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Paul Alimi : "Je me suis demandé si j’étais commerçant ou soignant"

Article paru dans le journal nº 38 Acheter ce numéro

Paul Alimi n’a rien à vendre. Ce médecin généraliste n’est riche que de ce qu’il veut transmettre à ses patients. Issu du sérail, ce soignant pas comme les autres a eu, un jour de 2006, une prise de conscience et s’est juré de ne « plus soigner comme ça », de sortir du carcan de la médecine conventionnelle. Celui qui répond à vos questions dans le Courrier des lecteurs répond aujourd’hui aux nôtres.

Alternative Santé Vous avez fait vos études de médecine au CHU de Saint-Antoine, à Paris. ­Comment vous sentiez-vous ?

Paul Alimi Assez mal pour débuter ma psychanalyse dès la deuxième année. J’étais profondément mal à l’aise dans ce grand amphi où les gens se croisaient sans se dire bonjour, où les étudiants étaient clairement d’une autre classe sociale que la mienne et me le faisaient bien comprendre…

A. S. On a coutume de dire que ce sont les premières années de médecine qui sont les plus dures. Pourquoi ?

P. A. Parce qu’on y attaque d’emblée les matières fondamentales, l’anatomopathologie, l’anatomie, la biologie… Ces matières sont les fondations qui vont constituer l’édifice de l’enseignement. Les années qui suivent sont beaucoup plus vivantes, avec l’enseignement des symptômes, des maladies, et surtout la rencontre avec les malades dans les hôpitaux.

A. S. Vous avez opté pour la médecine généraliste. Est-ce souvent le cas des étudiants ?

P. A. Non. À mon époque, le CHU de Saint-Antoine était celui des enfants de patrons et de médecins. Pour eux, il n’était pas concevable de faire de la médecine générale, qu’ils méprisaient, eux qui ne voyaient la médecine qu’à travers le prestige d’une spécialisation. Moi, je voulais vraiment embrasser ce métier dans la globalité ­qu’offrait la médecine générale.

A. S. Vous avez très certainement eu la visite de visiteurs médicaux… Comment pourriez-vous décrire ces relations commerciales ?

P. A. Au début, j’étais très naïf. J’étais toujours enthousiaste face aux nouvelles molécules. Mais assez rapidement, j’ai pris du recul, et j’ai pris le parti de prescrire très peu et seulement des médicaments que je connaissais bien, pour induire le moins d’effets secondaires possible.

A. S. Comment viviez-vous votre quotidien durant les quelque trente années de pratique de la médecine généraliste ?

P. A. Nombre de mes collègues tentaient de rompre ce quotidien par quelques verres d’alcool, car le médecin ingurgite beaucoup « d’infos » du patient, parfois des choses dramatiques. Mon protocole personnel, c’était de m’enfermer dans une sorte de huis clos, de sas. En arrivant chez moi, je devais ­passer du temps seul, sans entendre ni voir personne. Je dînais seul, je me murais dans le silence juste pour me laver de ces journées, pour pouvoir changer d’état et être ­disponible pour ma femme.

A. S. En 2006, vous vous dites que vous ne pouvez « plus soigner comme ça ». C’est-à-dire ?

P. A. J’ai commencé assez rapidement à très mal vivre le fait que je ne valais, aux yeux de mes patients, pas grand-chose. Ils n’avaient de cesse de me répéter : « Le spécialiste m’a dit que… ». Et mon diagnostic ou mes propositions ne pesaient pas lourd à leurs yeux. Du coup, piqué au vif, j’ai voulu me spécialiser et je suis devenu médecin du sport, puis traumatologue, médecin d’équipe et enfin, très naturellement, l’ostéopathie s’est imposée à moi. Comme ça demandait du temps, j’ai dû trancher. Ça n’a pas été dur, car je ne trouvais plus ma place dans la médecine générale où ma voix comptait moins que celle des spécialistes, où la paperasserie était toujours plus importante, sans parler du ­glissement vers la consultation de quinze minutes par souci de rentabilité. De plus, je me posais la ­question de savoir si mon métier de médecin était d’être un commerçant ou un soignant. C’était la preuve qu’il fallait que je me réoriente pour devenir le thérapeute que j’aurais dû être.

A. S. Après des études de médecine très organisées, vous entrez dans un monde où les ­connaissances et les méthodes sont nombreuses et éparses. Comment avez-vous ­procédé ?

P. A. J’ai testé sur moi-même. Les huiles essentielles, je les prends, la médecine chinoise, je me ­l’applique, l’ostéopathie également. J’ai intégré les traitements que je prodigue à mes patients. Si je suis convaincu, je peux devenir convaincant.

A. S. L’ostéopathie a été votre premier complément thérapeutique à la médecine conventionnelle. Quelles ont été les autres ?

