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Dans la bouche aussi
les bactéries font la loi

Article paru dans le journal nº 48 Acheter ce numéro
  • Les bactéries conditionnent la santé de la bouche et du reste du corpsLes bactéries conditionnent la santé de la bouche et du reste du corps

Cela ne vous mettra peut-être pas en appétit, là tout de suite, mais notre bouche héberge une variété incroyable de micro-organismes. Quelque 10 milliards de micro-organismes y résident, représentant plus de 700 espèces différentes, majoritairement des bactéries, mais aussi des levures, des virus, des champignons… Après le microbiote intestinal, celui de la bouche confirme, s’il le fallait, que le nombre des micro-organismes que nous abritons excède de beaucoup celui de nos propres cellules ! Mais la flore buccale est encore sous-estimée. Gingivite, stomatite, parodontite... l'équilibre de la flore buccale joue un rôle prépondérant dans la santé de votre bouche, et bien au-delà…

La bouche, comme de nombreuses autres surfaces de l’organisme, est colonisée par une flore bactérienne que l’on qualifie de commensale quand elle est sainement équilibrée. Son rôle est de protéger les dents, les gencives et les muqueuses contre des invasions d’agents pathogènes, ce qu’elle fait plutôt bien tant qu’elle n’est pas perturbée. Il existe deux types de flores (ou biofilms) dans la bouche : la flore supra-gingivale, en contact avec la salive, les aliments et l’oxygène, et la flore sous-gingivale composée majoritairement de bactéries à Gram négatif anaérobies.


Cet ensemble évolue dans une interrelation permanente. On peut voir ça comme une belle pelouse, dont la densité et la vigueur suffisent à contrôler l’invasion par les mauvaises herbes. Mais quand certaines conditions affectent défavorablement ce bel écosystème, l’herbe verte et grasse disparaît et laisse le champ libre aux mauvaises herbes. Dans la bouche, ce sont les « bonnes bactéries » qui cèdent le terrain aux « mauvaises », celles qui entraîneront la déminéralisation des dents et les maladies gingivales ou parodontales.

Se brosser les dents après les repas suffit-il à avoir des dents en bonne santé ? Utiliser un bain de bouche règle-t-il tous les problèmes liés à plaque dentaire ? Ce serait un minimum, mais en matière d’hygiène buccale, les Français sont à la traîne. Ils n’achètent en moyenne que 1,5 brosse à dents par an alors que 4 (au moins) sont préconisées ; leur temps moyen de brossage n’est que de 56 secondes, tandis que les recommandations sont de 2 minutes au minimum. De plus, 41 % des Français ne respectent pas la préconisation d’une visite annuelle chez le dentiste. Et s’il n’y avait que cela... Lors d’un brossage de dent, on ne nettoie que 60% de la surface des dents et 10 % de la cavité buccale.

Les mauvaises habitudes qu’adorent les mauvaises bactéries


Dans le mélange de compétition et de mutualisme qui régit l’écosystème bactérien dans la bouche, de nombreux facteurs interviennent. Pensez à tout ce que vous mettez dans votre bouche… Rien que sur le chapitre de l’alimentation, il faudrait déjà une encyclopédie pour en faire le tour. Mais il y a aussi la brosse à dents, qui peut vite devenir un véritable incubateur à bactéries. Il y a le dentifrice, dans lequel on trouve plus d’un ingrédient douteux comme le fluor ou le sodium lauryl sulfate, les bains de bouche aux formulations non moins hasardeuses, les médicaments, le stress, et puis les petites habitudes auxquelles on ne prête même pas attention, comme se ronger les ongles…


Le fait de fumer perturbe également la flore buccale. La professeure de parodontologie Kumar Purnima, de l’Ohio State University à Columbus, a mené une étude sur le rôle des communautés microbiennes dans l’apparition des maladies bucco-dentaires. Elle a pu constater que chez les fumeurs, les « bonnes bactéries » étaient rapidement décimées au profit des bactéries pathogènes. Les fumeurs présentent ainsi un niveau de cytokines (marqueurs de l’inflammation) sensiblement plus élevé que les non-fumeurs, signe qu’il y a lutte contre une infection.


C’est sans doute pourquoi les risques de parodontite sont en moyenne quatre fois plus élevés chez les fumeurs, et que le tabagisme est le facteur de risque le plus important du cancer de la bouche. Si les recherches n’ont pas encore permis de comprendre réellement les mécanismes et la portée de ces déséquilibres, notamment sur les maladies graves liées au tabagisme, la bonne nouvelle est qu’ils ne sont pas permanents, et qu’un ancien fumeur retrouve dans sa bouche un profil bactérien proche de celui d’un non-fumeur.


