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Thyroïde : "J’ai pu totalement arrêter les hormones de synthèse"

Atteinte de la maladie d’Hashimoto, une affection auto-immune de la thyroïde, Caroline Lepage, journaliste scientifique, a enquêté sur l’hypothyroïdie. Selon elle, il est possible de diminuer, voire d’éviter les traitements hormonaux prescrits à vie et leurs nombreux effets secondaires, notamment grâce à un changement d’alimentation.

Propos recueillis par Isabelle Fontaine

Alternative Santé Pourquoi vous êtes-vous intéressée à la question de l’hypothyroïdie ?

Caroline Lepage Parce que depuis l’âge de 9 ans je suis atteinte de la maladie d’Hashimoto. Dans cette affection auto-immune, la thyroïde, attaquée par les anticorps de l’organisme, marche en sous-régime. Hashimoto est l’une des grandes causes de l’hypothyroïdie, qui touche environ 6 millions de personnes en France. L’âge est aussi incriminé, la glande fonctionnant de plus en plus au ralenti avec le temps. Ce trouble a des conséquences potentielles sur tout le corps, car les hormones thyroïdiennes agissent sur le cœur, les muscles, le tube digestif, le système nerveux, l’appareil reproducteur, les os, les cartilages, la régulation de notre température, le métabolisme des glucides, des lipides, des protéines, du fer… D’où la multiplicité des symptômes liés à l’hypothyroïdie et la difficulté à les repérer, car ils ne sont pas toujours francs et varient selon les individus. La liste est impressionnante : prise de poids, fatigue, crampes, constipation, frilosité, peau sèche, nausées, allergies, essoufflement, douleurs articulaires et oculaires, insomnies, troubles de l’humeur, baisse de libido, cou enflé, etc. Bien des personnes avec une hypothyroïdie peuvent donc errer médicalement pendant des années, comme ce fut mon cas. Enfant, j’étais diagnostiquée « colopathie fonctionnelle ». Je présentais des troubles intestinaux associés au syndrome du côlon irritable, affection on ne peut plus vague, jusqu’à ce que ma maladie ne soit identifiée lors d’une visite médicale pour un job, à 23 ans.

Quelle prise en charge vous a-t-on alors proposé ?

Le médecin m’a dit que j’aurais un traitement à base d’hormones de synthèse à vie. J’ai d’abord suivi sa prescription, constatant vite que non seulement mes symptômes ne s’amélioraient pas, mais au contraire qu’ils s’aggravaient. Et, au fur et à mesure des prises, de nouveaux troubles apparaissaient : problèmes d’hypertension, palpitations, sueurs, nausées, fatigue morale et musculaire énorme… À la fin, j’en étais à 125 mg de Levothyrox par jour, un dosage vraiment élevé. Mon corps n’en pouvait plus, mon cœur allait lâcher – je frisais l’infarctus. En parallèle du diagnostic posé, je me suis précipitée dans la science et les livres. Je voulais savoir à quelle sauce j’allais être mangée. Journaliste ayant bénéficié d’une solide formation en biologie médicale, j’ai facilement pu glaner des informations, lire des études sérieuses et aborder le sujet avec des médecins, des biologistes et des pharmaciens. Je me suis mise en relation sur Internet avec des gens connaissant les mêmes problèmes que moi, ce qui m’a donné de l’espoir : ensemble, on pourrait s’en sortir ! J’ai commencé par faire mes expériences, devenant petit à petit mon propre laboratoire. J’ai tenté d’adapter les dosages d’hormones en fonction de mon état et de ce que je ressentais, puis, à un moment donné, j’ai eu recours à l’Euthyral. Ce médicament m’a sauvé la vie ! C’est un mélange d’hormones thyroïdiennes de synthèse T4 (les mêmes que dans le Levothyrox), et d’hormones de synthèse T3. J’ai tout de suite éprouvé un énorme mieux-être, un soulagement de mes symptômes. J’ai ensuite progressivement réduit les doses, jusqu’au moment où j’ai senti que mon corps n’en avait plus besoin et que ma thyroïde refonctionnait naturellement. J’ai pu totalement ­arrêter les hormones de synthèse en 2011 et avec elles, je peux le dire aujourd’hui, des années de souffrance.

En parallèle, vous avez modifié votre régime alimentaire. En quoi cela a-t-il été bénéfique ?

