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La psychiatrie à feu et à sang

Article paru dans le journal nº 66 Acheter ce numéro
  • « Avant, j’étais payée pour soigner. Maintenant, je suis payée pour maltraiter. »« Avant, j’étais payée pour soigner. Maintenant, je suis payée pour maltraiter. »

Le 22 janvier dernier, dans un anonymat remarquable, a eu lieu une marche « pour un printemps de la psychiatrie ». Associations de patients, Union syndicale de la psychiatrie (USP), mais aussi syndicats SUD et CGT s’étaient réunis, suivant le sillon creusé par des mouvements précédents dans les hôpitaux psychiatriques de Rouen, du Havre ou d’Amiens, à l’initiative du personnel soignant. Des grèves ayant plus ou moins abouti, tant cette médecine est en déshérence. Dans les colonnes de Libération, le Dr Pascal Boissel, président de l’USP, affirme ainsi que « plus de 25 % des postes de psychiatres […] ne sont pas pourvus ».

De leur côté, associations de malades et professionnels de santé veulent « en finir avec l’augmentation continuelle du recours à l’isolement et à la contention ; la contrainte doit cesser d’être la norme ». Ces pratiques encadrées par la loi de janvier 2016 sont censées n’être utilisées qu’en dernier recours. Mais, avec la chute des effectifs, elles sont devenues habituelles. Adeline Hazan, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, a visité un grand nombre d’hôpitaux psychiatriques. Elle relie bien l’importance de la contention et de l’isolement à la baisse considérable des effectifs. Ainsi, entre 1976 et 2016, le nombre de lits en psychiatrie a diminué de 60 % ! L’hôpital psychiatrique est un secteur en crise. Pour être hospitalisées, les personnes doivent en être au stade de l’urgence.

Durant la manifestation du 22 janvier, on pouvait lire, sur la blouse d’une infirmière : « Avant, j’étais payée pour soigner. Maintenant, je suis payée pour maltraiter. » Cette maltraitance n’est-elle due qu’à un manque de moyen ? Elle peut aussi s’expliquer par une certaine culture. Adeline Hazan souligne, toujours dans Libération, que ce qui l’inquiète « ce sont les restrictions de liberté, encore décidées dans certains lieux de façon systématique et pour tous les patients. C’est, par exemple, le port obligatoire du pyjama pendant plusieurs semaines, le retrait du téléphone, l’interdiction de visites pendant le début de l’hospitalisation. Cet aspect systématique, sans individualisation en fonction de chaque cas, est attentatoire aux droits fondamentaux des patients. »

Autre point noir du soin psychiatrique : le défaut d’accompagnement. Bien soigner, c’est stabiliser un état. Or le malade sort trop tôt, au détriment des proches qui le récupèrent et se transforment en professionnels de soin qu’ils ne sont pas. Et encore, quand la famille existe… Dans Le Parisien du 16 janvier, les psychiatres s’alarmaient d’ailleurs du nombre de patients atteints de troubles mentaux parfois majeurs livrés à eux-mêmes.

Si la compassion ne suffisait pas à une prise de conscience collective et politique, la rubrique des faits divers pourrait, elle, faire réagir. Le dernier évènement en date – et le plus marquant  – reste cet incendie criminel d’un immeuble du XVIe arrondissement de Paris, mardi 5 février, causé par une résidente, Essia B., souffrant de troubles mentaux. Il a occasionné 10 morts et 96 blessés. Faut-il encore d’autres drames pour que les pouvoirs publics soutiennent réellement le secteur de la psychiatrie ?

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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