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Le mépris tue aussi

Article paru dans le journal nº 38 Acheter ce numéro

Prenez les mots se finissant par « cule ». Ils ont le don pour moi de jeter un blanc. Tentacules, particules (les fines)… Jean Ferrat chantait : « Pourtant, que la montagne est belle… » Il aurait eu moins de succès s’il avait chanté les louanges d’un monticule. Bref, ces joyeusetés pour vous rappeler qu’en 2003, on a connu la canicule. Pas un simple épisode de chaleur, mais la vraie, qui se définit par de fortes températures de jour – et surtout de nuit –, pendant un temps minimum de 72 heures.

De la chaleur, on en a mangé matin, midi et soir. Et pas que 72 heures, mais 240 ! Dix jours à l’étouffée et… 15 000 décès au menu. L’horreur absolue qui a valu un moment inédit : on a parlé du rapport chaotique que notre société entretenait avec la vieillesse. On a entendu « rejet », « oubli », « abandon ». Nous avions assisté à une hallucinante séance d’excuses collectives sur fond de « plus jamais ça ». Seulement, rien n’a changé. Si passé les trente degrés, mémé Colette se rappelle à notre bon souvenir au point que l’on daigne lui passer un petit coup de fil, on s’enfonce dans une société qui ne voit les vieux que selon trois axes : les vieux sont « inutiles », car ce sont des rebus incompatibles avec le fonctionnement de la société, trop vieux pour le comprendre, trop lents pour le suivre, trop réticents pour s’y adapter ; les vieux sont « séduisants » parce qu’ils seraient une source de profit (les fameux seniors, catégorie qui fait frémir les manitous du marketing) ; les vieux sont « indispensables » à des fins statistiques, pour que l’État puisse fièrement crâner avec de belles courbes d’espérance de vie.

J’exagère ? Je me trompe en affirmant que passé cinquante ans, un salarié ne trouve pas de travail parce qu’on l’estime trop vieux ? Que la société exerce une telle pression, qu’au regret de ne plus être jeune, on impose aux seniors la honte de vieillir ? Nous ne nous étions penchés sur nos « vieux » que parce que la canicule avait révélé notre inhumanité. Alors, à l’heure où l’automne approche, sachez ce qu’aucun média n’avait dit lors de cet épisode : l’hiver tue autant de vieux que l’été. L’occasion de lui passer un petit coup de fil, à mémé Colette.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

Tags sur la même thématique canicule vieillesse forte chaleur seniors vieillir

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