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Au Sénat, la santé, c’est niet

Article paru dans le journal nº 28 Acheter ce numéro

Malgré des propositions ministérielles light mais qui vont tout de même dans le bon sens, les sénateurs les ont retoquées. Derrière ses prises de positions, les cabinets de lobbying jouent les démiurges.

C’était pourtant une bonne idée. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, proposait d’imposer en France les paquets neutres, sans logo, sans marques et estampillés d’images dégoûtantes. Une idée d’autant plus intéressante qu’une soixantaine d’études indépendantes à travers le monde l’a validée et que l’Organisation mondiale de la santé, l’Inserm et l’Invs sont unanimes pour la recommander.

Oui, mais c’était sans compter nos bons Sénateurs, qui ont largement retoqué la proposition, à 228 voix contre et 16 pour. On vous épargnera les arguments d’une bêtise crasse que nous avons pu lire dans le Canard enchaîné, pour ne retenir que celui-ci : « Il est difficile de s’attaquer au droit des marques », et s’attaquer « au droit de la propriété » pourrait coûter une somme rondelette en amende, ou du moins en contrepartie… Soit. Mais combien coûte à la société le poids financier des maladies liées à la cigarette ?

Un costard pour Marisol

Et la pauvre Marisol n’a pas fini de vitupérer contre la Chambre haute. Pour lutter contre le surpoids et les maladies cardiovasculaires, elle s’était imaginé pouvoir imposer un système de pastilles de couleurs différentes, graduant de 0 à 5 le taux de sucres, de graisses trans et de sel des produits agroalimentaires. Pas bête comme idée, une fois encore… Oui, mais voilà, les sénateurs veillent.

Ils ont voté un amendement pour que le décret d’application de l’article 5 de la loi santé (celui qui fixe la fameuse signalétique nutritionnelle) implique le Conseil national de l’alimentation (CNA). Est-il utile de préciser que ce Conseil est aux petits oignons avec l’industrie agroalimentaire ? Pour preuve, son président, Bernard Vallat, avait écrit une lettre où il taillait à Marisol Touraine un sacré costard en accusant sa lubie colorée de « stigmatiser directement ou indirectement les produits emblématiques de la gastronomie française ». Rien que ça…

Marionnettistes

Dans ces deux cas, une constante : l’infatigable activité des lobbies. Côté clopes, c’est le cabinet Rivington qui a mis le paquet. En mars dernier, ils ont envoyé un mail à tous les députés pour qu’ils appuient un amendement contre les paquets neutres déposé par un député PS. Fin septembre, ils organisent un sacré raout avec tout le gratin politique pour qu’ils réfléchissent sur le fléau de la contrefaçon et les emballages neutres.

Côté « gastronomie » sous plastique, c’est à la sauce Ania que le menu a été mijoté. L’Ania, c’est l’Association nationale des industries alimentaires. Cette dernière dispense carrément les parlementaires de trop se casser la tête : c’est elle-même qui se charge de rédiger des projets d’amendements anti-couleur.

Puisque Marisol Touraine en voit de toutes les couleurs avec de simples pastilles, autant faire les choses en grand. Marisol, si vous nous lisez, proposez plutôt que les produits agroalimentaires soient accompagnés d’une notice listant tous leurs effets délétères sur la santé, et imposez du kudzu et de la lobélie dans la formulation des cigarettes pour en dégoûter les fumeurs. Quitte à être retoquée…

Normaliser la situation

Signe de l’influence croissante des lobbies en France, le parlement français va être amené dans les prochains mois à plancher sur la question du rôle des lobbies dans les prises de décision des législateurs. Codifier des relations, c’est reconnaître qu’elles existent, ce qui, dans notre pays, ressemble pour beaucoup à un aveu de culpabilité. Dans la perspective de cette codification, l’association Anticor propose que les députés redonnent leurs cadeaux offerts par des lobbies afin de les vendre sur l’internet. Chiche.

 



 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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