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Luc Perino : "L’approche évolutionniste aide à soigner l’écosystème humain"

Article paru dans le journal nº 41 Acheter ce numéro
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La médecine évolutionniste entre à la faculté. Un nouveau diplôme universitaire intitulé « Biologie de l’évolution et médecine » est créé cette année à la faculté de médecine de l’université Claude Bernard Lyon 1. Rencontre avec Luc Perino, l’un des fondateurs de ce DU.

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Alternative Santé Vous opposez parfois les concepts d’homme-robot et d’homme-forêt. Pouvez-vous préciser ?

Luc Perino Les plus grandes victoires de la médecine ont consisté à remplacer des organes ou éléments défectueux – prothèses, insuline, greffes, vitamines – ou à tuer des ennemis – antibiotiques, chirurgie d’exérèse. Ces incontestables progrès ont logiquement atteint leur limite, car ils ne s’adressent qu’à la composante « robotique » de l’organisme. Aujourd’hui, on découvre la composante écosystémique de l’organisme avec les microbiotes, les interactions neuro-hormonales ou neuro-immunitaires. Pour soigner cet « homme-forêt », il faut introduire de nouveaux concepts, sans jamais dénigrer les progrès du passé qui nous ont justement permis de mieux comprendre cela.

A. S. Pourquoi associer médecine et sciences de l’évolution ?

Luc Perino Ces grands progrès de la médecine n’ont pas eu besoin de la pensée de Darwin pour se réaliser. Cela explique que la discipline soit actuellement dissociée des sciences de l’évolution, qui sont pourtant le fondement même de la biologie moderne. Mais notre environnement ne cesse de changer. L’antibiorésistance, les nouvelles pratiques obstétricales, la prévalence des maladies psychiatriques, l’épidémie d’obésité, les viroses émergentes, les nouvelles pressions démographiques et environnementales, et tant d’autres sujets d’actualité, rendent nécessaire l’introduction d’une réflexion évolutionniste en pratique clinique. Nous espérons que cela nous aidera à dépasser nos limites actuelles. Mais rien n’est possible sans avoir d’abord introduit dans les facultés de médecine cet enseignement, actuellement réservé aux biologistes.

A. S. Pouvez-vous nous raconter l’origine de votre intérêt pour la médecine évolutionniste ?

Luc Perino Je ne voudrais pas trop parler de moi, car ce diplôme est l’œuvre de trois personnes. Pour la petite histoire, l’arbre généalogique des espèces de Haeckel figurait sur nos livres de sciences naturelles ; quand je l’ai découvert à dix ans, ça a été un premier « coup de foudre ». Puis en 1973, j’ai lu « Le Hasard et la Nécessité » de Jacques Monod, prix Nobel et vulgarisateur de génie, et là, ça a été le « choc », les sciences de l’évolution allaient m’accompagner dans toute ma carrière de médecin. Mais je me suis senti bien seul !

A. S. Comment le projet de ce diplôme s’est-il construit ?

Luc Perino C’est un autre livre, « Cro-Magnon toi-même », qui a servi de déclic. J’ai contacté son auteur, Michel Raymond, pour lui dire combien j’appréciais qu’un biologiste de l’évolution s’adresse aux médecins et à leurs patients. L’évolution n’est jamais enseignée dans les facultés de médecine ! Il a organisé plusieurs réunions pour essayer d’établir cette interdisciplinarité, mais les rares médecins qui y participaient étaient des médecins-chercheurs biologistes, et j’étais presque toujours le seul clinicien. Il a fallu encore plusieurs années pour que Michel Raymond me permette de rencontrer, dans ma ville de Lyon, Dominique Pontier, écologue du CNRS et directrice du prestigieux LabEx ECOFECT (Laboratoire d’Excellence des dynamiques éco-évolutives des maladies infectieuses). Elle a immédiatement compris tout l’intérêt de cette interdisciplinarité, qui est aussi l’une des premières missions des LabEx. Il nous fallait encore trouver un universitaire au sein de la faculté de médecine, et c’est Le Pr Gérard Lina, président de la société française de microbiologie, qui a accepté de nous prêter main-forte. Une écologue de haut niveau, un praticien hospitalier confronté à l’évolution des bactéries et aux problèmes de l’antibiorésistance, et un clinicien de terrain rompu à la vulgarisation médicale, ça ressemblait à un trio idéal !

A. S. Comment est organisé ce DU pour les médecins ?

Luc Perino Il faut d’abord préciser qu’il ne s’adresse pas qu’aux médecins, mais à toutes les professions paramédicales et à tous les étudiants en santé humaine et animale. Il comporte cent heures de cours dispensés par vingt-cinq intervenants en provenance de plusieurs villes et pays. Il est organisé en sept sessions de deux jours afin de permettre aux étudiants et aux professionnels d’y assister sans trop de difficultés.

