Pour consulter le site sans publicités inscrivez-vous

Vincent Renaud : 30 à 40 % de la population serait atteinte de candidose chronique

Article paru dans le journal nº 29 Acheter ce numéro

Aussi méconnue que répandue, la candidose chronique est une affection liée à une surpopulation de levure Candida albicans dans le tube digestif, provoquant divers symptômes : fatigue, troubles digestifs, du sommeil et de l’humeur, allergies, intolérances alimentaires, douleurs musculaires et articulaires… Le Dr Vincent Renaud, micronutritionniste, est spécialiste de cette maladie complexe et longue à traiter.

Alternative Santé Peu connue des médecins, la candidose chronique touche un grand nombre de personnes. Comment cela s’explique-t-il ?

Dr Vincent Renaud Les symptômes de la candidose, très divers, sont difficiles à rapprocher les uns des autres. Cela va de la fatigue chronique aux troubles de l’humeur et du sommeil, en passant par les perturbations digestives, les mycoses, les réactions allergiques, les intolérances alimentaires, les maladies ORL type rhinite et sinusite, le surpoids, des douleurs articulaires et musculaires ou des envies subites de sucre… Ces manifestations varient non seulement selon les individus, mais aussi en fonction du stade de la maladie. En effet, la candidose évolue par poussées, dont certaines sont silencieuses. On estime que 30 à 40 % de la population en France et 80 % aux États-Unis en est atteinte.

De par sa complexité et le fait qu’elle est souvent installée depuis des années, elle demande du temps pour être diagnostiquée, suivie et traitée. Pour la majorité des gastro-entérologues, la candidose n’existe pas, c’est une maladie imaginaire liée au stress. D’autres pensent que ça va se régler tout seul. Les choses bougent plus du côté des généralistes. Face à des patients impossibles à soulager, de plus en plus de praticiens s’initient à de nouvelles approches, comme celle de la micronutrition, qui permet une bonne prise en charge. Ils sont aujourd’hui entre 2 000 et 3 000 en France. Il y a quelques années encore, il n’y en avait pratiquement pas !

Lire aussi La candidose chronique, maladie insidieuse et mal diagnostiquée

A.S. Vous expliquez que c’est une maladie moderne, liée à l’ère industrielle, aux changements alimentaires, aux nouveaux médicaments, et surtout, à l’explosion de la consommation de sucres raffinés…

Dr V. R. La candidose survient suite à une prolifération anormale de Candida albicans dans l’intestin. Cette levure, qui existe depuis la nuit des temps, contribue au bon équilibre du microbiote intestinal humain. C’est un échange de bons procédés. Notre intestin lui offre le gîte et le couvert et en échange, elle intervient dans le recyclage de nos déchets organiques et dans les processus de fermentation, fournissant de l’énergie à nos cellules. Le problème survient lorsqu’elle se développe en trop grande quantité.

Douée de dimorphisme, Candida albicans se transforme en moisissure et tapisse la muqueuse intestinale, causant des dommages importants : mauvaise assimilation des minéraux, porosité intestinale induisant des réactions allergiques et des intolérances alimentaires. Le largage de mycotoxines dans le sang perturbe par ailleurs le système immunitaire et hormonal… La candidose chronique, identifiée dès les années quatre-vingt notamment par le docteur américain Orion Truss dans son livre « The Missing Diagnosis », est liée à l’explosion de la consommation de sucres raffinés, dont le Candida albicans se nourrit. En France, on est passé de 4 kg de sucre par habitant en 1830 à 35 kg aujourd’hui [selon une étude suédoise parue dans The American Journal of Clinical Nutrition, ndlr]. De même, les antibiotiques, pris directement ou indirectement via la consommation de viande, ainsi que les corticoïdes, les anti-inflammatoires, les anti-acides, les traitements de chimiothérapie et la pilule, qui sont massivement apparus à partir des années cinquante, ont facilité son développement.

A.S. Pourquoi les femmes sont-elles plus touchées que les hommes ?

Dr V. R. Les deux tiers des malades sont des femmes. Les raisons en sont multiples. Elles ont d’abord une tendance naturelle à être plus attirée par le sucre, principal carburant du Candida albicans. En outre, elles sont soumises à des changements hormonaux modifiant le PH de la flore digestive et favorisant la prolifération du Candida albicans lors des grossesses et au cours du cycle menstruel, en particulier dans les derniers jours des règles en raison d’un effondrement du taux de progestérone. Elles connaissent des épisodes de mycoses vaginales, facilitées par la communication entre la flore vaginale et digestive, proches physiologiquement. Celles-ci peuvent être récidivantes, signe que le Candida albicans s’est beaucoup développé dans l’organisme. Enfin, les contraceptifs oraux, des œstroprogestatifs, en modifiant le climat hormonal, favorise la prolifération du Candida. Ceci dit, les hommes sont aussi touchés, et en général, leurs symptômes sont plus francs que ceux des femmes.

