifs indépendants Cancer Rose et Formindep dénoncent dans un communiqué récent le projet lancé par l'Institut national du cancer (INCa) de créer un « CSA de la santé ». Visant à éliminer les fausses informations qui circuleraient sur l’ensemble des médias en ligne (sites web, blogs, réseaux sociaux), ce futur organisme serait, pour les deux collectifs, un potentiel organe de censure de toute information santé qui n’irait pas dans le sens officiel.

Sabrina Debusquat

L’association Cancer Rose est une organisation française indépendante qui se bat depuis plusieurs années pour une information fiable et indépendante sur les bénéfices et les risques de surdiagnostic du dépistage organisé et automatique du cancer du sein. Fondée en 2015 sous l’égide de la radiologue Cécile Bour, elle compte parmi ses membres plusieurs médecins du Formindep (association militant pour une formation et une information des médecins indépendantes de l’industrie pharmaceutique). Cancer Rose dénonce aujourd’hui la « volonté de censure » de l’INCa.

En effet, dans sa récente stratégie décennale de lutte contre les cancers (2021-2030), l’INCa a annoncé vouloir « mettre en place un dispositif de lutte contre les fake news », sorte de « CSA de la santé » qui pourrait être créé pour « instaur[er] des règles en matière d’information en santé [qui seraient] prévues dans un accord-cadre avec les hébergeurs de contenus (médias, réseaux sociaux) pour qu’ils fassent un travail d’élimination des fake news identifiées par un collège d’experts ».

Sans attendre la création de cet éventuel organe de surveillance, l’institut a récemment lancé sur son site une rubrique « L’info derrière l’infox » dans laquelle elle aborde le sujet phare traité par Cancer Rose : la controverse scientifique internationale à propos de la balance bénéfice-risque du dépistage du cancer du sein. Cancer Rose a immédiatement réagi, indiquant que « L'Institut national du cancer a, depuis toujours, diffusé une information partisane et promotionnelle du dépistage du cancer du sein en minimisant le surdiagnostic et ses graves conséquences (surtraitements). » Réagissant également à cette classification de la controverse sur l’utilité du dépistage à partir de 50 ans comme une "infox", le journal Que Choisir n'hésite pas à qualifier le procédé de "scandaleux" le 14 juillet dernier.

Un « travail d’élimination » par des « experts » qui mènerait à une censure des médias santé ?

Cancer Rose et Formindep estiment que l’INCa procèdera ni plus ni moins à de la censure en créant ce « CSA de la santé ». Comme ils l’expliquent : « En décrétant que “ le débat scientifique peut avoir une répercussion négative sur les femmes ”, l'INCa suit la même logique que l'État dans l'affaire du site Désinfox Coronavirus : s'arroger un rôle de censeur dans la production médiatique et accorder une conformité aux seuls médias qui délivreront l’information sélectionnée par les “ experts ” de l’Institut. En qualifiant d'infox toute contradiction scientifique, en désignant comme fake news des informations qui ne vont pas dans le sens officiel, en faisant faire par des “ experts ” un “ travail d'élimination ” de tout ce qu'il estimera contraire à sa propre communication, l'INCa exercera tout simplement de la censure, dans un pays où la liberté d'expression et la liberté de la presse sont des libertés fondamentales. »

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Source :

« Les informations indépendantes en santé taxées de fake-news par l’INCa, Cancer Rose monte au créneau », Cancer-Rose.fr, 24 juin 2021.

« Dépistage du cancer du sein : Quand l’Institut national du cancer dérape », Que Choisir, 14 juillet 2021.

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