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Téflon, PFOA : quand va-t-on nous en débarrasser ?

Article paru dans le journal nº 19 Acheter ce numéro

Il y a 5 ans, le chimiste Dupont de Nemours s’était engagé à mettre un terme à l’utilisation de PFOA (acide perfluorooctanoïde) employé pour fabriquer le revêtement antiadhésif téflon présent dans ses poêles et autres ustensiles de cuisine. Qu’en est-il aujourd’hui ? Où en sommes-nous des promesses de bonne conduite ? Dupont de Nemours devait faire disparaître tous les revêtements contenant du PFOA pour 2015. Et nous y voici ! Les promesses ont-elles été tenues ? Des changements sont-ils intervenus ? Figurez-vous que je viens d’aller sur le site de Dupont de Nemours et que je vois toujours des poêles en téflon à vendre. Une nouvelle collection en couleur est même née en 2013.

On se demande vraiment comment une société comme Dupont de Nemours a pu se décider à supprimer le PFOA dans la fabrication de son produit le plus vendeur. Pourquoi après toutes ces années de succès, le chimiste finit-il par admettre que « la présence de PFOA en très faible quantité dans le sang de la population générale soulève des questions » ? Tout simplement parce que, chez Dupont de Nemours, on sait parfaitement que le PFOA est une substance dangereuse, qui est dénoncée par les associations aux Etats-Unis depuis près de 40 ans.

Depuis des années les plaintes fusent
sans résultats

C’est en 1978, qu’à la suite de prélèvements sanguins sur les employés de Dupont de Nemours, des taux anormaux de PFOA ont été trouvés. En 2001, les résidents vivant près d’une des usines du chimiste, dans l’Etat de Virginie, accusent la société de rejeter de l’eau contaminée. Dupont doit faire appel et en passer par la Cour Suprême pour s’en sortir, même si parallèlement, il accepte des compromis avec des milliers de plaignants.

Enfin en 2004, Dupont est condamné à 16 Millions de $ d’amende, pour avoir dissimulé pendant 20 ans des études menées en interne sur les effets potentiellement nocif du PFOA sur ses salariés. C’est aussi et sûrement pour toutes ces raisons que la décision de ne plus fabriquer de poêles contenant du PFOA est intervenue en octobre 2009. L’arbre ne pouvait plus cacher la montagne ! Mais cette décision de 2009, sur la base du volontariat de l’entreprise de chimie, n’est pas encore encadrée par une véritable réglementation.

Une colle cancérigène dans vos poêles

LE PFOA ou acide perfluorooctanoïque, est une sorte de colle industrielle qui sert à faire tenir le Téflon, dont le collage est quasiment impossible sans elle à cause de ses propriétés. Sa toxicité n’en est pas moins fortement soupçonnée pour l’homme et pour l’environnement.

Une étude danoise conduite en 2009 a montré que  le PFOA est un perturbateur endocrinien qui augmente les taux de stérilité masculine. En outre, le PFOA a été associé à une augmentation du taux de cholestérol et du nombre de cancers de la prostate en milieu professionnel. Ses effets neurologiques ont été démontrés dans des études sur l’animal. Il provoque des troubles des systèmes immunitaires et digestifs. Il est classé substance cancérogène de classe 3.

Vous êtes empoisonnés sans le savoir

C’est pour toutes ces raisons que le Réseau Environnement Santé (RES) a demandé l’interdiction généralisée de cette substance. D’autant qu’on la retrouve un peu partout dans notre environnement, quand les produits se dégradent. Selon un rapport publié en mars 2009 par l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments), le PFOA a été détecté dans 97% des échantillons prélevés dans plus de 100 rivières en Europe. Il contaminerait dès lors les denrées alimentaires via les poissons et l’eau courante. De plus, il se combine avec d’autres substances comme le Bisphénol A ou les phtalates, ce qui augmente leur toxicité. 98% des Américains en auraient dans le sang, selon les Centers for Disease Control and Prevention.

L’AFSSA a une approche
bien trop limitée du problème

En mars 2009, un rapport de l’AFSSA déclarait : « Le risque pour la santé des consommateurs relatif à la présence résiduelle de PFOA dans les revêtements antiadhésifs des ustensiles de cuisson des aliments est considéré comme négligeable ». Pourtant, il semblerait que l’AFSSA n’ait pris en compte dans son rapport que les sources d’expositions via les poêles téflonées, or on ne peut analyser ce dossier sans prendre en compte les interactions avec d’autres composants perfluorés, comme le PFOS (acide perfluorooctanesulfonique) qui, bien qu’interdit depuis 2008, reste encore présent. Le mode d’analyse de la toxicité par l’AFSSA est dépassé. Mais l’espoir demeure puisque l’agence s’est tout de même déclarée favorable à la réouverture de l’expertise sur le bisphénol A et promet de revoir son approche pour le PFOA. Pour le moment, rien n’a changé !

Alors, le PFOA, c’est fini ?

Oui, mais… Impossible pour des fabricants comme Téfal de faire la sourde oreille. Les poêles seraient dorénavant garanties sans PFOA, mais resteraient cependant toujours antiadhésives. Dans les supermarchés et sur le Net, on trouve des poêles « PFOA free », c’est écrit en toutes lettres. Aurait-on remplacé le PFOA par un autre élément ? Au service consommateur de Téfal, personne n’est capable de répondre à cette question. Quant à cette nouvelle gamme de casseroles et de poêles en couleur, lancée en 2013 par Dupont de Nemours, avons-nous la garantie qu’elle est faite de produits tolérés par notre organisme ?

Quelques conseils pour vos poêles

En attendant d’en savoir plus sur la fabrication du « nouveau » revêtement anti adhérant de Dupont de Nemours, il est conseillé de :

  • Ne pas chauffer les ustensiles contenant du PFOA à haute température.
  • Éviter d’utiliser des ustensiles qui peuvent rayer le revêtement.
  • Éviter d’acheter des poêles en Téflon
  • Jeter vos ustensiles contenant du PFOA à la moindre rayure
  • Ne jamais nettoyer vos poêles et autres ustensiles antiadhésifs avec une éponge métallique ou abrasive.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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