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Coronavirus : faut-il purifier l’air intérieur ?

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  • Une offre foisonnante de purificateurs d'air, mais une efficacité très inégale. Une offre foisonnante de purificateurs d'air, mais une efficacité très inégale.

Dans nos maisons, nous circulons sans masques et la distanciation physique n’y est pas applicable. Or on évoque depuis l’été une possible transmission aérienne de la COVID-19… Certes on nous dit qu’il faut ouvrir les fenêtres… mais en hiver, on rechigne à le faire ! Est-il pertinent d’envisager un dispositif permettant de purifier l’air ? Si oui, lequel choisir ?



Article mis à jour le 15/02/2021

Le marché des purificateurs d’air n’a pas attendu la COVID-19 pour se développer. Depuis des décennies, dans le but de débarrasser l’air intérieur des polluants chimiques ou des allergènes qui s’y trouvent, des fabricants proposent, tant pour le monde professionnel que pour le grand public, des machines capables de purifier l’air, c’est-à-dire de le débarrasser de ses polluants.

Aujourd’hui, la plupart des fabricants revendiquent une action antivirale contre le SARS COV2. Oui mais… le virus est-il seulement présent dans l’air ? Si l’on s’en tient à la seule « science » aujourd'hui avérée, la probabilité d’être contaminé par un air intérieur chargé de particules virales ne serait, pour l’heure, qu’infime.

COVID-19 : l’air intérieur en cause ?

Au début de l’été 2020, 239 scientifiques du monde entier ont pourtant signé une lettre adressée à l’ensemble de la communauté médicale (et à l’OMS) pour demander de reconsidérer les modes de transmission de la maladie (1)

En effet, depuis le début de la pandémie, on considère que le virus se transmet majoritairement par gouttelettes liquides, autrement dit par les sécrétions respiratoires qu’on émet quand on tousse, qu’on éternue ou qu’on parle. Le virus, transporté par ces gouttelettes liquides, peut atteindre une personne à proximité (< 1 mètre) ou se fixer sur une surface. Mais il ne saurait circuler dans l’air tout seul.

Cependant, une possible transmission du coronavirus par l’air intérieur est évoquée dans plusieurs articles médicaux traitant des contaminations survenues sur le paquebot Diamond Princess, dans un restaurant chinois, lors d’une répétition de chorale et dernièrement dans un hôtel en Australie… Comment est-ce possible ? La piste de ce qu’on a appelé « des aérosols », émis par les individus infectés, est la plus probable.

Ces aérosols sont constitués de gouttelettes microscopiques, bien plus petites que les gouttelettes provenant des sécrétions respiratoires. Ces micro-gouttelettes se comportent aussi différemment : elles peuvent rester en suspension pendant longtemps dans l’air ambiant, d’où leur nom (aérosols). Chaque seconde, nous émettons environ 100 micro-gouttelettes rien qu’en respirant, 200 en parlant et plus de 20 000 en éternuant.

Une étude, menée par plusieurs universités américaines, a démontré que des micro-gouttelettes contenant du virus, et pulvérisées dans une pièce, pouvaient y demeurer durant seize heures (2), Des chercheurs allemands ont même élaboré un modèle mathématique pour calculer les risques individuels de contamination par l’air intérieur dans diverses situations (bureau, classe, réception, chorale…) en fonction du nombre de personnes présentes et atteintes par le virus (3).

Comme on peut s’en douter, il est difficile de quantifier le risque infectieux lié à ces aérosols : combien de temps le virus y survit-il ? Quelle concentration de virus faut-il inhaler pour tomber malade ? Restent des questions en suspens. Aussi la question de la transmission aérienne fait-elle encore débat au sein de la communauté scientifique en cette fin janvier 2021.

L’OMS considère toujours comme « contaminants » les « aérosols » émis par un malade ou une personne pré-symptomatique, dans les cas bien particuliers où on les provoque (dentisterie, prélèvements, etc.) et seulement pour les personnes qui y sont de très près exposées. Les aérosols sont toujours supposés se dissiper très rapidement dans le volume d’air de la pièce. Et même si l’on reconnaît qu’ils peuvent aussi y circuler, rien ne justifie, pour les autorités, la mise en place de mesures supplémentaires.

Faut-il attendre plus de certitudes pour considérer qu’un lieu trop confiné peut être contaminant ? S’il est impossible de l’aérer convenablement, s’il est très habité, un purificateur d’air peut contribuer à l’assainir, et le débarrasser… pas uniquement du coronavirus.

