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Mehdi Amini : Il est important de respecter la cohérence de son rythme intérieur

Article paru dans le journal nº 18 Acheter ce numéro

Reconnue dans les années 1960 par les travaux d’Alain Reinberg, la chronobiologie est l’étude de l’activité biologique et physiologique des êtres vivants en fonction du temps. Pour Medhi Amini, cette analyse des rythmes du corps est un outil important de diagnostic. La correction d’une mauvaise synchronisation permet d’apporter une nette amélioration à des problèmes comme un mauvais sommeil ou de modifier certains comportements relatifs notamment à l’alimentation.

Alternative Santé Quels sont les grands principes de la chronobiologie ?

Medhi Amini La chronobiologie est, par définition, l’étude de la variation de l’activité biologique et physiologique en fonction du temps. Elle dépend en partie du facteur environnemental.

Depuis les années 1960, grâce à des moyens d’investigation plus modernes, la science a reconnu l’existence d’une horloge biologique dans notre cerveau. Cette découverte a permis de rompre avec le concept d’homéostasie, c’est-à-dire d’équilibre de fonctionnement en dépit des contraintes extérieures. Malgré l’apparente stabilité des êtres vivants, on a pris conscience de la multitude de rythmes, de cycles et de pulsations.

La chronobiologie a révélé une nouvelle conception de la physiologie, de la médecine, de la nutrition, de l’hygiène, des rythmes scolaires, des décalages horaires et de la thérapeutique.

A. S. Quels sont nos synchroniseurs ?

M. A. Il existe un rythme appelé circadien, de 24 à 25 heures dont dépend l’organisme humain. Notre horloge interne, située dans notre cerveau, est remise à l’heure grâce à nos yeux qui détectent les signaux lumineux. Le synchroniseur le plus important est donc celui de l’alternance entre le jour et la nuit.

Les rythmes sociaux ont également leurs importances : le fait de se lever le matin pour aller travailler, ou encore de manger à heure régulière. Lorsque l’on se trouve dans un environnement bruyant la journée et calme le soir, cela permet au corps de se réguler. Tous ces synchroniseurs entraînent un rythme observable dans la biologie du corps.

A. S. Où se situe l’horloge biologique dans notre cerveau ?

M. A. L’horloge biologique la plus connue et la mieux identifiée, se situe au centre du cerveau dans une petite structure de l’hypothalamus appelée noyau suprachiasmatique. Mais pour être plus précis, il n’existe pas une, mais des horloges biologiques. Beaucoup de cellules dans le corps ont un rythme biologique propre et indépendant, tout dépend du niveau d’observation.

La primauté donnée au noyau suprachiasmatique comme horloge biologique est liée au fait qu’il permet la synchronisation des rythmes biologiques et qu’il donne, en quelque sorte, la cadence aux autres cellules.

A. S. Quel est son rôle ?

M. A. L’horloge biologique est le chef d’orchestre des rythmes de notre organisme. L’œil capte la lumière grâce à des neurones spécifiques qui vont ensuite transmettre cette information au cerveau et affecter de nombreuses fonctions biologiques, comme le rythme cardiaque, la température corporelle ou la synthèse d’enzymes. Certaines hormones sont, par exemple, produites à des moments différents de la journée.

Rappelons qu’une des premières applications de la chronobiologie est l’administration de médicaments à des heures de sensibilité plus grande des organes récepteurs, ou de moindre toxicité pour l’organisme.

A. S. Les êtres humains ont-ils tous la même horloge biologique ?

M. A. D’un point de vue physiologique, nous avons tous la même. Ce sont les synchroniseurs environnementaux qui changent.

Si par exemple vous vivez en Suède, vous n’aurez pas les mêmes qu’une personne vivant en France car l’alternance jour et nuit sera différente. La sécrétion de mélatonine renseigne le corps sur la longueur du jour et de la nuit.

A. S. Quelles sont les différentes hormones prise en compte dans la chronobiologie ?

M. A. Le cortisol est très important, car il entraîne la force musculaire, la modification de la structure osseuse, la fixation du calcium et la redistribution des graisses. Cette hormone est secrétée à quatre moments de la journée en moyenne, entraînant une hyperglycémie qui déclenche une sécrétion d’insuline par le pancréas. La dopamine et la sérotonine sont eux aussi de grands synchroniseurs de l’horloge interne. Pour finir, la mélatonine qui fixe nos habitudes de lever et de coucher.

