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La thérapie conjugale : pourquoi faire ?

Article paru dans le journal nº 59 Acheter ce numéro
  • La thérapie conjugale : pourquoi faire ?

Quels sont les enjeux à l’œuvre dans la formation et la durée d’un couple ? Comment aider un couple en crise, en particulier quand il doit affronter une perte de désir ? Éléments de réponse avec Nathalie Queyrel, psychothérapeute et, entre autres, praticienne en sexothérapie.

Dès notre arrivée au monde, la recherche du plaisir s’installe, les bases de notre sexualité se mettent en place à travers le développement de notre curiosité. Plus tard, la rencontre avec l’autre crée les premières émotions. Le désir en est le moteur, il se cache dans l’espace qui nous sépare de l’autre, le regard échangé, la façon dont il s’inscrit dans notre inconscient, la place qu’on lui réserve… Quand l’histoire débute, l’amour et le désir sont liés. Peu à peu le second décroît, et c’est normal, en même temps que le premier s’installe de manière plus profonde. Le défi, pour chaque couple, est alors d’arriver à laisser l’amour se développer sans que le désir ne s’estompe tout à fait. Une véritable gageure.

L’identification d’un couple

Quand un couple vient consulter un thérapeute conjugal, il est en fin de cycle relationnel. La relation a cessé d’exister sur ses fondements originaux. Le devoir du thérapeute est d’apprendre aux personnes à lâcher les raisons pour lesquelles leur couple s’est formé, qui ne sont plus valables, et de les aider à en trouver de nouvelles. Ainsi, il conduit le couple à « tuer l’ancien couple », pour permettre au « nouveau » de naître. Le travail thérapeutique permet à chacun de comprendre l’organisation psychique, émotionnelle et relationnelle du couple, et de la modifier. Pour ce faire, il revient à chaque membre d’identifier :

• les éléments de cette organisation, devenue caduque, qu’il tient à conserver

• ceux qu’il sent, au contraire, nécessaire d’éliminer

• et enfin ceux qui n’étaient pas présents dans l’« ancien » couple, qui lui ont cruellement manqué et qu’il convient d’offrir au « nouveau » couple.

La perte du jeu

Quand un couple se présente en consultation conjugale, c’est aussi qu’il y a aussi parfois perte de désir. Et s’il n’y a plus ce désir, c’est qu’il manque également la légèreté, le jeu, la fraîcheur. Le thérapeute va donc l’accompagner dans la redécouverte d’un espace plus innocent, plus ludique. L’idée est que les membres puissent « vieillir ensemble en gardant leur âme d’enfant ». Pendant le travail commun, il les amènera à trouver des clés pour se régénérer en changeant leur schéma relationnel, en recréant de la surprise et de l’émerveillement. Mais, pour qu’une thérapie conjugale fonctionne, il faut qu’émerge une demande claire portée par chacun au sein de « l’entité couple » ; sinon, c’est une thérapie individuelle. Ils vont donc s’interroger sur :

  • ce qu’ils attendent de leur couple
  • quel en est le « mythe fondateur »
  • pourquoi ce mythe n’opère plus

Ces questions ont pour but de dégager et de saisir le sens de la relation. Parfois, cette quête fait apparaître un besoin de rupture. Rappelons que l’objectif d’une thérapie conjugale n’est pas d’aboutir à ce que le couple dure à tout prix, mais qu’il perdure en conscience, pour le meilleur des possibles, dans le respect de l’autonomie et de l’intégrité de chacun.

Dans un couple, l’autre se voit bien souvent attribuer, malgré lui, le rôle de réparateur de nos blessures narcissiques enfantines. Mais il est aussi nécessaire d’accepter que l’autre soit « partiellement insatisfaisant ». Chacun doit avancer sur le chemin de l’autonomie au sein même du couple. Une merveilleuse « danse » s’établit alors, d’éloignements en rapprochements, qui assure la respiration et favorise l’émergence du désir.

Le couple est également narcissique : on décide d’être avec l’autre parce qu’il nous fait nous sentir plus grand, plus beau. Par ailleurs, et au risque de susciter la polémique, nous avançons qu’une sexualité épanouie nécessite un minimum de « saine violence » : il faut que naisse l’envie d’aller « envahir » et « conquérir » le territoire intime de l’autre. À condition que cet autre soit, à certains moments, suffisamment éloigné pour qu’il puisse y avoir conquête… D’où la crainte, vérifiée en consultation, d’un couple trop « fusionnel » où l’on ne « respire » plus, où ne souffle ni l’étonnement ni le renouveau et où peine à s’exprimer le désir. De cet étouffement naît bien souvent une grande fragilité, ce que l’on croyait gage de durabilité et de solidité s’avère en réalité un lourd handicap.

Enfin, l’autre très grand défi du couple est la parentalité : comment devenir parents sans cesser d’être amants ? Les couples en consultation conjugale pour ce motif sont conduits à dessiner de nouvelles solutions pour leur couple devenu famille.

Indispensable dialogue

Que ce soit à l’occasion d’une thérapie conjugale ou dans l’instauration d’un dialogue à l’intérieur du couple, la nécessité est grande de « mettre des mots sur les maux » – en particulier sur les maux sexuels. Nous ne saurions assez préconiser le recours au dialogue avec son partenaire sur la façon dont chacun a besoin d’être aimé, dont chacun aime être touché, pour éviter crispation et frustration. Si l’une des fonctions du couple est réparatrice, il ne faut pas s’y enfermer pour pouvoir passer à une autre demande, celle permettant de grandir et de s’autonomiser. Pour finir, érotisation ne signifie pas obligatoirement sexualisation : on peut érotiser une relation sans toujours la sexualiser, car la circulation du désir ne nécessite pas immédiatement le passage à l’acte.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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