P. A. Ma rébellion s’est surtout concentrée sur la thérapeutique conventionnelle, qui ne traite que le symptôme avec une armée d’anti-quelque chose : antibiotiques, anti-inflammatoires, antidépresseurs… Ça ne m’allait plus du tout. J’ai commencé par l’ostéopathie structurelle avant de découvrir l’ostéopathie crânienne, que je pratique exclusivement désormais. Ensuite, j’ai constaté que, pour la gestion des émotions, ­l’ostéopathie n’apportait pas de réponses suffisantes, donc j’ai intégré la médecine chinoise pour laquelle à chaque organe ­correspond une émotion – aux poumons la tristesse, aux reins la peur… –, et je l’ai intégrée grâce à la nutripuncture, une forme d’acupuncture où les aiguilles sont remplacées par des comprimés de nutriments. Ma dernière grande découverte, ce sont les huiles essentielles qui synthétisent et transmettent l’incroyable don que fait la nature à l’homme.

A. S. À quels sacrifices avez-vous dû consentir ?

P. A. Sur le plan humain, mes amis et mes confrères n’ont pas du tout compris. Ils m’ont accusé de les abandonner, eu égard au nombre restreint de médecins généralistes et au quartier. J’exerçais dans le XIIIe arrondissement de Paris, et j’avoue que l’harmonie et la fraternité régnaient entre nous. Financièrement, ça a beaucoup changé. Je fais payer plus cher mes consultations, mais je passe beaucoup plus de temps avec mes patients. Donc ce que je perds financièrement, je le gagne humainement Cela n’a pas de prix.

A. S. Avez-vous le sentiment que la médecine vous a trahi ?

P. A. Encore une fois, c’est vraiment la thérapeutique qui me pose problème, parce qu’on va droit dans le mur avec cette médecine du symptôme qui ne tient pas compte de l’homme dans sa globalité. On peut étendre cette colère aux laboratoires qui font très clairement pression sur des médecins déjà harassés, sur ce lobby structuré et terriblement puissant qui imprime sa prépondérance des couloirs du siège de l’Union européenne jusque sur les bancs de la fac et des études de médecine, en passant par les associations de malades, et bien ­évidemment les salles d’attente des ­médecins.

A. S. À qui appartient la médecine, selon vous ?

P. A. La médecine n’appartient à personne, mais il est clair que les laboratoires exercent énormément de pression, sur tous les rouages de la santé en France et en Europe. Pour ma part, je peux dire rétrospectivement que j’en étais arrivé à un point où je m’étais transformé en ambassadeur des labos. Je ne travaillais plus pour soigner des patients, je n’étais plus dédié à leur guérison…

A.S. En quoi vos patients ­d’aujourd’hui diffèrent-ils de vos patients d’hier ?

P. A. En venant consulter un médecin, spécialiste d’ostéopathie crânienne, de nutripuncture et d’aromathérapie, ils prennent leur santé en main. Ils sont proactifs et sont moins assistés et infantilisés que la moyenne des patients que j’ai reçus en médecine générale.

A. S. Sont-ils plus faciles à soigner ?

P. A. Quelque part, oui. Ils sont plus ouverts aux discours que je peux leur prodiguer, et dans le même temps, ils sont plus pointus dans leur demande personnelle. Ils les formulent mieux, ce qui facilite l’échange.

A. S. Quels types de pathologies traitez-vous ?

P. A. Les mêmes que je traitais en cabinet de médecine générale. Tout est matière à revisiter la vie de la personne et comprendre comment est apparu le symptôme, pourquoi il s’est logé à cet endroit précis de la personne, à quel moment… Ce qui est important également, c’est d’amener le patient à prendre la mesure de la distorsion entre ce qu’il vit réellement et l’image qu’il se fait de sa vie pour ne plus la subir.

A. S. Vous avez monté votre centre de thérapie holistique, Théopie. Quels en sont le sens et les enjeux ?

P. A. Le 1er janvier 2013, j’ai en effet créé un centre qui réunit un cercle de thérapeutes dédiés à leurs patients. Ce sont des thérapeutes que je coopte, qui ont aussi eu une prise de conscience, et pour qui la quête de sens est primordiale. Car je constate que c’est véritablement la perte de sens de la médecine et de la thérapie qui m’a le plus ­meurtri en tant que médecin.

En savoir plus

Paul Alimi Né en 1953 dans le XIe arrondissement de Paris. Il a fait ses études à l’hôpital Saint-Antoine pour devenir médecin de famille. Mais la profession a changé au fil du temps. Après vingt-six ans de consultations, le Dr Alimi décide en 2006 de se remettre profondément en question. Il découvre et adopte alors les médecines complémentaires. En 2013, il monte un centre réunissant tous les corps de thérapies complémentaires, qu’il nomme Théopie. Traumatisé par le manque de sens et de considération propre à sa profession, il décide d’axer son activité autour d’une spiritualité guidant chaque thérapeute dans l’intérêt du patient.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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