Les purificateurs à filtres HEPA

Développés dès les années 1960 en milieu hospitalier, pour éviter la contamination par des poussières en suspension en salle d’opération ou dans les chambres des malades, mais aussi les infections nosocomiales, ces purificateurs d’air à filtres HEPA reposent sur un principe simple : ils aspirent l’air de la pièce, et le réinjectent, purifié, après l’avoir fait passer au travers d’un filtre HEPA (High Efficiency Particulate Air).

Comme son nom l’indique, ce filtre permet de piéger les particules présentes dans l’air. Attention cependant, car la seule qualification de filtre HEPA ne suffit pas : seuls les dispositifs équipés de filtres HEPA de classe minimale H13-H14 (norme EN 1822-1), peuvent prétendre piéger des aérosols de 0,1µ (micron = 1 millionième de mètre), soit à peu près le diamètre du virus du SARS-Cov2 (0,125µ en moyenne).

Ces purificateurs HEPA sont efficaces sur les aérosols de SARS-Cov2 : des chercheurs de l’université de la Bundeswehr, à Münich, ont montré qu’un purificateur « Trotec Vac Plus » réduisait de moitié, et en moins de 15 mn, la quantité de particules virales présentes dans l’air d’une pièce de 80 m2 (4).

D’autres chercheurs, de l’université de Francfort, ont testé dans des classes scolaires en activité des purificateurs mobiles simples comme les « mobile air purifiers » (Philips Model 2887/10). Selon leur étude non encore publiée, ces dispositifs neutralisent efficacement les aérosols émis en temps réel par une trentaine d’élèves, divisant par 6 le risque individuel théorique d’être contaminé par le virus (5)… Fortes de ces résultats, de nombreuses écoles allemandes se sont d’ailleurs équipées de purificateurs d’air.

Pour l’usage domestique, les études sur l’efficacité de dispositifs plus grand public manquaient au registre. Aussi, la Stiftung Warentest, une organisation de consommateurs allemands qui réalise des essais comparatifs de produits, a testé une dizaine de purificateurs destinés au grand public, dans une pièce de 16 m2 et de 2,5 m sous plafond. Au bout de 20 mn de fonctionnement, les deux meilleurs (Philips AC2889/10 et Rowenta Intense Pure Air Connect PU6080) avaient éliminé 95 % des aérosols (micro-gouttelettes de 0,12-1µ de diamètre) vaporisés dans la pièce.

Comme le rappelle l’organisation avec ses résultats publiés le 11 janvier (6), s’agissant de virus, les 5 % résiduels ne sont pas à négliger. Sans compter qu’avec le temps, les performances de ces machines diminuent, et qu’il faut nettoyer et changer les filtres régulièrement. Toujours selon la Stiftung Warentest, le compteur de particules intégré aux purificateurs mesure assez mal les aérosols et risque de signaler trop tardivement qu’il est temps de changer le filtre.

Ces réserves mises à part, ces dispositifs grand public semblent les plus efficaces pour réduire en temps réel les aérosols possiblement émis par des personnes infectées par le virus. Comptez autour de 400 euros, plus les filtres, autour de 50 euros / pièce. Pour un maximum d’efficacité, mieux vaut les placer au milieu du plus long côté de la pièce et, si la pièce est habitée, de préférence à hauteur de respiration, sur une surface plane, en laissant au moins 50 cm d’espace libre tout autour.

Les purificateurs avec traitement physico-chimique

D’autres types de purificateurs d’air existent, et ils sont parfois également couplés à un filtre. Ils aspirent également l’air et le soumettent en plus à un traitement physico-chimique particulier avant de le réinjecter dans la pièce : ionisation, ozone, plasma froid ou encore photocatalyse. Non seulement leur efficacité contre le SARS-Cov2 n’a pas été prouvée mais ils exposent surtout à d’autres risques, comme l’a rappelé l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles) dans un communiqué paru mi-novembre à l’adresse des entreprises envisageant d’investir dans des dispositifs anti-Covid (7). Ils peuvent émettre de l’ozone, un gaz très irritant, ou encore des composés encore plus dangereux pour la santé, pour peu que la dégradation de certains polluants soit incomplète (l’éthanol peut ainsi se transformer en formaldéhyde !).

Récemment, un fabricant de dispositifs anti-moustiques par émission de micro-décharges électriques alentour a fait parler de lui, avec le lancement de boîtiers fondés sur un principe similaire et vantés comme « anti-coronavirus». Ces boîtiers à accrocher autour du cou ou à poser dans une pièce sont vendus de 70 à 120 euros, tampon de l’Institut Pasteur de Lille oblige ! Menés à la demande du fabricant, les tests de l’Unité de Sécurité Microbiologique de l’Institut montrent qu’ils éliminent en 5 à 10 mn jusqu’à 99% du HCov-229E, l'un des virus... du rhume, un autre coronavirus bien connu et moins pathogène que le Sars-Cov2 ...et ce, dans les conditions de laboratoire d’une enceinte fermée de 1,4m3 sans renouvellement d’air. Des conditions qui n’ont rien à voir avec la vie réelle.