Plaque dentaire et flore pathogène : des dégâts dans la bouche et au-delà…


La plaque dentaire, vous en avez sûrement déjà entendu parler. Mais qu’est-ce que c’est ? C’est un milieu composé d’une matrice faite de protéines et de polysaccharides produits par les bactéries. Cette matrice sert de support aux colonies bactériennes et leur permet d’adhérer aux différentes surfaces (dents et muqueuses). Elle est riche en glucides, qui renforcent la cohésion de la plaque et constituent une réserve d’énergie pour les bactéries. Ces dernières ne représentent d’ailleurs que 15 à 20 % du volume de la plaque dentaire.


Un écosystème buccal en mauvais état peut générer la prolifération de certains micro-organismes particulièrement dangereux, susceptibles de migrer vers d’autres régions du corps. À l’origine d’inflammations de la gencive, ils attaquent également les dents et causent ainsi des caries. Des micro-organismes ainsi que des fragments de plaque dentaire se détachent régulièrement et peuvent ainsi causer des infections à distance, lorsqu’ils pénètrent le système circulatoire via des inflammations dentaires, des caries ou encore des abcès. Chez les femmes enceintes, l’inflammation des gencives augmente 7,5 fois le risque d’accoucher d’enfants prématurés ou de faible constitution. Et aujourd’hui, les preuves concernant la survenue du diabète et de divers problèmes intestinaux dans le cadre d’une inflammation des gencives se multiplient.


Ces infections parfois graves peuvent représenter un risque chez les personnes fatiguées, ou au système immunitaire affaibli. C’est alors la porte ouverte à des troubles sévères : maladies cellulaires, valvulopathies et endocardites infectieuses (dans le cas d’une pénétration massive de streptocoques dans les valvules cardiaques), athérosclérose (en particulier au niveau des carotides), mais aussi AVC, polyarthrite rhumatoïde ou encore troubles ORL et pulmonaires récurrents. Hippocrate, le père de la médecine, remarquait d’ailleurs déjà qu’enlever une dent en mauvais état soignait l’arthrite.


Sans aller aussi loin, les problèmes qui se cantonnent à la bouche sont déjà bien assez préoccupants. Ainsi en est-il par exemple de la stomatite dentaire, une réaction inflammatoire de la muqueuse de la bouche, en particulier au contact des prothèses dentaires amovibles. Cette maladie est multifactorielle, mais la mauvaise hygiène et le port continu de prothèses dentaires en sont les causes les plus fréquentes. Ces deux derniers facteurs conjugués facilitent la formation de la plaque dentaire, à laquelle on retrouve souvent associée le champignon Candida albicans, suggérant une association pathogène entre les bactéries buccales et les champignons.

Plus généralement, les mycoses, notamment sur la langue, les aphtes, les candidoses, la mauvaise haleine, les saignements persistants ou encore les rétractations de gencive sont les indices d’un probable déséquilibre du biofilm buccal, vraisemblablement assorti d’une infection. Il est alors urgent de consulter votre dentiste, mais aussi de corriger certaines de vos habitudes.

 

Fluor, bains de bouches et fil dentaire : ces solutions qui n’en sont pas

Si vous avez bien suivi tous les « gentils conseils » véhiculés depuis des années par la publicité avec l’acoquinement d’une certaine UFSBD (Union française pour la santé bucco-dentaire), vous utilisez un dentifrice au fluor pour toute la famille, peut-être un fil dentaire à l’occasion, vous vous brossez les dents deux fois par jour pendant deux minutes (eh oui, trois fois par jour pendant trois minutes, c’était avant) et finissez avec un rince-bouche. Vous mâchez aussi en toute bonne conscience un chewing-gum après un repas quand vous êtes à l’extérieur. 
Hélas, la plupart de ces recommandations sont davantage le fruit du marketing d’industriels trop influents que de données scientifiques fiables. Le dentifrice fluoré, par exemple, est présenté comme « la mesure d’hygiène individuelle la plus efficace pour prévenir la carie. Il permet la destruction de la plaque dentaire et du biofilm ».

