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La diététique chinoise

Article paru dans le journal nº 18 Acheter ce numéro

Dans le domaine des médecines non conventionnelles, la diététique est l’occasion d’affrontements acerbes où des théories contradictoires s’entrechoquent. Le tout crée un sentiment de confusion où personne ne sait exactement ce qu’il faut faire vraiment concernant son alimentation. La diététique chinoise reste heureusement une référence incontournable ancrée dans plusieurs milliers d’années de pratique et d’observation. Avec Philippe Sionneau, découvrez quels en sont les grands principes.

Tout d’abord, il faut comprendre qu’elle a une expérience de très nombreux siècles. Elle a prouvé ainsi que ses principes étaient bien fondés puisqu’ils permettent au peuple chinois actuel d’avoir une espérance de vie équivalente à celle des pays occidentaux malgré des conditions de vie bien plus difficiles et une sous-médicalisation.

Ensuite, elle se base sur les enseignements d’un système médical complet, cohérent, efficace qui est de plus en plus reconnu à travers le monde : la médecine chinoise. Tous ces avantages lui permettent de répondre à des questions sensibles telles que : « devons-nous manger cru ou cuit ? Ou devons-nous boire beaucoup ? »

Manger cru ou manger cuit ?

Selon la médecine chinoise, l’estomac est un peu comparable à une casserole qui a besoin de feu pour décomposer le bol alimentaire. Ce feu est assuré par la rate aidée par les reins. Si la rate est faible, ou si nos reins sont déficients (ou les deux), nous aurons, durant la digestion, des lourdeurs, des flatulences, des gonflements abdominaux ou froid aux pieds et aux mains (signes que l’énergie est complètement concentrée sur l’assimilation des aliments), une fatigue après le repas, des selles molles, voire lientériques. L’évidence est que nous avons donc besoin de chaleur pour digérer. Pour qu’un aliment soit facilement transformé en énergie, il faut qu’il soit, au moment de son absorption, à la température de l’estomac.

Si vous versez un verre d’eau froide dans une casserole et que vous chauffez cette eau à 38°C, vous observerez qu’il faut un certain temps et une certaine quantité d’énergie, sous forme de gaz, de bois ou d’électricité. Il est facile de comprendre que si vous buvez le même verre d’eau froide, vous consommerez pour le digérer une plus grande quantité d’énergie que pour digérer un verre d’eau chaude. Ce genre de gaspillage, à la longue, sape nos réserves énergétiques et nuit à notre santé.

L’erreur du cru

La médecine chinoise considère que tout aliment absorbé cru va demander au corps une plus grande quantité d’énergie. Celle-ci aurait pu être économisée si la nourriture avait été cuite. Et ceci est d’autant plus vrai que l’aliment n’aura pas été, au préalable découpé finement et correctement mastiqué. Les précieux nutriments (vitamines, oligo-éléments, minéraux, enzymes…) que nous croyons préserver en mangeant cru, en fait, nous coûtent cher car leur assimilation n’est pas garantie et la balance énergétique entre apport et coût, au bout du compte n’est pas forcément positive.

Et pourtant…

Il est évident que le cru est tout de même plus riche en vitalité et en éléments indispensables à la vie (acides gras essentiels, vitamines, enzymes…). La cuisson dénature et détruit une partie de ces éléments (surtout les cuissons à haute température des cocottes minutes). Une alimentation cuite est morte disent les partisans du « cru », car elle dévitalise l’aliment et fait perdre les éléments subtils, déjà largement mis à mal par des moyens de production intensifs et des modes de transformations industriels.

Le compromis

La cuisine chinoise résout le dilemme « cru/cuit » de manière élégante. Elle conclut qu’il suffit de cuire partiellement la plupart des aliments. Manger l’aliment semi-cru, croquant, « al dente » en italien, ou saisi, peut être une règle de base, à l’exception des céréales qui doivent impérativement être complètement cuites pour être bien digérées. L’option idéale est la cuisson à la vapeur, ou mijotée au coin du feu. Les cocottes Baumstal ou équivalent et les tajines sont d’excellentes formules.

Comment appliquer
concrètement ce principe ?

Ce que nous enseigne la médecine chinoise, c’est que la quantité d’aliments crus ou cuits que nous pouvons ingérer chaque jour dépend de l’état du feu digestif, c’est-à-dire du Yang de la rate mais aussi partiellement des reins.

  • Avec un feu digestif fort :

Dans ce cas et dans ce cas seulement, il est possible de se contenter d’une cuisson modérée des aliments et d’absorber une plus grande quantité de crudités. Peu cuite ou crue, la nourriture est alors plus riche en vitalité. Mais attention, les gens qui bénéficient d’un feu digestif convenable ne doivent pas tomber dans l’excès du cru qui, à terme, lèsera le Yang de leur rate. De plus, avec l’âge, comme le feu digestif tend en général à diminuer, il faudra cuire davantage les aliments.

  • Avec un feu digestif faible :

Ici, il convient de faire attention. Les aliments seront, la plupart du temps, cuits, surtout ceux qui demandent un pouvoir digestif fort (comme les céréales par exemple). Nous cuirons donc bien les aliments, ceux-ci seront alors sans doute moins riches mais beaucoup plus digestes, ce qui favorisera une assimilation correcte. Nous n’oublierons pas non plus de faciliter la digestion en utilisant des aliments coupés finement et en les mastiquant bien.

Est-ce que le cru est
une bonne chose pour moi ?

Encore une fois, si le cru a l’avantage de nous offrir toute la vitalité de l’aliment, c’est la force de notre feu digestif qui nous permettra d’en tirer plus ou moins profit. Afin de savoir si vous avez un feu digestif suffisant, nous vous proposons de répondre aux quelques questions qui suivent.

