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L’alimentation se fait progressivement une place dans le traitement du cancer

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  • Le régime cétogène pour booster certains traitements anti-cancer.Le régime cétogène pour booster certains traitements anti-cancer.

S’il paraît évident pour de nombreux praticiens de santé, et même quelques médecins et cliniques, que l’alimentation joue un rôle crucial dans la genèse mais aussi dans la guérison (ou la rémission) d’un cancer, la médecine académique n’a jusqu’ici eu aucune considération pour cette approche. En médecine de ville aussi bien qu’hospitalière, rares encore sont les docteurs qui s’intéressent à ce que leurs malades, cancéreux ou autres, mettent dans leur assiette, si ce n'est sous l'angle de l'apport calorique ou du maintien de l'appétit et du poids pendant les traitements.

 

Un récent article du magazine Science laisse espérer que les choses pourraient évoluer dans un avenir… plus si lointain. Il ouvre la porte à la validition de régimes alimentaires spécifiques pour booster l’efficacité de médicaments anticancer. Cette possibilité est apparue dans le cadre d’essais sur une molécule potentiellement utile contre les leucémies notamment : un inhibiteur de la phosphoinositide 3-kinase (ou phosphatidylinositol 3-kinase ou PI3K), une enzyme importante dans la cancérogénèse.

 

Malgré son intérêt théorique enthousiasmant, la nouvelle molécule produisait des résultats décevants dans de multiples essais thérapeutiques. Jusqu’à ce qu’une nouvelle étude tente une approche inhabituelle en cancérologie classique : combiner le traitement avec une diète cétogène qui consiste en une alimentation très pauvre en glucides et riche en lipides. Ce régime repose donc principalement sur la consommation de viande, de fromage, d’œufs, ainsi que de légumes. Les chercheurs nourrissaient le secret espoir que ce type d’alimentation rendrait les cellules tumorales plus vulnérables au médicament.

 

Le mécanisme d’action du régime cétogène pour potentialiser le médicament semble en bonne voie d’élucidation : un effet indésirable de cet inhibiteur de la PI3K réside dans une augmentation induite de la glycémie, généralement traitée avec l’insuline. Or cette dernière atténuerait l’effet du médicament. L’idée innovante consista à proposer une alimentation cétogène aux souris cancéreuses, de manière à limiter les niveaux de sucre et donc d’insuline. Et ça semble avoir fonctionné : la diète aurait bien permis au médicament de juguler la croissance tumorale.

 

Parallèlement, une recherche conduite par l’institut Gustave-Roussy, en France, suggère qu’une diète cétogène dans le cadre de cancers de la peau, des reins et des poumons chez la souris, traités par d’autres types d’inhibiteurs, boostait la puissance des lymphocytes T, essentiels à la lutte contre les cellules cancéreuses. D’autres pistes semblent indiquer que la privation en certains acides aminés bien précis amplifie la réponse à la chimiothérapie et aux rayons ; d’autres encore que la restriction en glucose rend plus vulnérables certains types de cellules cancéreuses proliférant grâce à des mutations génétiques connues.

 

L’idée que des régimes alimentaires particuliers, comme le jeûne ou la réduction de certaines catégories d’aliments ou de nutriments, pouvaient booster l’efficacité des traitements contre le cancer n’est pas nouvelle. Mais les avancées sur le sujet ont longtemps fait l’objet d’un dénigrement forcené de la part de l’establishment médical, et ce jusqu’à tout récemment. Un chercheur comme le Dr Valter Longo, qui travaille depuis des années sur les effets du jeûne dans le traitement des cancers (notamment l’atténuation significative des effets secondaires des chimiothérapies) avec des résultats solides, était encore présenté il y a peu dans certains cercles comme un charlatan. N’étant désormais plus isolé, mais au contraire conforté par un nombre croissant de confrères travaillant dans le même sens, il « revient dans la course » grâce à une compréhension générale plus fine des déterminismes à l’œuvre dans ces régimes spéciaux.

 

Si beaucoup de ces travaux sont encore cantonnés à des études animales, les premiers essais sur des malades (notamment des femmes atteintes de cancers de l’endomètre) révèlent des résultats encourageants, conformes aux espérances nées des études sur les souris. Mais de l’aveu des chercheurs, il faudra encore patienter avant que des recommandations alimentaires spécifiques intègrent la routine clinique des traitements contre le cancer.

 

Source :

« Special diets might boost the power of drugs to vanquish cancers », Science, avril 2021

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

Tags sur la même thématique cancer anticancéreux régime cétogène

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