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Endobiogénie, les patients témoignent

Article paru dans le journal nº 77 Acheter ce numéro
  • "Pendant nos études de médecine, nous n'avons pas été formés à prendre le temps".

À l'origine de cette histoire, une journaliste belge qui a rencontré des patients pour Alternative Santé. Ils étaient soignés par Charbel Abi Chahine dans son cabinet médical de Bruxelles. Rien ne prédestinait ce médecin à pratiquer l’endobiogénie, une médecine holistique globale, fondée sur l'écoute des personnes et le recours aux plantes, si ce n’est la maladie, la sienne, celle des autres et l'envie de guérir.

Annaya, Liban, août 2009. Plié en deux, Charbel Abi Chahine, 39 ans, médecin de son état, tente de reprendre le souffle. Il n’a plus aucune force. Il est terrassé par une immense fatigue. Il n’entend plus que la cadence de ses pulsations cardiaques. « Tu es tout bleu. Monte dans la voiture ! Saint Charbel te pardonnera ! », lui ordonne sa mère, venue le chercher, alors qu'il gravissait 1 200 mètres de montée menant au tombeau du saint patron du Liban.

De retour en Belgique, son pays d’adoption, l’échographie cardiaque révèle une malformation grave qui nécessite une opération d’urgence. Plusieurs mois plus tard, sa fatigue l’empêche de reprendre le travail. Il est à l’époque médecin urgentiste à Liège. « L’année qui a suivi l’opération, je devais prendre des tas de médicaments qui m’épuisaient, et ont engendré des problèmes de thyroïde, témoigne le médecin. Le cardiologue surveillait mon cœur, l’endocrinologue ma thyroïde, le gastro-entérologue mon système digestif, mais personne ne me soignait dans ma globalité. J’ai commencé à chercher une approche plus holistique. » Ses recherches le conduisent à l’endobiogénie, médecine globale qui vise à rééquilibrer le système hormonal par la prescription de plantes. Il s’inscrit à la formation de deux ans dispensée à Paris par les deux médecins français qui l’ont développée il y a quarante ans, Christian Duraffourd et Jean-Claude Lapraz. En 2014, le médecin belgo-libanais ouvre la seule consultation en endobiogénie de Belgique. Depuis, il a vu défiler pas moins de 7 000 patients.

Une médecine personnalisée

« Endo » signifie intérieur, « bio » la vie et « génie » la capacité que possède le corps humain à s’autogérer. L’endobiogénie est une médecine globale et intégrative qui soigne l’ensemble du corps, plutôt que la partie malade. Elle se fonde sur l’analyse par une prise de sang du système endocrinien, qu’elle tente de rééquilibrer par la médecine des plantes (phyto-aroma-gemmothérapie). Ses praticiens réfutent l’appellation de médecine alternative. C’est, selon eux, une médecine très scientifique, qui s'élabore sur les données les plus évoluées dans la physiologie humaine.

Chapitre I : Sandrina

« Je suis restée longtemps à côté de la maladie. Je ne voulais pas l’accepter. Quand j’ai demandé à mon oncologue à quel moment on allait retirer mon port-à-cath, elle m’a répondu : “Chez vous, jamais. Avec une maladie telle que la vôtre, vous avez environ quatre ans à vivre.” » Et on était en 2012.

Quand je rencontre Sandrina, sa maladie l’accompagne depuis sept ans : un cancer du col de l’utérus métastasé aux poumons. À ce moment de l’histoire, Sandrina est déjà passée par deux hôpitaux, quatre chimiothérapies, trois opérations, 25 sessions de radiothérapie, trois études cliniques et des rendez-vous à la chaîne.

Et le cancer progresse. Son oncologue n’a plus rien à lui proposer et lui annonce quinze mois de vie. On est en janvier 2016. Sandrina est épuisée et demande une pause thérapeutique d’une année. C’est là qu’elle rencontre Charbel Abi Chahine. Compte tenu de la gravité de son cas, elle rejoint les patients du cabinet pourtant complet. « Au bout de six mois avec ses traitements, mon cancer était stable pour la première fois. »

Un matin, j’ai accompagné Sandrina en consultation. Une heure d’entrevue qui a commencé par des nouvelles de son état physique et mental, suivies d’un examen clinique classique. Ensuite, le docteur a analysé le résultat de la prise de sang qu’elle avait faite en amont. Son programme d’analyse utilise un algorithme, sorte de modèle de simulation biologique, mis au point par un mathématicien, qui calcule l’activité des différentes hormones du patient. Sur la base des résultats, le docteur peut prescrire un mélange personnalisé composé de chêne, pavot californien, valériane, passiflore, aubépine, cassis.

Dans le cas d’une maladie telle qu’un cancer, l’endobiogénie ne cherche pas à remplacer les traitements conventionnels mais à être complémentaire. « Je suis médecin. J’ai travaillé longtemps dans le milieu hospitalier. Je connais les médicaments allopathiques, les protocoles de chimiothérapies, les interactions et les effets secondaires. Je ne dis pas à mes patients d’arrêter leur traitement allopathique, j’essaie de faire avec », explique le Dr Abi Chahine.