A. S. Quelles peuvent être les conséquences d’un dérèglement de l’horloge interne ?

M. A Le dérèglement s’appelle le dyschronisme. Il se définit comme une altération des rythmes biologiques qui s’accompagne de symptômes.

Du point de vue biologique, il entraîne des modifications de l’équilibre hormonal, métabolique et neurovégétatif. Ce dysfonctionnement peut se manifester par une fatigue chronique, des troubles du sommeil, de l’humeur, une prise de poids, etc.

À plus long terme, certaines études ont décrit une augmentation des risques de cancer et des maladies cardiovasculaires. Dans le cadre d’une de ces études clinique, on a pu mettre en évidence que les femmes qui travaillaient la nuit, étaient plus sujettes à développer des cancers du sein.

A. S. Comment peut-on savoir si l’on souffre de dyschronisme ?

M. A. Prenons l’exemple du sommeil. On peut se retrouver en avance ou en retard de phase, c’est dire s’endormir trop tôt ou trop tard dans la journée.

Pour les prises alimentaires c’est la même chose. On peut se sentir perturbé dans ses comportements de faim, d’appétit et de satiété. On ne s’en rend pas toujours compte. Une approche chronobiologique peut mettre en lumière ces dysfonctionnements.

A. S. Quelle est la différence entre la chronobiologie et la chrononutrition ?

M. A. Fondée sur les principes de la chronobiologie, la chrononutrition est la prise de certains aliments en fonction des heures et des hormones sécrétées. Par exemple, il n’est pas recommandé de consommer du sucre le soir car la réponse insulinique du corps est moins efficace. Par conséquent le corps favorisera son stockage sous forme d’adipocytes.

A. S. En pratique, comment se déroule une séance de chronobiologie ?

M. A. ’effectue d’abord un entretien préliminaire avec la personne. Je me renseigne sur ses objectifs et ses habitudes de vie. Sont-elles adaptées à sa physiologie ? Je définis ensuite son chronotype et tente de lui faire prendre conscience de ses rythmes physiologiques. Je tends à faire comprendre à mes patients que les phénomènes du corps sont comme des messagers de l’état dans lequel il se trouve. Je les accompagne dans le développement de nouvelles habitudes et de nouveaux réflexes de vie.

A. S. ombien existent-ils de chronotypes ?

M. A. Il existe trois chronotypes distincts : du matin, du soir ou indiffèrent. Les personnes qui ne sont ni l’un ni l’autre sont celles qui souffrent le moins de dyschronisme. Beaucoup de médecins du sommeil se sont intéressés aux différences de chronotype. Les gens du matin ont tendance à se lever bien plus tôt que la population générale et ils vont dormir très tôt. Les gens du soir veillent jusqu’en fin de soirée et se réveillent plus tard. Les gens qui sont indifférents peuvent faire varier leurs rythmes circadiens. Leurs phases de sommeil peuvent être dans les deux extrêmes possibles.

Environ 40 % des personnes semblent être de chronotypes indifférents, ce qui peut être à la fois un avantage et un inconvénient, selon le type de mode de vie qu’ils mènent. Il est important d’être en cohérence entre son activité professionnelle et ses rythmes corporels. Ce sont finalement des règles d’hygiène de vie qui permettent de retrouver un meilleur confort.

Le parcours de Mehdi Amini : infirmier diplômé d’État depuis 2002, il fait partie pendant cinq ans de l’équipe de réanimation neurochirurgicale de la Fondation Adolphe de Rothschild. Parallèlement, son désir de soigner avec une approche plus globale s’affirme. Il se forme alors à la sophrologie. Les demandes les plus fréquentes qui lui sont formulées, concernent les troubles du comportement alimentaire et les troubles du sommeil. Il poursuit alors sa formation afin de pouvoir prendre en charge plus efficacement ces deux problématiques. En 2006, il obtient un diplôme universitaire (DU) en troubles du comportement alimentaire et en 2008 un DU de chronobiologie. Il achève sa formation de sophrologue en obtenant, courant 2009, le diplôme de master spécialiste en sophrologie.


 

En aucun cas les informations et conseils proposés sur le site Alternative Santé ne sont susceptibles de se substituer à une consultation ou un diagnostic formulé par un médecin ou un professionnel de santé, seuls en mesure d’évaluer adéquatement votre état de santé

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