Si vous avez au moins trois signes de la liste qui suit, le cru doit être limité, si vous avez cinq signes, le cru est fortement déconseillé :

• vous n’avez pas d’appétit,

• vous avec une digestion lourde,

• vous avez une digestion longue,

• vous êtes fatigué après les repas,

• votre ventre gonfle après les repas,

• vous vous refroidissez après les repas,

• vous vous sentez nauséeux après les repas,

• vous avez fréquemment des gaz intestinaux,

• votre estomac ou votre abdomen est froid au toucher,

• vous avez souvent des éructations avec l’odeur des aliments,

• vous avez souvent les selles molles ou liquides, voire des diarrhées,

• vous avez assez souvent ces traces d’aliments non digérés dans les selles.

La diététique chinoise nous enseigne que toute règle diététique doit être adaptée à la constitution et aux besoins de chacun. Des signes précis nous permettent de savoir si tel ou tel grand principe nous convient ou non. Une seule règle est universelle dans la tradition chinoise : celle du juste milieu et de la recherche de l’équilibre.

Faut-il boire des litres d’eau ?

Boire ou ne pas boire, telle est la question. Notre époque a tranché, c’est clair, en faveur de la première solution. « Buvez, éliminez ! ». Le message publicitaire, abondamment relayé, a si bien fonctionné qu’il est devenu vérité. Boire des litres est devenu un gage de santé, de forme et même de pureté.

De plus, on joue sur la corde sensible : boire beaucoup vous permettrait de perdre vos kilos en trop. Jamais les producteurs d’eaux minérales n’ont autant vendu de bouteilles !

Que dit la médecine chinoise sur la quantité de boisson à consommer ?

Tout dépend de votre constitution, tout dépend de l’état de l’énergie de votre rate et de vos reins, tout dépend du moment.

Selon votre constitution :

• vous devez boire modérément et chaud si : vous êtes frileux, avec les mains et les pieds froids, tendance à être fatigué, à transpirer peu dans la journée, avoir des selles molles.

• vous urinez assez fréquemment, clair et en quantité importante.

• vous n’éprouvez pas ou peu la soif naturellement (même si vous buvez beaucoup par habitude).

Plus vous avez soif, plus vous avez chaud, plus vous transpirez, plus vos urines sont foncées ou peu abondantes, plus vous souffrez d’une sensation de bouche et gorge sèches, plus vous pouvez boire en quantité. Mais, nous vous recommandons de boire quand même chaud ou à température ambiante.

Les boissons fraîches ou glacées provoquent tôt ou tard des problèmes de santé même chez une personne de bonne constitution.

Selon l’état de votre rate et de vos reins :

En fait, si votre rate et vos reins sont déficients, ils ne transforment pas correctement les liquides. Il est alors inutile de forcer le corps qui, pour se débarrasser de cet excès de boissons, vous amènera à uriner de manière importante. Boire trop est une sorte de « grignotage liquide » qui fatigue l’organisme.

Comment savoir si votre rate et/ou vos reins gèrent mal les boissons ?

Trois symptômes majeurs vous aident à faire votre propre diagnostic :

• Si vous avez l’impression d’uriner la même proportion que ce que vous buvez.

• Si, très vite après avoir bu, vous êtes obligé d’aller uriner.

• Si naturellement, vous n’éprouvez pas de soif.

Le résultat d’un excès de liquides, contrairement à ce qu’il est dit fréquemment, est de fatiguer le corps ou tout au moins d’affaiblir à terme les fonctions de la rate et des reins. En dehors de certaines maladies où il est vital de boire beaucoup, les enseignements de la médecine chinoise nous encouragent à suivre sa soif ou tout au moins de s’arrêter de boire si nous urinons beaucoup après l’absorption de liquides.

Selon le moment

Si nous buvons au début et pendant le repas, le liquide noie le feu digestif. C’est comme si nous ajoutions de l’eau dans une poêle chaude alors qu’elle était prête à recevoir les aliments pour les cuire. Cela a pour conséquence de ralentir le processus digestif et de noyer les sucs digestifs. La digestion est plus longue et moins efficace, d’autant plus que la boisson est froide. Si vous souffrez d’un quelconque trouble de la digestion, il est impératif de boire en fin de repas, chaud et sans excès.

En résumé, que faire ?

• sauf maladie, boire à sa soif,

• boire chaud ou à température ambiante (même l’été),

• ne pas boire au début et au milieu du repas,

• finir son repas par une soupe ou une boisson chaude (quantité modérée),

• ne pas boire après les repas pendant les phases digestives,

• boire en dehors des phases digestives des quantités qui ne provoquent pas de mictions abondantes.

Les 9 principes du « savoir manger »

1 – Manger modérément : s’arrêter avant d’être complètement repus.

2 – Mastiquer : facilite la digestion et augmente l’absorption de la partie énergétique des aliments.

3 – Laisser la faim venir : ne jamais manger quand on n’a pas vraiment faim.

4 – Manger à heures régulières : Le corps se prépare

5 – Manger en conscience : lâcher les préoccupations et ne pas se laisser accaparer l’esprit par autre chose que le repas.

6 – Manger dans la détente : éviter de manger lorsque l’on est en colère ou sous le coup d’une forte émotion.

7 – Se masser le ventre : en cercle 20 à 40 fois dans le sens des aiguilles d’une montre, 20 fois dans le sens inverse.

8 – Marcher pour mieux digérer.

9 – Manger par plaisir : une fête de saveurs et de couleurs favorise la digestion.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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