Ce que confirme une oncologue d’un hôpital bruxellois, sous couvert d’anonymat : « Il ne va jamais déconseiller à un patient de suivre son traitement, mais il va plutôt chercher des solutions pour qu’il le tolère mieux. Je lui envoie aussi des patients qui ont arrêté leur traitement, car ils ne le supportaient pas. Ça leur permet de poursuivre une thérapie au niveau endocrinien. » Il n’a pas été simple de trouver des médecins conventionnels prêts à donner leur avis, même anonymement. « Peu ­d’hôpitaux ont envie de se mouiller. Tant qu’une approche n’entre pas dans un créneau officiel, les hôpitaux n’en parleront pas », avoue l’oncologue. Pourtant, intriguée par les résultats du Dr Charbel Abi Chahine, Sandrina est allée le consulter pour se faire sa propre idée : « Il a vraiment ce qui manque chez nous, c’est-à-dire une approche très globale de la personne avec une grande psychologie et une écoute attentive. Je trouve assez géniale aussi sa connaissance des axes hormonaux, que nous voyons de façon très fragmentée. Du coup, nous passons à côté de certains aspects déterminants pour le patient, car le système hormonal est un système beaucoup plus global qu’on l'imagine. »

Chapitre II : Lisa

Lisa vit dans la périphérie carolorégienne (de Charleroi, ndlr). D’origine calabraise, elle rencontre Angelo, lors d’un retour au pays, un amour de vacances qu’elle ramène en Belgique. S’ensuivent mariage, désir d’enfant et arrêt de la pilule contraceptive. Mais les règles de Lisa ne reviennent pas et signent le point de départ de quatre ans de pérégrination au pays des hormones artificielles. « On m’avait parlé des effets secondaires, mais à ce point-là, je ne l’aurais jamais imaginé », me confie Lisa. Aux hormones s’ajoutent les allers-retours entre l’hôpital et le cabinet du gynécologue, les inséminations artificielles ratées et les espoirs en chute. Quatre années qui se terminent à peu près comme ça : après six inséminations sans succès, il leur est conseillé « de consulter un psychologue. »

Lisa se tourne alors vers une kinésiologue qui parvient à faire revenir ses règles, mais de façon irrégulière. Cette dernière lui recommande le Dr Charbel Abi ­Chahine. « Après ce premier rendez-vous, mes règles sont revenues toutes les six semaines spontanément », se souvient Lisa. Six mois plus tard, les deux barres sur son test de grossesse mettent fin à des années d’attente. Lisa est enceinte et loue l’écoute de son médecin. « Pour lui, une personne n’est pas l’autre. Ailleurs, c’est bâclé. » Ce constat, l’oncologue Sandrine Aspeslagh, ne le contredit pas : « Pendant nos études de médecine, nous n’avons pas été formés à prendre le temps. La conversation autour du pourquoi n’est pas du tout valorisée. »

Chapitre III : Edmond

Myélome multiple, stade III. Quand le verdict est tombé, le cancer était déjà bien installé dans la moelle osseuse d’Edmond. Pendant un an et demi, les agents chimiothérapeutiques font leur travail contre la prolifération incontrôlée de ses cellules. À la fin du traitement, Edmond contracte presque simultanément une pleurésie, une septicémie, une embolie pulmonaire et un problème cardiaque. « Mon médecin était inquiet, car les effets secondaires de la chimiothérapie et les traitements contre la pleurésie sont assez dangereux. Il a cru que je n’allais pas survivre », raconte Edmond. Son cancer est en rémission, mais il n’a pas retrouvé son autonomie. Il est essoufflé, marche difficilement, souffre de douleurs diverses. Il a même perdu le goût du vin, dont il est pourtant fin connaisseur. La première fois qu’on lui parle du Dr Abi Chahine, il est sceptique, « probablement un charlatan ». C’est quand une deuxième personne le lui conseille qu’il se décide à le consulter. Et les résultats se font sentir, en tout cas au niveau du cœur. « Le cardiologue a été étonné par mes progrès, arrivés très vite après le traitement du docteur Abi Chahine », admet Edmond.

