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Droit dans le mur… autonettoyant

Article paru dans le journal nº 31 Acheter ce numéro

On n’arrête pas le progrès. Et ce n’est pas toujours une bonne chose. Dans le bâtiment, on invente aujourd’hui des murs autonettoyants imprégnés de nanoparticules de dioxyde de titane. Certes, pour un résultat plus blanc que blanc, mais l’environnement et la santé risquent de faire grise mine.

Paris est Ville Lumière et compte bien le rester. Pour y parvenir, quoi de mieux que d’avoir des bâtiments aux murs d’un blanc ­perpétuellement ­immaculé ? Un ­objectif qui semble ­impossible à atteindre, tant la ­pollution, les gaz ­d’échappement et les moisissures ­envahissent la capitale… Sauf qu’aujourd’hui, la ­nanotechnologie ­redistribue les cartes en inventant des murs ­révolutionnaires bourrés de ­nanoparticules de dioxyde de titane aux vertus autonettoyantes. Et il ne s’agit pas que de ­spéculation : dans le XVIIe ­arrondissement, 74 ­logements et ­commerces vont être construits avec cette nouvelle technologie.

À l’origine de cette innovation, un ­problème propre à tous les ­bâtiments : les façades noircissent avec le temps, et les UV du soleil sont trop faibles pour dégrader les micro-organismes qui s’y ­développent. C’est tout l’intérêt de ce ­béton : ­potentialiser ­l’efficacité des UV en y amalgamant un catalyseur ­spécifique, l’oxyde de titane, pour faire office ­d’amplificateur. Et comme cet oxyde est censé ne pas se dégrader, il ­serait ­efficace pendant des ­années. Ce sont les sociétés de ­ravalement qui vont faire la gueule, pendant que les syndicats de ­copropriétaires ­sableront le champagne…

Propriétés inégalées

Pour préciser, le dioxyde de titane a deux ­propriétés : il est ­photocatalytique et hydrophile. La photocatalyse est une ­réaction chimique présente ­naturellement dans ­l’environnement, mais sans un ­accélérateur de ­processus, elle agit très ­lentement. Ce ­processus ­permet de ­détruire les composés ­organiques ­volatils (COV), les ­particules et l’ozone, mais ­également ­d’éliminer les ­micro-organismes tels que les ­bactéries, les virus, les moisissures et autres ­champignons. Ces caractéristiques sont connues depuis au moins dix ans et ont fait l’objet de nombreux développements industriels.

Les propriétés hydrophiles du dioxyde de titane permettent à l’eau de former un film continu plutôt que des ­gouttelettes, empêchant ­notamment la ­formation de buée. Elle peut donc ­s’écouler ­régulièrement. Les salissures, qui se fixent normalement au mur lorsque l’eau ­s’évapore, sont alors ­drainées avec le ­liquide, et les moisissures, ­décomposées par la photocatalyse, ne peuvent pas se fixer. D’où le ­caractère autonettoyant des murs traités au dioxyde de titane, qui constitue une aubaine pour toutes les nouvelles constructions. À première vue.

Pollution aquatique

Premier problème, et de taille : les ­conséquences environnementales, car les murs ne sont pas neutres de ce point de vue. La dégradation des oxydes d’azote, issus des moteurs de véhicules, produit des nitrates. Une bonne partie de ces substances est éliminée avec l’eau de pluie et se retrouve dans les cours d’eau. Si les oxydes d’azote sont des polluants de l’air, les nitrates, eux, polluent l’eau en ­favorisant la croissance des végétaux aquatiques dans les rivières. On pense au problème des algues vertes en ­Bretagne dues aux nitrates de ­l’agriculture. À quand la saturation de la Seine, de la Loire et du Rhône par ces algues nocives ?

Cancérogène possible

L’environnement, mais aussi la ­santé. Le 10 mars 2006, le Centre ­international de recherche sur le ­cancer (CIRC) a ­classé le dioxyde de titane ­cancérogène ­possible pour l’homme (catégorie 2B). Chez le rat exposé à ce ­composé, un ­impact ­toxicologique pulmonaire à long terme a été observé, avec « ­saturation de la ­clairance pulmonaire accompagnée d’une inflammation ­pulmonaire ­chronique, de la ­production d’espèces réactives de ­l’oxygène, d’une diminution des ­mécanismes de défense ­(antioxydants), d’une altération des cellules, d’une ­prolifération cellulaire et d’une fibrose ».

Des tests in vitro montrent une ­toxicité cellulaire de type inflammatoire (stress oxydant). Autre inconvénient, les ­réactions chimiques se font à la surface des murs afin d’accroître leur ­efficacité. Il est donc important que les particules soient les plus élevées ­possibles.

Pour cette raison, cette ­substance est ­utilisée sous forme de particules ­nanométriques (de diamètre ­inférieur à 100 nm). ­Contrairement à la forme ­cristalline, les ­nanoparticules du dioxyde de titane présente des risques pour la ­santé, ­notamment en raison de leur très petite taille (elles ­s’infiltrent ­partout) et de la réactivité des atomes qui se trouvent à leur surface, dont la ­principale fonction est ­l’oxydation des organismes vivants. Disons-le carrément : on risque fort de ­regretter les sociétés de ­ravalement.

Les Suisses n’en sont pas fondus

En Suisse, un rapport édité conjointement par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) souligne le manque de connaissances concernant les risques potentiels des nanoparticules synthétiques en général. Les deux institutions ont ainsi lancé un plan d’action de recherche et de développement concernant les nanoparticules. Le Grand Conseil de la République et canton de Genève n’a quant à lui pas attendu les résultats des études. Il a tout simplement interdit l’utilisation de ce nouveau matériau autonettoyant pour la construction de tout nouveau bâtiment.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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