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Homéopathie, quel gâchis !

Article paru dans le journal nº 69 Acheter ce numéro
  • Homéopathie, quel gâchis !

La ministre de la Santé Agnès Buzyn vient d'annoncer ce mercredi 10 juillet, qu’elle suivrait la recommandation de la Haute Autorité de Santé concernant l'homéopathie, avec un déremboursement total au 1er janvier 2021. Cette décision ne signifie ni l'inefficacité de l'homéopathie ni l'arrêt de son usage.

La Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS) a rendu, le 26 juin dernier, son avis sur le maintien du remboursement des médicaments homéopathiques. Comme nous l’anticipions en mars dernier celui-ci est défavorable. La ministre de la Santé Agnès Buzyn vient de confirmer, ce mercredi 10 juillet, qu’elle suivrait cette recommandation, avec un déremboursement total au 1er janvier 2021 et une année 2020 de transition avec un remboursement réduit à 15%.

« À partir de l’ensemble des données médicales et scientifiques disponibles, l’HAS a mis en évidence que ces médicaments n’avaient ni démontré leur efficacité dans les affections pour lesquels des données sont disponibles, ni démontré leur intérêt pour la santé publique notamment pour réduire la consommation d’autres médicaments » explique le ministère de la Santé

Soyons clair : malgré les déclarations assertives du ministère, le rapport de la HAS ne dit pas qu’aucune étude ne montre l’efficacité de l’homéopathie. Il explique que parmi les études qu’il a retenu, celles qui montraient un impact positif sur la santé n’offraient pas de garanties méthodologiques suffisantes d’après l’institution. Agnès Buzyn, dans son interview au journal Le Parisien du 10 juillet, parle de l’analyse indépendante de 800 études pour arriver à ces conclusions. Il faudrait être plus précis : c’est en réalité sur la base de 37 études qu’elle estimait assez robustes que la HAS a tranché.

Nous avons expliqué à plusieurs reprises pourquoi le modèle même d’évaluation utilisé était inadapté à l’homéopathie. « Ce sont deux médecines totalement incomparables, auxquelles on voudrait donner le même langage pour les soumettre aux mêmes épreuves, c’est absurde. » s’insurgeait ici l’homéopathe Jacqueline Peker, expliquant :  « Pour une douleur à l’épaule, par exemple, la médecine conventionnelle proposera des protocoles standardisés, IRM, infiltrations, anti-inflammatoires, etc. Pour l’homéopathie, il n’y a pas de pharmacologie, pas un remède spécifique, mais une myriade de réponses possibles selon la situation spécifique de la personne : sa douleur s’accentue-t-elle au mouvement ou non ? À la chaleur ou au froid ? Quelles sont ses dispositions psychologiques ? Dans ces conditions, soumettre les remèdes homéo à ce type d’épreuve d’efficacité standardisée, c’est une démarche vouée à l’échec. »

Puisque les outils d’évaluation habituels, reposant sur le modèle un symptôme = un remède étaient inaptes à évaluer l’homéopathie, la HAS aurait donc pu se nourrir d’études observationnelles qui montraient l’état de santé et les pratiques de santé des personnes utilisant l‘homéopathie. Hélas, arc-boutée sur ses préceptes de causalité unidirectionnelle,  elle a préféré laisser les plus convaincantes dans le tiroir.

Par exemple, la Commission de la transparence  a refusé de prendre en compte l’étude EPI 3 incluant 8 559 patients. Réalisée entre 2005 et 2012, c’est la plus vaste réalisée à ce jour sur la médecine générale en France. Son objectif principal a été d’évaluer la place de l’homéopathie dans la pratique des généralistes. Le recueil des données sur le terrain a eu lieu entre mars 2007 et juillet 2009. Au final, portant sur 8 559 patients et 825 médecins participants, le programme de recherche a nécessité cinq ans de travail. Il en ressort que :

  • Les patients suivis par un médecin homéopathe présentent une amélioration clinique comparable à celle des patients suivis par des médecins à pratique conventionnelle. Le tout en utilisant deux fois moins d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) que ces derniers.

  • Les patients suivis par un médecin homéopathe montrent une amélioration de leurs symptômes et des probabilités de complication globalement similaires à celles des patients de médecins à pratique conventionnelle. Le tout en consommant deux fois moins d’antibiotiques et d’antipyrétiques/anti-inflammatoires qu’eux.

  • Le taux d’amélioration clinique de l’anxiété et de la dépression est légèrement supérieur chez les patients de médecins homéopathes par rapport aux malades suivis par des médecins à pratique conventionnelle. Alors que les premiers ont utilisé trois fois moins de psychotropes

L’étude a permis de conclure que l’homéopathie présente une évolution clinique comparable à celle acquise avec des traitements conventionnels, avec une consommation moindre de médicaments (ce qui pose des questions de mésusage et donc de santé publique), et cela sans perte de chance (risque de complications). 

Pourquoi ce type d’étude n’a t-elle pas été prise en compte ? Parce que, comme l'explique doctement l'HAS dans son communiqué de presse, elle ne permettait pas de répondre à la question suivante : est-ce parce qu’ils consomment de l’homéopathie qu’ils prennent moins de médicaments ou est-ce plutôt parce qu’ils veulent prendre moins de médicaments qu’ils s’orientent vers l'homéopathie ?

Occupés à tergiverser sur ce type de questionnements méthodologiques passionnants, la HAS et le gouvernement décrètent l’homéopathie « inutile » et finissent par oublier le réel « service rendu » au patient dont pourtant ils se réclament.

Franchement quel gâchis et quelle occasion perdue de penser différemment la santé et la médecine !

Pour autant, ne nous laissons pas abattre. Du côté des fabricants, la recherche se poursuit pour trouver et soumettre des études qui ne pourront plus être balayées d'un revers de main par nos instances d'évaluation. Du côté des usagers, le déremboursement n'empêchera pas de continuer à se soigner avec les remèdes homéopathiques. Prendre sa propre santé en main et faire le choix de remèdes non nocifs reste leur prérogative inaliénable.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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