Pour ma part, j’ai longtemps appartenu au groupe des sceptiques, pour ne pas dire des ignorants sur la question de l’impact de la nourriture sur la santé. Il ne m’était tout simplement pas venu à l’esprit de façon sérieuse que je devrai un jour revoir mes habitudes de repas et que cela aurait un réel effet sur mon état ! La découverte du livre du Dr Jean Seignalet, L’Alimentation ou la troisième médecine, a été capitale. Même si son ouvrage ne développe pas spécifiquement le sujet de l’hypothyroïdie, j’y ai puisé nombre d’informations sur cette question. En 2011, j’ai opéré des changements dans mon alimentation que je n’ai jamais regrettés depuis. J’ai ainsi arrêté le gluten, que j’ai très facilement remplacé par d’autres céréales ne contenant pas cette protéine, mais qui ont peu à peu été délaissées par l’alimentation moderne basée sur la quasi-monoculture du blé. Il faut savoir que le gluten maintient un état inflammatoire dans l’organisme, entretenant la production d’auto-anticorps, ce qui est préjudiciable aux personnes souffrant de maladies auto-immunes et d’hypothyroïdie en particulier. J’ai aussi stopé le lactose (sucre du lait), auquel notre organisme adulte n’est pas adapté. Les évolutions de mon état, en quelques jours seulement, puis au fil des semaines et des mois, ont été spectaculaires. Moins épuisée, ne souffrant plus des articulations et des muscles, j’ai perdu naturellement du poids et retrouvé le sommeil.

Au-delà de votre expérience, vous soulignez les limites des outils de diagnostic actuels pour l’hypothyroïdie…

Les problèmes de thyroïde sont vraiment compliqués à cerner. Pour faire court, il existe globalement deux types d’hormones sécrétées par la thyroïde qui sont indispensables au métabolisme : la T3, active dans l’organisme, et la T4, produite en plus grande quantité que la T3, qui sert de réserve. Ainsi, quand l’organisme a besoin de T3, il peut mobiliser la T4 à tout moment et la transformer en T3. Pourtant, lorsqu’un cas d’hypothyroïdie est suspecté, le premier réflexe des généralistes et endocrinologues n’est pas de doser la T3 ou la T4, mais la quantité dans le sang de TSH – hormone produite par l’hypophyse (glande située dans la tête) censée stimuler le fonctionnement de la thyroïde. En quelques années, cet outil de diagnostic est devenu l’arme absolue de dépistage de l’hypothyroïdie, avec une interprétation très fermée des résultats : un taux entre 0,5 UI/L et 4,5 UI/L est vu comme normal. Au-delà de 4,5 UI/L, la personne est automatiquement considérée en hypothyroïdie. Or ces normes ont varié dans le temps : il y a quelques années, un taux de TSH était normal jusqu’à 10 UI/L. À ce taux, il vaudrait mieux mesurer la quantité d’hormones T4 d’abord et éventuellement de T3 dans le sang, mesure à mon sens plus fiable pour évaluer le fonctionnement réel de la thyroïde. Mais le sujet est complexe. Dans certains cas, d’autres examens sont encore nécessaires, comme le dosage des auto-anticorps thyroïdiens. De fait, aujourd’hui, dès que les 4,5 UI/L de TSH sont dépassés, le médecin prescrit du Levothyrox, alors qu’il devrait plutôt prendre en compte l’état général du patient, l’évolution de son poids, de son moral… Et même du temps qu’il fait ! Ce dernier point est loin d’être anodin : j’ai constaté à mes dépens que la chaleur aggravait certains symptômes de l’hypothyroïdie.

Qu’a montré l’affaire du Levothyrox ?

Elle a mis en lumière la fragilité des gens sous traitement hormonal, une réalité jusque-là non visible. Un simple changement d’excipient, décidé en mars 2017 par le fabricant, le laboratoire Merck, a eu des conséquences importantes sur nombre d’utilisateurs. Le fait que le lactose soit remplacé par un laxatif d’origine naturelle ou de synthèse, le mannitol, peut expliquer les effets indésirables observés en masse chez certains malades. Mais pour moi, cette affaire a surtout révélé que les médecins prescrivent trop d’hormones de synthèse, à des dosages souvent trop élevés dès le départ ou augmentés trop rapidement. Les femmes à la soixantaine sont particulièrement touchées, car elles subissent un ralentissement du fonctionnement de leur thyroïde. Contrairement à ce qu’affirme le corps médical, lorsqu’on est en hypothyroïdie le Levotyrox n’est peut-être pas obligatoire. Mieux vaut marcher doucement, mais par soi-même, qu’avec une béquille.

Vous considérez-vous guérie de la maladie d’Hashimoto et de l’hypothyroïdie aujourd’hui ?

C’est la question centrale ! Un médecin répondrait que non, parce que l’on détecte encore des auto-anticorps dirigés contre la thyroïde dans mon organisme – surstimulés par la présence de gluten dans le sang, même si j’ai complètement arrêté d’en consommer depuis des années. Je lui dirai alors que n’ayant plus aucun symptôme de la maladie d’Hashimoto – poids stabilisé, sommeil tranquille, douleurs musculaires, sécheresse oculaire et chute de cheveux disparues –, je me considère comme guérie.

 

Aller plus loin :

Caroline Lepage, Thyroïde. Le traitement qui sauve existe, éditions Leduc.

Blog de l'auteur merseaplanete.com

 

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