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"Le dépistage du cancer du sein est inefficace et délétère" Dr Bernard Duperray

Article paru dans le journal nº 73 Acheter ce numéro
  • Bernard DuperrayBernard Duperray

Que l’on qualifie son ouvrage, paru en octobre, de pavé dans la mare ou de coup de pied dans la fourmilière, peu importe, le Dr Bernard Duperray tape fort. Ce spécialiste de la mammographie, aujourd’hui à la retraite, déplore une opération de santé publique fondée sur la peur et la culpabilisation des femmes à défaut d’une réelle compréhension du cancer du sein.

Alternative Santé. Après avoir lu plus de 200 000 mammographies, diagnostiqué des milliers de cancers, vous écrivez être passé de l’espoir à la désillusion concernant le dépistage massif. Pourquoi ?

Bernard Duperray. Avec la mammographie, on devait accéder au diagnostic de tumeurs avant qu’elles soient palpables, à une taille où la guérison serait assurée. Et de fait avec le dépistage le nombre de petites lésions diagnostiquées a considérablement augmenté. Mais pour les femmes, rien n’a changé, le dépistage a été un échec. Il n’a atteint aucun de ses objectifs : le nombre des formes avancées n’a pas régressé, il n’a pas été observé de baisse sensible liée au dépistage de la mortalité par cancer du sein. (Quand une diminution de la mortalité est observée, elle l’est tout autant dans une population comparable non dépistée). Le dépistage a été simplement la preuve expérimentale que la théorie de l’histoire naturelle sur laquelle il s’appuyait est fausse. La pratique clinique quotidienne ainsi que les résultats du dépistage montrent que le cancer du sein n’évolue pas de façon linéaire, par étapes successives inéluctables. En effet, petite lésion ne signifie pas précoce. Volumineuse n’exclut pas un diagnostic précoce. Petite ne signifie pas obligatoirement bon pronostic. On n’observe pas de diminution du nombre de cancers invasifs malgré l’efflorescence de diagnostics de cancer in situ. En quarante ans, le délai entre deux dépistages n’a cessé de diminuer : trois ans puis deux ans en France et un an aux États-Unis sans que les cancers de l’intervalle, c’est-à-dire des cancers qui se manifestent entre deux dépistages, ne soient maîtrisés. Bref, rien ne s’est produit comme prévu par la théorie de l’histoire naturelle de la maladie selon ­Halsted, celui qui a prétendu à la fin du XIXe siècle être venu à bout du cancer du sein.

Outre une technique ­chirurgicale codifiée, William ­Halsted a développé une théorie sur le cancer du sein qui prévaut toujours. Pouvez-vous la rappeler ?

William Halsted, un chirurgien nord-américain de renom prétend, en 1894, qu’une chirurgie très élargie du sein permet la guérison. Pour lui, le cancer s’étend à partir de la tumeur par contiguïté dans le sein dans les structures adjacentes et, par le biais des canaux lymphatiques, atteint les ganglions à distance. Ces ganglions sont vus comme une base arrière de défense de l’organisme et leur envahissement témoigne d’une progression de la maladie. À partir de là, le cancer peut essaimer dans tout le corps et se fixer dans certains organes. Le cancer est perçu comme une maladie à extension progressive, où une cellule anormale devient un cancer in situ, puis un cancer infiltrant, qui peut métastaser à distance et enfin provoquer le décès. Il faut à tout prix arrêter ce mécanisme infernal le plus précocement possible. Dans l’hypothèse « halstedienne », la dissémination tumorale s’enchaîne mécaniquement, donc le type d’intervention détermine le devenir de la patiente, tout retard de diagnostic est préjudiciable. Or le sein est un organe idéal en cancérologie car il est non vital, accessible à l’examen clinique. Diagnostic et traitement semblent faciles.

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En parlant de mammographie, vous en pointez les limites technologiques…

La mammographie n’est qu’un simple cliché sans préparation des parties molles. L’image se fait selon une échelle de gris peu contrastée. Pour optimiser le résultat on utilise un rayonnement en basse tension, ionisant, pouvant induire des cancers du sein. Les cellules cancéreuses ne se différencient en rien des cellules normales à la mammographie. Ce sont surtout sur des signes indirects (halo clair ou désorganisation de l’architecture du sein). Ces signes ne sont pas spécifiques de malignité, ils n’ont qu’une valeur d’orientation. Par ailleurs, de volumineux cancers peuvent rester sans traduction radiologique.

Où est le mal à dépister précocement ? Vous parlez dans votre livre d’effets délétères du dépistage de masse. Quels sont-ils ?

Si le dépistage n’a pas fait la preuve de son efficacité, il est à l’origine d’effets délétères majeurs. Ceci est d’autant plus dramatique qu’il s’agit d’une opération de santé publique visant une population de femmes a priori bien portantes. Elle a vis-à-vis d’elles une obligation de résultat. Or le dépistage s’est avéré être une machine à générer de la maladie avec le surdiagnostic, le comble de ­l’absurde pour une opération de santé publique. Le surdiagnostic correspond à d’authentiques cancers (ce ne sont pas des erreurs de diagnostic), mais ces cancers n’auraient pas occasionné d’inconvénients à la patiente s’ils n’avaient pas été diagnostiqués.

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