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Grippe H5N1 : une expérimentation qui pourrait faire des millions de victimes

Article paru dans le journal nº 66 Acheter ce numéro
  • On utilise des furets pour tester le nouveau virus H5n1 mutéOn utilise des furets pour tester le nouveau virus H5n1 muté

Le Ministère de la santé et des services sociaux des États-Unis (HHS) a autorisé la reprise d’expérimentations de mutations sur le virus H5N1, stoppées pendant quatre ans car jugées trop dangereuses. De nombreux chercheurs redoutent qu'un accident malencontreux, un usage militaire malavisé ou une attaque bioterroriste puissent transformer ce virus muté en menace mondiale.

Rappelez-vous la panique provoquée par la détection du virus de la grippe H1N1 chez des humains, en 2009. Imaginez maintenant que l’histoire se répète avec H5N1, ou virus de l’influenza aviaire, qui tue près de 60 % des personnes qui en sont atteintes. Ce virus circule principalement entre volailles, oiseaux d’agrément et oiseaux sauvages, mais il peut, à la suite de contacts étroits avec des volailles vivantes, infecter des humains. Jusqu’alors, cependant, il ne parvient pas à passer d’un homme à un autre. Or les scientifiques craignent de le voir muter, et quelques mutations suffiraient pour que ce virus aviaire devienne transmissible entre humains…

Des recherches contestées au vu des dizaines de millions de morts possibles

Retour en arrière. En 2011, deux équipes – dirigées respectivement par le Néerlandais Ron Fouchier et le Japonais Yoshihiro Kawaoka – ont alarmé le monde en révélant avoir réussi à isoler, puis à modifier, le virus la grippe aviaire H5N1, afin de le rendre transmissible par voies aériennes à des furets. Placés dans une cage, à distance d’un congénère, ces « furets de l’Apocalypse », comme ils ont été surnommés, sont parvenus à l’infecter.

L’objectif des chercheurs était de mieux comprendre comment le virus se propage et d’anticiper les étapes de développement d’une pandémie. L’objectif, vous l’aurez peut-être deviné, est de concevoir un possible vaccin. Le paradoxe : rien ne dit que la mutation du virus, créée de toute pièce par ces chercheurs, aura ou aurait eu lieu naturellement. Autrement dit, les bénéfices de ces recherches en terme de santé publique sont très hypothétiques. En outre, en créant ce "Frankenstein viral" à la propagation facilitée entre mammifères, n’ont-ils pas pris le risque d’une future propagation entre hommes ?

Faire muter un gène une première fois le rend en effet plus à même de se transformer de nouveau. En créant en laboratoire cet OGM plus transmissible, les scientifiques ont suscité de vives inquiétudes quant à l’éventualité d’une « fuite » du virus hors du cadre expérimental. Marc Lipsitch, professeur d’épidémiologie à l’École de santé publique d’Harvard, expliqua, à l’époque, que la plupart des gens n’étant pas immunisés, H5N1 possédait un potentiel extrêmement meurtrier.

Les scientifiques imaginaient d’ailleurs le pire : qu’il soit libéré de façon intentionnelle par un bioterroriste. « Il pourrait alors infecter des millions de personnes aux États-Unis, et très probablement plus d’un milliard de personnes dans le monde, à l’instar de la plupart des souches de virus de la grippe qui ont réussi ».

Pas moins de 56 chercheurs d’envergure, dont trois Prix Nobel, ont donc adressé en décembre 2013 une lettre publique à la Commission européenne et réclamant « une véritable analyse de risque » avant de réaliser ce genre d’expérience. À l’issue de quoi, un moratoire exceptionnel a suspendu les recherches, les risques encourus ayant été jugés plus grands que l’intérêt scientifique promis. Marc Lipsitch avait ensuite suggéré d’orienter les études sur la souche non transmissible du virus, ce qui fournirait des données précieuses sans risque de libération accidentelle.

Une réautorisation dans des conditions opaques

Courant 2018, revirement de situation : le Ministère de la santé et des services sociaux américain (HHS) autorise la reprise des recherches. Selon une information de la revue Science, une nouvelle commission d’examen aurait en effet discrètement approuvé, cette fois, les expériences proposées par les deux équipes. L’un des projets doit désormais débuter dans quelques semaines, ayant reçu un financement de la part de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) de Bethesda, dans le Maryland, et d’instituts nationaux de la santé (NIH).

Mais quelles mesures de sécurité ont été mises en place depuis le moratoire ? Nous ne le savons pas. L’HHS a opéré en toute opacité et n’a pas expliqué les raisons de cette option à risque, arguant du secret industriel et des brevets. Les réactions de la communauté scientifique ne se sont pas fait attendre : « Les détails concernant la décision d’approuver et de financer ce travail doivent être rendus transparents », martèle Thomas Inglesby, directeur du Centre pour la sécurité sanitaire de l’École de santé publique John Hopkins Bloomberg, à Baltimore.

« Après un processus de délibération qui a coûté 1 million de dollars et pris d’innombrables mois à de nombreux scientifiques, il leur est maintenant demandé de faire confiance à un processus complètement opaque, dans lequel le résultat est de permettre la poursuite d’expériences dangereuses », surenchérit Marc Lipsitch, furieux.

Ne reste qu’à espérer que les précautions prises soient à la hauteur des risques encourus.

 

Sources

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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