 

Aussi, gare aux sirènes du marketing. En matière de purification d’air, seuls les fabricants connus de longue date pour leur expertise en la matière sont un gage de produits sérieux et efficaces !


COVID-19 : les lampes désinfectantes à UV-C

Utilisées de longue date par les professionnels des laboratoires et des hôpitaux pour leur action germicide – virus, bactéries, moisissures, rien ne leur résiste ! –, les lampes à UV-C se trouvent à foison, façon lampe torche, lampes de bureau ou lampes de salon, sur les plus grandes enseignes de commerce en ligne, et au prix souvent extrêmement modique de quelques dizaines d’euros.

Là encore, méfiance ! Nombre d’entre elles ne répondent à aucune norme de sécurité. Certaines ne sont probablement d’ailleurs même pas des UV-C mais juste des tubes de lumière bleue. Et surtout, les UV-C sont des rayons toxiques pour la peau et les yeux. On ne doit surtout pas les croiser des yeux, ni donc les utiliser comme des lampes ordinaires…

Se démarquant de ces vendeurs sans foi ni loi, la firme Signify (ex-Philips Ligthing) a mis sur le marché français le 27 janvier dernier une lampe de désinfection par UV-C à destination du grand public et abordable pour une centaine d’euros, en exclusivité sur Amazon (Philips Lampe de désinfection UV-C), pour la désinfection intérieure. Son efficacité a même été prouvée sur des surfaces contaminées par des gouttelettes de virus SARS-Cov2 dans une étude menée par des chercheurs de l’université de Boston (8). La lampe est à poser dans son salon ou dans sa chambre à coucher. Elle ne fonctionne bien sûr que lorsqu’il n’y a personne dans la pièce. Son utilisation est très sécurisée : un décompte préalable permet de quitter la pièce avant sa mise en route, et un détecteur de mouvement interrompt le processus si quelqu’un rentre dans la pièce. Le temps d’exposition est ajusté aux dimensions de la pièce (compter 45 minutes pour un salon de taille moyenne). Les surfaces exposées sont ainsi désinfectées des virus, des bactéries et des moisissures, et a fortiori de l’air de la pièce. Selon le fabricant, la lampe ne génère pas d’ozone, ni de toxiques secondaires.

Pour autant, aucun de ces dispositifs de purification ou de désinfection ne dispense de faire le ménage, avec des produits respectueux de l’air intérieur, évidemment. Attention aux désinfectants contenant du chlore, en particulier. Ils peuvent se décomposer sous l’action des UV ou lors du passage dans le purificateur, en produits nocifs pour la santé…

Aucun de ces dispositifs ne dispense non plus d’ouvrir ses fenêtres en grand, au moins 10 minutes 3 fois par jour, en faisant un courant d’air (avec une porte ouverte, par exemple). C’est encore le moyen le plus efficace de chasser le virus !

Références

(1) Morawska L. et al. -  « It Is Time to Address Airborne Transmission of Coronavirus Disease 2019 (COVID-19) » Clinical Infectious Diseases (juillet 2020)

(2) Fears A. C. et al. - « Persistence of Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2 in Aerosol Suspensions » Emerging Infectious Diseases (septembre 2020)

(3) Levieveld J. et al. - « Model Calculations of Aerosol Transmission and Infection Risk of COVID-19 in Indoor Environments » International Journal of Environmental Research and Public Health (novembre 2020)

(4) Hähler, K. et al.- « Können mobile Raumluftreiniger eine indirekte SARS-CoV-2 Infektionsgefahr durch Aerosole wirksam reduzieren? » (août 2020)

(5) Curtius J. et al. -« Testing mobile air purifiers in a school classroom: Reducing the airborne transmission risk for SARS-CoV-2 » (pre-print) (octobre 2020)

(6) Stieftung Warentest - « Coronavirus – so gut filtern die Testsieger Aerosole » (janvier 2021)

(7) « L’INRS met en garde contre certains dispositifs dits « anti-Covid-19 » Communiqué (novembre 2020)

(8) Storm, N. et al.- « Rapid and complete inactivation of SARS-CoV-2 by ultraviolet-C irradiation », Scientific Reports (décembre 2020)

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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