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Pressions sur les chercheurs : la recherche publique n’est pas épargnée

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  • La recherche publique pas épargnée par les pressionsLa recherche publique pas épargnée par les pressions

Une enquête récemment menée auprès de 104 chercheurs en santé publique d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Océanie révèle que 18 % d’entre eux — soit près d'un sur cinq — se sont au moins une fois sentis poussés par les bailleurs de fonds à « retarder, modifier ou ne pas publier les résultats des essais d'intervention sur les comportements de santé ». La raison la plus souvent évoquée à cette influence est la pression qu’exerce le bailleur de fonds de l’étude en question à ne pas publier des résultats « défavorables » (9 % des cas), et ce quel que soit le sujet publié ou le pays.

Ainsi, des chercheurs travaillant pour le compte de nos institutions publiques, et dont les travaux influencent l’élaboration de nos politiques de santé publique, leurs priorités et leurs budgets, subissent des pressions comme peuvent en connaître les chercheurs du privé. Encore plus problématique, les études analysées dans cette enquête font partie de méta-analyses à très haut niveau de preuve (c’est-à-dire de compilations d’études reprises dans les revues Cochrane, une « norme de référence » en matière de médecine fondée sur les preuves, qui sont utilisées pour éclairer la prise de décision en matière de soins de santé).

Bailleurs publics pas plus vertueux que le privé

Étonnamment, les auteurs de l’étude n’ont pas constaté que les bailleurs privés exerçaient plus de pressions sur les chercheurs que les financeurs publics. Ce sont au contraire les financeurs gouvernementaux qui exercent le plus de pressions sur les résultats, d’après la centaine de scientifiques interrogés. Bien qu'ils n'en aient pas éclairci les raisons, ces chercheurs ont également constaté que l'interférence était plus fréquente dans les études portant sur la santé sexuelle (contraception, VIH, etc.) et l’usage de drogues que dans celles touchant à la nutrition ou à l'activité physique.

Comme l’écrivent ironiquement les scientifiques australiens à l’origine de cet article : « C'est celui qui paie le joueur de cornemuse qui décide de la musique. » Pour eux, ces résultats prouvent qu’il est plus que jamais nécessaire de réglementer les pratiques des bailleurs de fonds et des universités, et de divulguer obligatoirement les conditions de financement des revues scientifiques afin de protéger l'intégrité de la recherche d'intérêt public.

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Source :

« “He who pays the piper calls the tune”: Researcher experiences of funder suppression of health behaviour intervention trial findings », PLOS ONE, 18 août 2021.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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