En réalité, cette histoire de fluor est une sombre supercherie, car en même temps qu'il "protège", c’est un toxique puissant qui dénature les dents et les os, et contribue à la baisse de la fertilité. D’ailleurs, regardez en détail la liste des substances entrant dans la composition des dentifrices de grande diffusion, vous en tomberez des nues…Mais ce n’est pas tout. L’utilisation du fil dentaire ne fait pas non plus l’unanimité. Bien manipulé, dans une bouche saine, c’est un moyen efficace et peu onéreux (mais ô combien fastidieux) de compléter le brossage en accédant aux espaces que celui-ci n’atteint pas. Mais dans une bouche déjà « malsaine » qui présente éventuellement des signes d’infection, le fil dentaire peut être contre-productif et accentuer la propagation des mauvaises bactéries par le biais des blessures qu’il peut occasionner.


Les rince-bouches, avec leurs couleurs chatoyantes, ne sont pas pour autant des produits anodins. Des médecins mettent en garde : ils intègrent souvent de puissants antiseptiques tels que la chlorhexidine, qui ravagent complètement la population bactérienne sans distinction entre les bons et les mauvais éléments. Cela pose problème notamment au niveau de la tension artérielle, car les bactéries buccales nécessaires à la synthèse des nitrites sont ainsi éliminées. Une utilisation trop fréquente des bains de bouche alcoolisés pourrait également générer certains cancers de la cavité buccale et du larynx.

Soigner en douceur grâce à argile, huiles végétales et huiles essentielles.


En Inde, la médecine ayurvédique, préconise depuis des millénaires l’utilisation d’huiles végétales en gargarismes, et il existe aujourd’hui des alternatives naturelles à la plupart des produits de grande distribution que vous utilisez peut-être pour votre hygiène buccale. Vous en trouverez dans le commerce, mais vous pouvez aussi les faire vous-même à peu de frais, au grand soulagement de votre bouche et de ses micro-habitants. 
Fabriquer un dentifrice ne prend que quelques minutes.

Ma petite recette personnelle de dentifrice (recette pour adultes) :

  • 6 cuillères à soupe d’argile blanche

  • 3 cuillères à soupe d’huile de coco (solide) ou 2 d’huile de sésame (liquide)

  • 1 cuillère à café rase de bicarbonate de soude 2 gouttes d’HE de tea tree

  • 2 gouttes d’HE de girofle

  • 3 gouttes d’HE de menthe poivrée

  • Un demi-tube de dentifrice naturel ou ayurvédique (type Meswak)

  • Une pointe de xylitol pour une petite note sucrée (facultatif)

  • Un peu d’eau minérale jusqu’à obtention de la consistance désirée.


Pareil pour le bain de bouche, facile à confectionner avec un assortiment d’huiles essentielles ciblées pour leurs actions anti-inflammatoire, assainissante, cicatrisante et rafraîchissante :

  • 7 gouttes d’HE de tea tree

  • 5 d’HE de giroflier

  • 5 d’HE de thym à thujanol

  • 5 d’HE de menthe poivrée

- Mélanger le tout dans un flacon de 10 ml à compléter avec de l’huile de sésame.

- Prendre une vingtaine de gouttes de ce mélange, ajoutez-y une gorgée d’eau tiède et faites tourner en bouche activement pendant 4 à 5 minutes.

- Augmentez le nombre de gouttes jusqu’à 40 et la durée jusqu’à 15 minutes en cas de problème déjà installé. Respectez les précautions d’emploi des huiles essentielles.


Puisqu’elle passe forcément par la bouche l’alimentation est encore le moyen le plus efficace d’améliorer la situation au quotidien. Choisissez des aliments qui apportent des nutriments de qualité (de préférence biologiques, et aussi peu transformés que possible) en quantités suffisantes. Ceux-ci ne nuiront pas à la bouche, et auront au contraire une influence très favorable, y compris sur le microbiote intestinal, centre névralgique de l’immunité. Limitez autant que possible les sucres, qui promeuvent la formation de la plaque dentaire et la prolifération des bactéries pathogènes. En cas de mycose buccale ou de stomatite, ou en hygiène d'appoint en cas de prothèse dentaire amovible, les bains de bouche à base de propolis, sont également une solution intéressante.


Petits plus qui peuvent faire une grande différence


Le scorbut est une relique de l’histoire pour les populations des pays développés, mais comme l’alimentation moderne peine de plus en plus à fournir suffisamment de nutriments essentiels, dont l’indispensable vitamine C, des situations de fragilisation « pré-scorbutiques » ne sont plus exceptionnelles, notamment chez les personnes âgées. Il peut donc se révéler utile de recourir à une supplémentation en vitamine C, voire à l’emploi occasionnel d’un complexe vitaminique plus complet.


