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Assurances sans risque

Article paru dans le journal nº 39 Acheter ce numéro

Il y a deux mois, nous apprenions qu’un assureur – Generali, pour ne pas le nommer – lançait en Allemagne une police d’assurance qui fait fureur aux States : inciter les sociétaires et autres adhérents à être en bonne santé. Rien de moins.

Comment ? En baissant les tarifs des bons élèves qui présentent un état général que les Séraphin Lampion teutons jugent satisfaisant. Comment l’évaluent-ils ? Dans un premier temps, grâce à un check-up délivré par un pharmacien (pas de quoi déranger un médecin pour ça) et, dans un deuxième temps, par un suivi au fil des mois, en s’appuyant sur les données de la santé de chacun, récoltées par les objets connectés que les sociétaires devront porter et utiliser.

Faire payer moins cher ceux qui triment pour bouger leurs fesses et abandonner la « Francfort frite » au profit des brocolis en papillote, la bière pour de l’eau osmosée, filtrée, vortexisée, c’est logique. Bah oui quoi, y a pas de raison. Et pour les bégueules qui feraient encore la tronche, les communicants lancent leurs arguments sur les autoroutes de la bonne conscience. L’assureur prend ses responsabilités pour inverser la courbe de l’obésité et des maladies cardiovasculaires, et s’engage, la main sur le cœur, le menton altier, dans la mission que les campagnes de santé officielles ont foirée : tout mettre en oeuvre pour améliorer la santé de tous.

Quelque chose à redire à cela ? Bah oui… Déjà, parce que c’est injuste. T’es obèse ? T’es diabétique ? T’es cardiaque ? Dommage, tu vas payer plein pot. Et notre main à couper qu’il ne faudra pas attendre longtemps pour que les tarifs allégés réservés aux stakhanovistes du curcuma pèsent sur ceux du fan-club de la choucroute. Manquerait plus que Seraphin Lampion perde de l’argent, c’est pas le genre. Ensuite, parce qu’à terme, rien ne nous dit que le grand principe d’égalité face au remboursement des soins de santé ne vole en éclat. T’as un cancer du poumon ? T’as fumé ? T’as pas bougé ? T’es pas remboursé ! Et puis quoi encore ? Et dans le sillon, c’est la liberté individuelle de mener sa vie comme on l’entend qui vacille, menacée par les mouchards que sont les objets connectés. Et puis… de qui se moque-t-on ?

Les assurances n’ont qu’une idée en tête, récolter les mensualités et ne rien débourser. Pousser les sociétaires à préserver leur santé contre une petite carotte, c’est s’assurer une diminution sensible des remboursements et leur lancer une patate chaude qui leur brûlait les fesses en se débarassant de la notion de mutualisation des risques. C’est faire entrer sur le Vieux Continent le principe américain des assurances qui considèrent un remboursement lié à une maladie comme un sinistre, au même titre qu’un accident de voiture. À quand les bonus-malus santé ? Ils sont fous ces Allemands, hein ? Ah… On ne vous l’a pas encore dit ? Oui, oui, Generali propose la même saleté en France. Depuis septembre.

 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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