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Traitements contre le cancer : ça sent le sapin

Article paru dans le journal nº 64 Acheter ce numéro
  • Abies beshanzuensis dans la réserve du Baishanzu Photo: Raúl González MolinaAbies beshanzuensis dans la réserve du Baishanzu Photo: Raúl González Molina

Des chercheurs ont pu synthétiser des molécules prometteuses dans la lutte contre le cancer à partir d’un sapin asiatique. Oui, mais voilà : avec seulement trois spécimens restant sur la planète, l’espèce est promise à une extinction quasi certaine.

Mingji Dai, chimiste organique de la Purdue University (États-Unis), et son équipe ont créé des versions synthétiques légèrement modifiées de deux molécules trouvées dans le sapin asiatique. En collaboration avec Zhong-Yin Zhang, éminent professeur en chimie médicale de la même université, ils ont découvert qu’une de ces versions (le composé 30) était un inhibiteur sélectif puissant, plus efficace que ceux actuellement connus du SHP2.

Cette protéine « est impliquée dans de multiples processus de développement du cancer », avait rapporté les auteurs d’une étude publiée dans le Journal of Cellular and Molecular Medicine en 2015. C’est pourquoi « de nombreux laboratoires tentent de développer des médicaments capables d’agir contre le SHP2 », expliquait encore récemment Mme Dai.

Une autre molécule synthétisée à partir de cet arbre offre des résultats intéressants. Il s’agit du composé 29, capable d’inhiber l’enzyme POLE3. Cette dernière joue un rôle dans la synthétisation et la réparation des molécules d’ADN. À ce titre, elle contribue à la résistance aux médicaments anticancéreux agissants sur l’ADN, tel l’étoposide. « Seul, le composé 29 n’élimine pas les tumeurs, mais en association avec de l’étoposide, il devient beaucoup plus efficace, détaille Mingji Dai. Cette protéine n’était pas ciblée par les traitements contre le cancer. Notre découverte offre donc de nouvelles stratégies pour éliminer les cellules cancéreuses. »

Trois sapins emblématiques du gâchis des ressources

Les trois Abies beshanzuensis situés dans la réserve naturelle du Baishanzu sont les derniers d’une espèce endémique observée en Chine du Sud. Ils n’étaient déjà plus que cinq en 2012, quand l’Union internationale pour la conservation de la nature a classé cette espèce en « danger critique d’extinction ». Les causes de ce déclin sont l’accroissement des surfaces agricoles et la multiplication des feux de forêt, conséquence du réchauffement climatique. Des chercheurs mènent aujourd’hui une course contre la montre pour en apprendre un maximum sur eux avant leur mort annoncée.

Le drame de la disparition de ces sapins à haut potentiel pharmacologique n’est malheureusement pas un cas isolé. Un rapport du Centre de recherche en botanique des jardins royaux de Kew (Londres) estime que sur les 391 000 espèces de plantes actuellement recensées, 21 % sont menacées de disparition. Parmi celles-ci, combien portent pourtant en elles de potentiels médicaments ou remèdes de demain ?

Ce qu’on sait, c’est que plus de 50 % des médicaments « inventés » ont une connexion à un degré ou à un autre avec la nature, un chiffre qui monte à 75 % pour les traitements anticancéreux, alors que seulement 10 % des espèces évoquées précédemment ont été étudiées à ce jour. Le constat est tout aussi amer en ce qui concerne les micro-organismes et les organismes marins, dont on mesure tout juste l’énorme potentiel médicinal, mais dont moins de 10 % des espèces ont été étudiées.

Alors que de nouveaux risques de santé émergent chaque jour, laissant la médecine parfois désemparée, et que la mise au point de cancer/dr-nicole-delepine-des-therapies-innovantes-contre-le-cancer-souvent-toxiques-et-peu-efficaces" target="_blank">médicaments efficaces contre le cancer semble stagner, nous sommes en train de détruire la plus grande source pharmacologique du monde ! Le terme de suicide écologique semble plus que jamais approprié.

 

Sources

“Total Synthesis, Biological Evaluation, and Target Identification of Rare Abies Sesquiterpenoids” , Journal of the American Chemical Society , nov. 2018. Recherches soutenues par des financements du National Science Foundation, du National Institutes of Health et des laboratoires Eli Lilly et Amgen.

“Functions of SHP2 in cancer”, Journal of Cellular and Molecular Medicine, juin 2015.

“State of the World’s plants 2016”, Kew Garden, mai 2016.

« Plantes, molécules et cancer », ICNS-CNRS, déc. 2016.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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