La consultation d’Edmond a tourné ­autour de l’alimentation, un des grands combats du Dr Abi Chahine, notamment contre les produits laitiers. Edmond est ­reparti avec l’adresse d’un cours de qi gong, une prescription pour des ­gélules de papaye, de racine de radis noir, d’orties piquantes, de bambou, et une facture de 135 euros. C’est le coût d’une consultation d’une heure chez le docteur Abi Chahine. Pour les mélanges de plantes, non remboursés, les prix peuvent fluctuer entre 250 euros et plus de 1 500 euros par an. « Le coût de ces médecines complémentaires est souvent excessif », reproche le docteur Aspeslagh. Pourtant, en comparaison, les médicaments anticancéreux tels que les chimiothérapies par exemple, approchent les 50 000 euros par an, et plus du double pour les nouveaux traitements en immunothérapie. Des coûts faramineux donc mais souvent ignorés du grand public car directement pris en charge par l’État. Pourquoi alors ne pas explorer davantage ces solutions moins coûteuses et plus naturelles ? Le principe de l’assurance maladie est de ne pas rembourser des produits dont l’efficacité n’a pas été prouvée scientifiquement. L’endobiogénie n’a fait l’objet que d’une poignée de publications, notamment dans la revue américaine Global Advances in Health and Medicine. Charbel Abi Chahine ambitionne d’en publier davantage, par exemple, pour la maladie de Crohn, inguérissable par la médecine classique, où il se targue d’un taux de réussite de 100 %. Mais la priorité d’Abi Chahine est d’abord la transmission de l’endobiogénie à d’autres médecins. Il a ainsi fondé l’Institut belge d’endobiogénie et de physiologie intégrative (Ibepi) en 2017 et j’en ai suivi les premiers pas.

Chapitre IV : transmission

Le premier jour de la formation, je me suis glissée dans la classe, parmi la trentaine de médecins participants : « Je suis ici non pas pour vous enseigner la médecine, que vous connaissez déjà, mais pour vous enseigner une façon de penser au patient : comment le voir dans sa globalité, sans séparer ses organes. »

Compte tenu de la frilosité des médecins classiques sur l’endobiogénie, j’ai cherché à savoir comment ceux qui suivaient cette formation se positionnaient par rapport à leurs collègues en milieu hospitalier. « Au départ, je voulais en parler mais, vu les retours, maintenant je me tais, glisse Anne-Catherine Toussaint, cardiologue à Liège. Avec les collègues, il faut des preuves et on nous fait une tête comme ça avec les guidelines à suivre. Et puis il est clair et net qu’il existe un lobbying pharmaceutique dingue ». Une infectiologue, qui a voulu rester anonyme explique à son tour : « On se sent limite discrédité. Ma collègue suit cette formation aussi et en a parlé à sa ­supérieure. Les remarques étaient catastrophiques. » Mais quand elle creuse un peu la question avec des confrères, la jeune femme dit constater qu’ils ne connaissent rien aux médecines complémentaires. « Or, ils ne savent pas traiter certains patients… Ces médecines sont donc un apport essentiel. Quoi qu’il en soit, les gens se tournent de plus en plus vers elles. Ça veut dire qu’il y a un certain vide dans la médecine allopathique, caractérisée par des plages de consultation de quinze à vingt minutes, où on traite les patients à la chaîne sans prendre le temps », déplore l’infectiologue.

Elle pointe du doigt le poids de ces longues années passées sur les bancs de la faculté de médecine, où l’on n’a cessé de leur répéter que tout ce qui n’est pas scientifiquement prouvé ne vaut rien : « Sur les sept ans de notre formation, il n’y a pas dix minutes consacrées à des méthodes telles que la phytothérapie, l’acupuncture ou l’homéopathie. » De plus, ces professions n’étant pas reconnues et donc non contrôlées, c’est la porte ouverte aux pseudo-praticiens, qui ajoutent au discrédit ambiant. Pour Christian Muller, chirurgien orthopédiste, c’est une question de temps pour que les mentalités évoluent, même du côté politique : « On est plus dans des soucis d’économie de santé. Et finalement ça coûterait moins cher d’avoir une bonne prévention et des traitements par les plantes plutôt que des traitements chimiques qui effectivement sont remboursés à l’heure actuelle, mais pour combien de temps ? »

Le Dr Charbel Abi Chahine est confiant quant à l’avenir. Selon lui, de plus en plus de médecins s’ouvrent à cette approche. Il a récemment organisé des formations en Lituanie et à Londres. À Bruxelles, il vient d’ouvrir un plateau de consultations avec d’autres praticiens formés à l’endobiogénie. Ce regroupement va leur permettre d’absorber le nombre croissant de patients et de mener des études scientifiques. Cela favorisera une meilleure connaissance de l’endobiogénie et, peut-être, une collaboration avec les institutions hospitalières.

Après une période de stabilité de plusieurs mois, le cancer métastasé de Sandrina a repris sa marche, mais elle est lente. Pas mal pour une femme qui devait mourir en 2012 ! De son côté, Lisa profite avec bonheur de sa fille si longtemps désirée. Quant à Edmond, il remonte la pente des effets secondaires et a même retrouvé le goût du bon vin.

Et en France ?

Berceau de l’endobiogénie depuis plus de 40 ans, la France connaît aujourd’hui un essor et un engouement historiques pour cette démarche intégrative. En plus d’une société savante (www.simepi.info), a été créé à La Rochelle en 2017 l’Institut d’Endobiogénie Médecine Préventive et Intégrative (www.iempi.fr) pour développer la formation des médecins, la recherche scientifique et la promotion auprès du public. Pour ce dernier, de plus en plus enthousiaste, l’Association des usagers de la phytothérapie clinique (www.phyto2000.org ou appelez le 01 47 04 32 18) répond aux questions et oriente vers des médecins formés dans les différentes régions françaises.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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