La France est en retard sur l’élimination des amalgames dentaires au mercure (qui contiennent d’ailleurs plusieurs autres métaux comme l’argent, le cuivre, le zinc ou même le béryllium). En plus des dégâts qu’ils occasionnent ailleurs dans l’organisme, ils sont déjà très nocifs pour l’écosystème buccal. Il y a donc toujours urgence à les retirer et à les remplacer par les nouveaux matériaux dentaires plus neutres comme les composites ou implants en zircone. Pour rappel, les amalgames métalliques sont interdits depuis longtemps en Norvège, en Suède et au Danemark, et quasiment plus utilisés en Allemagne…


Au niveau des outils, la brosse à dents électrique me semble être une excellente solution, ne serait-ce que parce que sur la même durée de brossage, le nombre de passages des poils sur la surface des dents est nettement supérieur à celui d’une brosse manuelle. Le jet dentaire (ou hydropulseur) est également plus indiqué que le fil dentaire, car il est moins blessant, beaucoup plus facile à utiliser et souvent plus efficace. Reste la langue, laissée pour compte en Occident, alors qu’elle fait l’objet de soins quotidiens au même titre que les dents, dans d’autres cultures comme l’Inde ou la Chine.

Ces médecines ancestrales voient la langue comme le témoin de contrôle de certaines opérations du métabolisme comme la digestion. C’est aussi par elle que passent nos facultés gustatives et l’activation des enzymes digestives en fonction de ce qu’elle détecte. On a donc tout à gagner à bien la soigner. Ce qui peut passer par un grattage doux avec un ustensile spécial (« gratte langue », disponible en pharmacie) ou une simple petite cuillère. Trois ou quatre passages suffisent, le matin au réveil, en tirant la langue, et en prenant bien soin de rincer abondamment tout de suite après.

Des probiotiques au secours de notre bouche ?


L’intérêt des pro- et prébiotiques pour la bonne santé de la flore intestinale est maintenant bien connu. Il était donc presque logique que la question du microbiome buccal soit un jour abordée sous le même angle. C’est dans l’intention de redonner de la densité à la population des bonnes bactéries pour réduire le terrain de jeu des mauvaises et mieux les maintenir sous contrôle que quelques études (encore trop rares) ont tenté l’expérience.

Leur principal enseignement réside dans une réduction significative du nombre de bactéries Streptococcus mutans, variété reconnue comme l’une des principales responsables de la carie dentaire, grâce à une supplémentation en Lactobacillus paracasei. S. mutans. Naturellement présente dans la flore commensale de la cavité buccale, cette bactérie transforme le sucre en acide lactique qui attaque l’émail des dents. En limitant sa prolifération, et en réduisant parallèlement les apports en sucre par l’alimentation, on limite de façon significative le risque de carie.


Le laboratoire Pileje, par exemple, a innové récemment avec une présentation originale de l’une des variantes de la bactérie probiotique Lactobacillus paracasei sous forme de pastille à sucer. Comme pour le microbiote intestinal, ces probiotiques entrent en compétition avec les micro-organismes pathogènes dans la conquête des sites d’adhérence, aidant à mieux contrôler leur population et à moduler la réponse immunitaire face à de potentielles infections. D’autres bactéries, comme Lactobacillus Gasseri et L. fermentum, se révèlent efficaces pour limiter notamment la croissance des bactéries parodontopathogènes.

Au bout du compte, prendre soin de sa bouche et de son écosystème microbien n’est pas bien compliqué, ne coûte pas très cher, et peut éviter des ennuis très désagréables, puisque les affections les plus graves, notamment parodontales, nécessitent de grosses opérations de chirurgie. Alors mangez et buvez moins sucré, choisissez (ou faites vous-même) des produits d’hygiène mouth-friendly et n’ayez plus peur d’ouvrir la bouche !

 

Carnet d'adresse :

- Pastilles de probiotiques à sucer, Lactibiane Buccodental, laboratoire Pilèje, en pharmacie.

- Huiles essentielles

- Dentifrice ayurvédique Meswak

Attention : Les conseils prodigués dans cet article ne vous dispensent pas de consulter un praticien des médecines alternatives. Vous pourrez en trouver un près de chez vous et prendre rendez-vous sur annuaire-therapeutes.com
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