A.S. Comment traitez-vous vos patients ?

Dr V. R. Passés de médecin en médecin, leur problème incompris, voire nié, les patients sont épuisés psychiquement et physiquement. Un sportif que je suivais ne pouvait même plus faire un kilomètre à vélo ! Le premier volet du traitement consiste à mettre en place de nouvelles habitudes nutritionnelles. Sont supprimés les sucres raffinés, les pâtes, les pizzas, les pâtisseries, le riz blanc, les biscuits d’apéritifs, ainsi que toute forme de levure, présente notamment dans l’alcool et le pain. Une large place est accordée aux fruits et aux légumes, basifiants, le Candida albicans se développant en milieu acide. Cette étape, qui vise à « affamer » la moisissure, donne en général des changements radicaux en un mois et demi à deux mois. Les troubles digestifs, la fatigue et les douleurs disparaissent.

Une patiente en surpoids depuis des années sans qu’aucun régime ne fonctionne, et qui faisait une importante rétention d’eau, a perdu 10 kg de cette façon ! Ce changement alimentaire s’accompagne d’un traitement naturel antifongique à base d’extrait d’ail, de berbérine contenue dans l’hydraste du Canada, de caprylate de magnésium contenu dans l’huile de coco, d’origan ou d’extrait de pépins de pamplemousse. S’y ajoutent des compléments alimentaires, magnésium, glutamine, curcuma, quercétine, probiotiques et autres pour traiter la fatigue, le stress, la perméabilité intestinale, corriger la dysbiose et détoxifier le foie. En tout, il faut six mois pour venir à bout d’une candidose.

A.S. La simple modification d’habitudes alimentaires peut-elle suffire à faire reculer la candidose chronique ?

Dr V. R. Oui, la candidose peut se résorber d’elle-même avec un régime alimentaire adéquat excluant pendant au moins six mois les sucres et les céréales raffinés, la levure et les produits laitiers, l’idée étant de revenir au régime alimentaire des chasseurs-cueilleurs, ce qui suppose une remise en question profonde de la manière de s’alimenter. Cela peut être difficile à suivre, c’est pour cela que je préconise une approche progressive. Il faut éviter le piège de l’orthorexie, c’est-à-dire l’obsession d’avoir une nourriture saine. L’objectif est que la personne puisse suivre ce régime alimentaire dans la durée, au risque, dans le cas contraire, de voir Candida albicans flamber de nouveau.

On peut assouplir le régime en introduisant un peu de pain complet au levain, de manière modérée. De plus, on peut se débarrasser d’une candidose sans forcément prendre une batterie de compléments alimentaires, au coût élevé, sans compter les analyses qui ne sont plus prises en charge. Je conseille de consommer plus d’ail, d’huile de coco et de vinaigre de cidre, qui sont des antifongiques naturels, d’augmenter la consommation d’épices type curcuma, cumin et coriandre qui sont de bons régulateurs de la flore intestinale, et de manger des noix, qui ont un effet antifatigue.

A.S. Il existe nombre de forums où s’échangent expériences et conseils sur le meilleur moyen de se débarrasser d’une candidose chronique. Cela laisse entendre qu’on peut le faire soi-même facilement, sans suivi médical ?

Dr V. R. On peut suivre un traitement tout seul. Il existe des compléments alimentaires et des produits naturels faits pour cela. Mais la difficulté sera de savoir comment tempérer, faire les ajustements nécessaires en fonction de ses symptômes. Il faut savoir qu’en vertu de la réaction de Herxheimer lorsqu’on détruit une moisissure, il y a un relargage massif de mycotoxines dans l’organisme.

Le patient a l’impression que c’est pire qu’avant, mais ces manifestations temporaires d’aggravation sont normales et il ne faut surtout pas arrêter brutalement le traitement. Lorsqu’on s’attaque à une candidose chronique, il est préférable d’avoir un suivi médical rapproché, par un médecin ou un praticien de santé naturopathe formé. Cela évite bien des erreurs, aux conséquences potentiellement néfastes pour la santé.

En savoir plus

« Fatigue, surpoids, maux de ventre, migraine, mycose… Et si le responsable était le Candida albicans ? »,
Dr Vincent Renaud, Éd. Alpen, 2014.

À paraître début 2016, un nouveau livre du Dr Renaud sur le régime alimentaire anti-candida et des recettes de cuisine adaptées.

Liste de praticiens prenant en charge la candidose chronique auprès de l’Institut européen de physionutrition et de phytothérapie www.iepp-eu.com.

Le site candida-albicans.fr fournit grâce à des témoignages de patients une mine d’informations sur la candidose chronique.


 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

Pour consulter le site sans publicités inscrivez-vous