A. S. Vous vous occupez de la session sur la remise en perspective de la clinique…

Luc Perino Il y a un modérateur par session. La mienne proposera de relire les maladies, les symptômes et les traitements à la lumière de l’évolution. Une autre session proposera de comprendre comment le Néolithique a profondément bouleversé le paysage pathologique et notre physiologie. Une autre expliquera comment une tumeur cancéreuse est un monde darwinien où les cellules cancéreuses sont en compétition entre elles. Une autre essaiera de comprendre pourquoi il y a tant de maladies psychiatriques, alors qu’elles ne semblent pas constituer un avantage évolutif. Une autre essaiera de comprendre la compétition entre gènes paternels et maternels au cours de la fécondation. Une autre abordera les problèmes de la sénescence qui résultent de ce que l’on nomme la « pléiotropie antagoniste », à savoir que des gènes utiles au début de la vie peuvent devenir nuisibles à la fin. Par exemple, les gènes BrCA1 et 2 favorisent la fertilité des jeunes femmes, mais aussi, plus tard, le cancer du sein. Et de nombreux autres thèmes dans chaque session ; le programme est vaste, riche et souvent novateur.

A. S. Quelles sont les retombées médicales au quotidien ?

Luc Perino Il y en a encore relativement peu, mais elles sont conceptuellement très importantes. Quelques exemples suffiront à éclairer le lecteur. Le traitement de la maladie de Crohn par des parasites résulte de la théorie hygiéniste des maladies auto-immunes. On sait que l’homme a cohabité et coévolué avec de nombreux parasites. L’environnement moderne en a supprimé beaucoup. L’épidémie de maladies auto-immunes pourrait être une conséquence de la révolution hygiéniste qui, par ailleurs, a sauvé beaucoup de vies. Ensuite, la fièvre, que l’on comprend mieux comme la réaction d’un système immunitaire stimulé en réaction à une infection, est mieux respectée. Les médecins n’essaient plus systématiquement de la faire tomber lorsqu’elle reste modérée, car on s’est aperçu que la guérison était alors plus lente. La découverte de la résistance de bactéries à certains antibiotiques a remis en question l’usage que l’on en fait, on ne les prescrit plus qu’en cas de stricte nécessité. Enfin, il n’est plus recommandé aujourd’hui de donner systématiquement du fer en cas de grossesse. Nous avons compris que la prétendue carence en fer des femmes enceintes est en réalité un processus de défense destiné à réduire le risque d’infection fœtale. En effet, le fer est nécessaire à la croissance et au développement de presque toutes les bactéries. Diminuer sa disponibilité dans le sang permet de lutter contre les infections.

A. S. Cette perspective se veut respectueuse de la physiologie, en somme...

Luc Perino Oui, l’approche évolutionniste nous permet d’être attentifs aux répercussions de l’évolution des pratiques médicales sur notre espèce tout entière. L’exemple des césariennes est assez parlant. Les césariennes ont plusieurs conséquences à court, moyen et long terme. Les enfants nés par césarienne sont moins souvent allaités par leur mère, ou bien la mise au sein est retardée en raison des suites de l’intervention chirurgicale ; ce qui prive les enfants du colostrum dont on connaît le grand bénéfice de défense contre les infections. Les césariennes privent le nouveau-né du contact avec le microbiote vaginal, ce qui modifie son propre microbiote et augmente le risque ultérieur d’obésité, entre autres. La réduction de l’allaitement maternel est responsable à son tour de plusieurs complications ultérieures. Un phénomène rendu visible par des chiffres simples, comme la multiplication par 6 du nombre d’hospitalisations.

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A. S. Finalement, il y a déjà pas mal de retombées. Est-il encore possible de s’inscrire ?

Luc Perino Bien sûr, jusqu’au milieu du mois d’octobre. Nous savons bien que la première année, l’effectif sera restreint. C’est normal : il est difficile de modifier les concepts et de bousculer les habitudes.

A. S. Vous-même avez rédigé un livre qui résume un peu ce DU.

Luc Perino Oui, une forme de vulgarisation de haut niveau. L’ouvrage s’intitule « Pour une médecine évolutionniste. Une nouvelle vision de la santé » et paraîtra aux éditions du Seuil en janvier 2017 dans la collection Points Sciences. J’espère qu’il attirera les professionnels de santé et les patients avertis qui ont envie d’ouvrir de nouvelles portes.

 

Luc Perino est médecin, écrivain et essayiste, diplômé de médecine tropicale et d’épidémiologie.

Il dispense plusieurs cours à Lyon (UCBL1). Zélateur de la vulgarisation des sciences médicales et biologiques, il rédige des articles et chroniques pour plusieurs journaux (Le Monde, Le Généraliste, Médecine) et anime une chronique radio sur RCF. Aujourd’hui, son principal engagement est la promotion de la médecine évolutionniste en France.

Sites :

Site dédié au diplôme : http://bem-univ.fr

Le site de Luc Perino : http://lucperino.com

Site du Labex Ecofect : http://ecofect.universite-lyon.fr/

Lectures :

« Pour une médecine évolutionniste. Une nouvelle vision de la santé », de Luc Perino, à paraître aux Éd. du Seuil en janvier 2017.

« Cro-Magnon toi-même ! Petit guide Darwinien de la vie quotidienne », de Michel Raymond, éd. du Seuil, 2008.

« Pourquoi tombons-nous malade ? », de R. Nesse et G. Williams, Éd. De Boeck, 2013, traduit de l’anglais (« Evolution and healing, the new science of Darwinian medicine », 1995).


 

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